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jeudi 23 février 2017
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AFP, Reuters, 3 février 2011

Egypte : Le régime tente de terroriser les manifestants

par Samer AL-ATRUSH, Tabassum ZAKARIA et Henri-Pierre ANDRE


Des partisans du régime (au bas de l’image) attaquent des manifestants, au Caire, le 2 février 2011

La place Tahrir au Caire, coeur de la contestation contre le président égyptien depuis neuf jours, s’est transformée, mercredi 2 février 2011, en champ de bataille entre pro et anti Hosni Moubarak, faisant au moins un mort et des centaines de blessés.


Egypte

Selon un bilan non confirmé de l’ONU, les heurts de la première semaine de contestation ont fait au moins 300 morts, et des milliers de blessés. Dans un discours, mardi 1er février 2011 au soir, à la télévision, M. Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans, a annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat lors de l’élection présidentielle en septembre. Des centaines de personnes ont défilé, mercredi 2 février, dans plusieurs villes, pour dire leur satisfaction après ce discours. « Maintenant, il faut le laisser tranquille, qu’il finisse son mandat. L’ex-gouvernement était composé de voleurs. Il sont partis, c’est bien », a déclaré Nadia Youssef Abdallah, âgée de 60 ans, à Suez. Mais beaucoup n’étaient pas du même avis. Les Frères musulmans, principale force d’opposition, ont rejeté « toutes les mesures partielles proposées » par le président et refusé qu’il reste en poste jusqu’en septembre.

Un manifestant tente de parer une chaise lancée dans sa direction, au Caire, le 2 février 2011

Mercredi 2 février 2011, en milieu de journée, l’armée a appelé les manifestants à rentrer chez eux pour que « la sécurité et la stabilité » soient rétablies. « Vos revendications ont été entendues », a déclaré un porte-parole. L’accès à internet a été partiellement rétabli en milieu de journée, après plus de cinq jours de coupure. Et le couvre-feu en vigueur depuis vendredi 28 janvier, au Caire ainsi qu’à Alexandrie et à Suez, a été allégé. La place Tahrir (place de la libération), immense esplanade dans le centre du Caire, est depuis le 25 janvier 2011, le point de ralliement des manifestants anti-Moubarak, qui y campent par milliers chaque nuit malgré le couvre-feu. Mercredi 2 février au matin, des milliers de partisans du chef de l’État sont arrivés aux abords de la place, dont les accès sont gardés par des chars de l’armée. Après des heures de tensions, ils ont attaqué, sans relâche. Les heurts ont été d’une extrême violence, à coups de pierres, de bâtons, de barres de fer et parfois de couteaux. Un enfant d’une dizaine d’années, touché à la tête, a été évacué inconscient. Par endroits, les partisans du président ont chargé, montés sur des chevaux ou des dromadaires, mais ils ont été repoussés. Certains, jetés à bas, ont été battus jusqu’au sang. Ils ont aussi jeté des blocs de pierre depuis des toits et des balcons d’immeubles surplombant la place. La bataille a aussi gagné les abords du Musée égyptien, qui abrite des trésors inestimables de l’Antiquité pharaonique. Les soldats ont formé une chaîne pour protéger l’établissement, mais en fin d’après-midi, deux cocktails Molotov ont atterri dans la cour du musée. À l’exception de tirs de semonce en début d’après-midi, les militaires ne se sont pas interposés, tentant plutôt de s’abriter. À la nuit tombée, des gaz lacrymogènes ont été tirés contre les manifestants, mais leur origine n’était pas claire. Selon l’opposition, des policiers en civil se trouvaient parmi les pro-Moubarak, une information démentie par le ministère de l’Intérieur. « Ce qu’on voit devant nous n’est jamais arrivé auparavant. Des accrochages entre Égyptiens, c’est la guerre civile », a déploré Mohamed Sayed Mostafa, âgé de 26 ans. « L’armée a échoué dans son engagement à protéger les manifestants pacifiques. Selon le ministère de la Santé, cité par la télévision d’État, un appelé de l’armée a été tué et 403 personnes blessées dans les affrontements. Des médecins volontaires dans l’hôpital de campagne installé dans une mosquée jouxtant la place Tahrir ont annoncé avoir accueilli au moins 500 blessés. L’opposition a appelé à de nouvelles manifestations massives, vendredi 4 février, pour exiger le départ immédiat de M. Moubarak, en dépit de la promesse du président de s’effacer à la fin de son mandat, en septembre, et l’ordre de l’armée de retour au calme.

Des manifestants se protègent contre des projectiles lancés contre eux, au Caire, le 2 février 2011

Le fait qu’une telle violence puisse continuer alors qu’ils se trouvent sur place pose la question de savoir s’ils ont reçu l’ordre de ne pas intervenir », a dénoncé Amnesty International. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a jugé « inacceptables les attaques contre des manifestants pacifiques » et appelé à une « transition dans l’ordre et le calme ». La Maison Blanche a appelé « à la retenue » et condamné les violences contre « les manifestants pacifiques ». Les États-Unis ont aussi exprimé leurs inquiétudes pour les médias. La chaîne Al-Jazira est interdite depuis dimanche 30 janvier 2011 en Égypte. Le journaliste belge Serge Dumont a été molesté et arrêté, mercredi 4 février, alors qu’il couvrait une manifestation au Caire. Et trois journalistes israéliens, arrêtés pour ne pas avoir respecté le couvre-feu, ont été libérés mercredi 4 février.

Samer AL-ATRUSH

Un partisan du régime est attaqué par des manifestants, au Caire, le 2 février 2011

La Maison Blanche durcit le ton

Au soir d’une journée marquée par de violents affrontements au Caire, l’administration américaine a durci le ton sur l’avenir de Hosni Moubarak, affirmant, mercredi 2 février 2011, que le changement devait intervenir dès à présent en Egypte. Priée de dire si les États-Unis soutenaient le projet du président égyptien d’aller au terme de son mandat, en septembre, le porte-parole de la Maison Blanche a répondu que la présidence américaine souhaitait un changement maintenant. "Et maintenant, ça veut dire maintenant", a insisté Robert Gibbs. La Maison Blanche a également condamné les violences qui ont éclaté au Caire entre partisans et adversaires de Hosni Moubarak. Si ces violences, a poursuivi Gibbs, ont été orchestrées par les autorités égyptiennes, celles-ci doivent cesser immédiatement. "Le message que le président (Barack Obama) a clairement délivré au président Moubarak, c’est que le temps du changement est arrivé", a martelé le porte-parole de la Maison Blanche. "La transition doit commencer maintenant", a-t-il martelé.

Tabassum ZAKARIA et Henri-Pierre ANDRE

Echange de coups entre partisans du régime et manifestants, au Caire, le 2 février 2011

Un partisan du régime capturé par des manifestants, au Caire, le 2 février 2011

Un partisan du régime capturé par des manifestants, au Caire, le 2 février 2011

Un partisan du régime capturé par des manifestants et remis aux soldats, au Caire, le 2 février 2011

Des manifestants blessés, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

Un manifestant blessé, au Caire, le 2 février 2011

AUTEURS 

  • Samer AL-ATRUSH, Tabassum ZAKARIA et Henri-Pierre ANDRE

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