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mercredi 28 juin 2017
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Reuters, AFP, 3 février 2011

Egypte : Reprise des heurts dans le centre du Caire, tirs entendus

par Dina ZAYED, Tom PERRY, Pierre SERISIER et Eric FAYE


Un journaliste blessé dans les affrontements est soigné par des manifestants, au Caire, le 2 février 2011

Des heurts ont repris, jeudi 3 février 2011, à la mi-journée, entre partisans et opposants du président égyptien, Hosni Moubarak au Caire, aux abords de la place Tahrir, épicentre de la contestation, où des tirs ont été entendus.


Egypte

L’armée a donné de grands espoirs aux manifestants, lundi 31 janvier 2011, en jugeant leurs revendications légitimes et en promettant de ne pas ouvrir le feu sur eux. Depuis mardi 1er février au soir, lorsque Hosni Moubarak a annoncé qu’il resterait au pouvoir jusqu’en septembre mais ne briguerait pas de nouveau mandat, les militaires se sont abstenus pour l’essentiel de toute intervention. Les violences déclenchées par les pro-Moubarak en chargeant, parfois à dos de dromadaire ou à cheval, les manifestants de la place Tahrir, semblent avoir renforcé la détermination des opposants au raïs, qui comptent organiser, vendredi 4 février, de grands rassemblements à l’occasion d’un "jour du départ" -nouvel appel à la démission de Hosni Moubarak. Les violences de mercredi 2 février et de la nuit suivante ont fait 6 morts et 836 blessés, dont 86 étaient toujours à l’hôpital jeudi 3 février, selon les chiffres du ministère de la Santé. La chaîne Al Arabia, qui ne cite pas ses sources, a parlé quant à elle de plus 10 morts et de 1500 blessés. Plusieurs journalistes étrangers et égyptiens ont été agressés au Caire lors des violences, ce qui a conduit la Commission de protection des journalistes (CPJ) à accuser le gouvernement égyptien de tentative d’intimidation et de censure généralisée à l’encontre des médias.

Des soldats s’interposent entre les manifestants et les partisans du régime, au Caire, le 3 février 2011

Plus de 24 heures après le début de violences qui ont fait au moins six morts et plus de 800 blessés, la place Tahrir (Libération) restait entre les mains des opposants à Hosni Moubarak. Ce n’est que jeudi 3 février 2011 au matin que l’armée a instauré une "zone tampon" entre les deux camps, ce qui n’a pas empêché une reprise des troubles. Au dixième jour de la contestation, les opposants au régime de Moubarak se sont barricadés sur cette place, dressant ici et là de grandes plaques métalliques pour se protéger. Plusieurs milliers de manifestants ont rejoint les centaines d’opposants à Hosni Moubarak qui avaient réussi à rester là tout au long de la nuit, malgré les jets de pierres et de cocktails Molotov. "D’une manière ou d’une autre, nous ferons tomber Moubarak", ont scandé des manifestants en début de matinée. "Nous n’abandonnerons pas !", juraient-ils. "Ce qui s’est produit hier (mercredi 2 février) nous rend de plus en plus résolus à faire tomber le président Moubarak", a déclaré à la chaîne d’information Al Djazira un porte-parole du mouvement de protestation Kefaïa (Ça suffit !). "Il n’y aura pas de négociations avec quelque membre du régime Moubarak que ce soit après ce qui s’est passé hier et ce qui continue à se produire place Tahrir", a-t-il continué. Les manifestants ont établi une "chaîne humaine" aux entrées de la place, et certains d’entre eux contrôlaient les personnes qui entraient. Sur une artère commençant au-delà de cette chaîne humaine, des pierres volaient. "Nous nous servons des pierres comme moyen de défense. Hier, on nous a attaqués à la bombe incendiaire et tout ce que nous avons pour nous protéger, ce sont des pierres", expliquait Ali Kassem, qui participait à la chaîne humaine. Place Tahrir, un journaliste de Reuters a vu des manifestants maîtriser quelqu’un en affirmant qu’il était membre des services de sécurité. Une voix, par haut-parleur, les a alors exhortés à ne pas le passer à tabac. "Ne le brutalisez pas. Remettez-le nous et le comité d’organisation et nous-mêmes le livrerons à l’armée. Les médias internationaux nous regardent et disent que nous sommes pacifiques." Un char et plusieurs soldats ont tenté d’éloigner des partisans du président des rangs de ses opposants. La tourelle du blindé s’est tournée vers les partisans de Hosni Moubarak, qui lançaient des pierres, a ajouté ce journaliste. Des chaînes de télévision ont aussi montré des militaires procédant à des arrestations. Selon certains manifestants, les partisans de Hosni Moubarak ont été payés pour intervenir par le Parti national démocrate (PND, au pouvoir). "Lorsque nous arrivons ici, ils (les militaires) nous fouillent en quête d’armes, et dans le même temps ils laissent passer des voyous en armes qui nous attaquent. Nous refusons de partir. On ne peut pas laisser Moubarak encore en place pendant huit mois", a déclaré un médecin venu soigner les blessés.

Des soldats s’interposent entre les manifestants et les partisans du régime, au Caire, le 3 février 2011

Le Premier ministre, Ahmed Chafik, a présenté ses excuses, jeudi 3 février 2011 après-midi, pour les violences survenues dans le centre du Caire. Le gouvernement a démenti avoir joué le moindre rôle dans la mobilisation des partisans de Hosni Moubarak et indiqué qu’une enquête serait ouverte sur l’origine des violences.

Dina ZAYED, Tom PERRY, Pierre SERISIER et Eric FAYE

Des cartes de policiers en possession de partisans du régime capturés par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Les journalistes étrangers sont pris pour cible

De nombreux journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire entre partisans et opposants du régime de Hosni Moubarak se plaignent de violences croissantes contre eux. Dans les rues de la capitale, des journalistes ont été pris à partie par des hommes en civil favorables au président Moubarak, mais aussi par des manifestants anti-gouvernementaux, de plus en plus nerveux. Autour de la place Tahrir, emblématique de la révolte, des policiers en civil et une foule loyale au président ciblent directement, depuis mercredi 2 février 2011, les journalistes tentant de couvrir l’événement. Un journaliste grec a été blessé à coups de couteau à la jambe par des partisans du président et un photojournaliste qui l’accompagnait a été frappé à la tête. Mercredi 2 février, une équipe de la chaîne Al-Arabiya, accusée par certains manifestants d’être pro-gouvernementale, a dû fuir en courant des militants furieux sur la place Tahrir, où sont retranchée depuis vendredi des opposants au président Moubarak. Mercredi 2 février, Serge Dumont, envoyé spécial du quotidien belge Le Soir a été "molesté", "tabassé" puis "emmené par des personnes non identifiées en civil" alors qu’il couvrait une manifestation pro-Moubarak. La foule s’en est violemment prise à deux journalistes suédois du quotidien Aftonbladet au cours d’un reportage dans un quartier pauvre du Caire. Une équipe de la chaîne française France 2 a elle aussi été "prise à partie, mercredi 2 février au soir, à un barrage", alors qu’elle revenait d’un reportage à Suez, selon Thierry Thuillier, directeur général des rédactions de France-Télévisions. Par ailleurs, trois journalistes de France 24 ont été interpellés en fin de journée au Caire et sont détenus par "les renseignements militaires", selon les indications fournies à l’AFP par une porte-parole de la chaîne à Paris.

Un manifestant exhibe la carte de policier d’un partisan du régime capturé, au Caire, le 3 février 2011

Trois reporters de la télévision publique polonaise TVP ont été interpellés par la police, jeudi 3 février, au Caire. Une équipe du journaliste vedette de la chaîne américaine CNN, Anderson Cooper, a été molestée par des partisans du président Moubarak qui leur ont donné des coups de poing et des coups de pied, sans que des soldats postés à proximité n’interviennent. Un membre d’une équipe de Reuters télévision a aussi été frappé, jeudi 3 février, près de la place Tahrir, alors qu’il effectuait avec un collègue un reportage sur les magasins et les banques contraints de fermer pendant les troubles. Leur équipement leur a été pris avant d’être brisé. Un journaliste étranger a confié à l’AFP avoir été interpellé par des hommes en civil et deux soldats, puis emmené dans une ruelle sombre où se trouvait un homme ligoté, torse nu, couvert d’hématomes, avec du sang sur tout le corps. "Un jeune militaire m’a dit en arabe : "Est-ce que toi aussi tu veux mourir ?", a rapporté ce reporter sous le couvert de l’anonymat. Mais la colère contre les journalistes est aussi venue d’opposants au régime. "Qui êtes-vous ? Je peux avoir vos papiers ?", a lancé contre un reporter de l’AFP un manifestant anti-Moubarak, place Abdelmoneim Ryad, jeudi 3 février au matin. "Les journalistes n’ont rien à faire ici. Vous avez dévoilé des informations stratégiques en révélant le nombre d’opposants barricadés sur la place", accusait-il.

Un partisan du régime en possession d’une carte de policier et capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Ces violences ont suscité une salve de réactions indignées. Reporters sans frontières (RSF) a "condamné sans appel" ces actes, tandis que les Etats-Unis ont dénoncé une "campagne concertée" contre les médias étrangers. La Commission de protection des journalistes (CPJ) a accusé le gouvernement égyptien de tentative d’intimidation. "Le gouvernement égyptien recourt à une stratégie qui consiste à éliminer les témoins de ses actes", a déclaré, mercredi 2 février au soir, le coordinateur du Commission de protection des journalistes pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, Mohamed Abdel Daïem.

Agence France Presse

Un partisan du régime soupçonné d’être un policier et capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Un partisan du régime capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Un partisan du régime soupçonné d’être un policier et capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Un partisan du régime soupçonné d’être un policier et capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Un partisan du régime soupçonné d’être un policier et capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

Un partisan du régime capturé par des manifestants, au Caire, le 3 février 2011

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source