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Le Monde, 5 février 2011

Egypte : La transition a commencé

par Robert SOLE


Des blindés séparent les manifestants (à gauche de l’image) de partisans du régime (à droite de l’image), au Caire, le 5 février 2011

Les journées « de tous les dangers » se succèdent en Egypte, sans se ressembler. Vendredi 5 février 2011 devait être celle du « départ » (de Hosni Moubarak). Il n’en a rien été, mais les opposants tiennent toujours tête au régime, après avoir pansé leurs blessures : ils ont réuni des foules imposantes et n’ont toujours pas évacué la place Tahrir, au Caire. L’armée –cette institution encensée de tous côtés et tant redoutée– n’est pas en mesure d’imposer le cessez-le-feu.


Egypte

L’Egypte est méconnaissable. On assiste à des choses que nul n’aurait imaginées il y a encore quinze jours. Jamais, depuis la révolution de 1952, des citoyens n’avaient osé insulter en public un président de la République en exercice et exiger son départ. Ce crime de lèse-majesté a certainement choqué nombre de citoyens ordinaires, habitués au culte de la personnalité. Ils n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. La manière dont sont traités les étrangers, notamment les journalistes, est une autre surprise. Certes, les Egyptiens détestent que leur pays soit critiqué de l’extérieur, mais ils n’ont rien de xénophobes. Toute une partie de leur économie est tournée vers l’accueil d’un nombre croissant de touristes, qui étaient 15 millions l’an dernier. Il faudra du temps pour faire oublier des scènes détestables qui risquent de coûter très cher à l’économie nationale.

Des manifestants, au Caire, le 5 février 2011

Du côté des opposants, deux choses sont frappantes. D’abord, leur diversité. Ensuite, leur discipline, malgré l’absence de leadership. On se demande comment ces foules hétéroclites, où se côtoient des jeunes ivres de liberté et des islamistes désireux d’appliquer la charia, réussissent à s’entendre. Le pouvoir fait tout ce qu’il peut pour les diviser, sans y parvenir jusqu’à présent. Les Etats-Unis, comme l’Union européenne, réclament une transition rapide, immédiate.

Des manifestants, au Caire, le 5 février 2011

En réalité, malgré les apparences, cette transition a commencé. Le vice-président, Omar Souleiman, a pris les commandes. Il ne s’agit plus que de trouver à Hosni Moubarak une sortie à peu près honorable. L’Egypte n’a pas l’habitude de renvoyer ses présidents. Nasser était mort d’épuisement en 1970 après dix-huit ans de règne, et Sadate avait été assassiné onze ans plus tard. Moubarak, lui, a pris racine après un record de trois décennies. La rapidité avec laquelle le pays s’est embrasé illustre l’accélération du temps, à l’ère d’Internet. En 1952, six mois avaient séparé l’incendie du Caire par des éléments incontrôlés et le renversement de la monarchie par des officiers. Cette fois, on a eu l’impression que tout allait se jouer en quelques jours. Mais un régime aussi solidement implanté ne se défait pas si vite. Et une démocratie ne s’invente pas du jour au lendemain. Tout en réclamant des élections, l’opposition non islamiste sait qu’elle a besoin de quelques mois pour s’y préparer.

Robert SOLE

Des manifestants campent, au Caire, le 5 février 2011

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