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Reuters, 9 février 2011

Egypte : Pas d’essoufflement place Tahrir, au Caire, malgré les promesses

par Maroua AOUAD et Andrew HAMMOND


Des manifestants, au Caire, le 8 février 2011

L’opposition égyptienne, qui continue d’exiger la démission immédiate du président, Hosni Moubarak, a démontré une nouvelle fois, mardi 8 février 2011, sa capacité à mobiliser les foules, malgré le plan de transfert du pouvoir annoncé par le vice-président, Omar Souleimane.


Egypte

La manifestation de mardi 8 février 2011 a été l’une des plus suivies depuis le début du mouvement, qui entre dans sa troisième semaine. La place Tahrir, qui peut accueillir jusqu’à 250000 personnes, était à nouveau noire de monde et le rassemblement, test de la capacité des opposants à maintenir la pression sur le régime, a réuni plus de monde que celui de vendredi 4 février, qui avait semblé marquer l’apogée du mouvement. Dans cette foule immense, beaucoup se sont émus des propos de Wael Ghonim, responsable local de la firme Google, que les forces de l’ordre ont libéré, lundi 7 février, après douze jours de détention. Google a mis en place, fin janvier, un service téléphonique pour permettre aux Egyptiens de contourner la censure sur internet et d’envoyer des messages sur le réseau social Twitter sans se connecter au web. S’adressant à la foule, place Tahrir, Wael Ghonim a dit avoir eu les yeux bandés pendant toute sa détention. "Je ne suis pas un héros, vous êtes les héros", a-t-il lancé, les larmes aux yeux. Selon des défenseurs des droits de l’homme, il fait partie des créateurs du groupe Facebook "Nous sommes tous des Khaled Saïd", formé en mémoire d’un militant qui aurait été battu à mort par la police à Alexandrie. L’initiative a soulevé une vague d’indignation et attisé la colère des manifestants. Le jeune homme, responsable du marketing de Google pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, est ainsi devenu l’un des symboles d’un mouvement qui n’a toujours pas de chef de file. "Les larmes de Ghonim ont ému des millions de gens et fait changer d’avis ceux qui étaient pour le maintien de Moubarak", pouvait-on lire sur le site Marsrawy.com, deux heures après son discours. Dans le même temps, 70000 internautes avaient adhéré au groupe qui le soutient sur Facebook. Wael Ghonim a par la suite présenté ses condoléances aux familles des victimes du soulèvement, dont le bilan est évalué aux alentours de 300 morts. "J’ai vu des jeunes gens mourir et le président a maintenant la responsabilité d’écouter les demandes de la population", a-t-il déclaré.

Wael Ghonim

Si la principale revendication des manifestants est restée lettre morte, Omar Souleimane a promis qu’il n’y aurait aucunes représailles à l’encontre des manifestants. Après un entretien avec Hosni Moubarak, l’ex-chef des services de renseignement, nommé vice-président aux premiers jours de la crise, a en outre fait état d’un plan et d’un calendrier pour un transfert pacifique du pouvoir. Les contestataires rassemblés place Tahrir ont toutefois accusé les autorités de chercher à gagner du temps et ont promis de poursuivre le mouvement jusqu’à ce que leur "demi-révolution", déjà baptisée "Révolution du Nil", atteigne son but. Les Etats-Unis se sont également fait plus pressants par la voix du vice-président, Joe Biden, qui a invité Omar Souleimane à une transition "rapide, significative, pacifique et légitime". Outre les promesses d’Omar Souleimane, l’agence de presse officielle a annoncé la remise en liberté de 34 prisonniers politiques. Il s’agit de la première initiative du genre depuis que Hosni Moubarak s’est engagé dans la voie de l’ouverture. La Maison Blanche a, quant à elle, demandé la libération immédiate de tous les opposants. "Le gouvernement doit cesser d’arrêter des manifestants et des journalistes, (mettre fin au) harcèlement, aux brutalités et aux interpellations visant des reporters, des militants et ceux qui sont engagés au sein de la société civile", a déclaré Robert Gibbs. Le porte-parole de Barack Obama a en outre déploré les propos tenus, la veille, par Omar Souleimane, qui a estimé que l’Egypte n’était pas mûre pour la démocratie. Jusqu’ici, le dialogue qu’il a engagé avec les opposants n’a conduit qu’à des promesses, celles d’étudier des réformes constitutionnelles, de libérer les détenus politiques, de cesser de museler la presse et de lever l’état d’urgence en vigueur depuis que Hosni Moubarak à succédé à Anouar El Sadate, assassiné en 1981. Hosni Moubarak lui-même, qui est censé superviser sa propre succession, a salué ce qu’il a présenté comme un "consensus national", a déclaré Omar Souleimane, après avoir rendu compte de ses consultations avec l’opposition et les experts d’un "comité de sages" qui lui ont soufflé un scénario de transition.

Des manifestants, au Caire, le 8 février 2011

Au terme de deux semaines d’un soulèvement populaire qui paralyse le pays, de nombreux Egyptiens, y compris parmi les contestataires, aspirent au retour à une vie normale. Au dehors de la place Tahrir, où l’armée peine à rétablir la circulation, les activités semblent reprendre. Les embouteillages traditionnels ont fait leur réapparition dans les rues de la mégalopole et des files d’attente se forment devant les agences bancaires, qui ont rouvert dimanche 6 février 2011.

Maroua AOUAD et Andrew HAMMOND

Des manifestants, au Caire, le 8 février 2011

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  • Maroua AOUAD et Andrew HAMMOND

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