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Le Monde, 10 février 2011

Egypte : La répression continue

par Elise BARTHET


Des manifestants commémorent les victimes de la répression, au Caire, le 9 février 2011

Omar Souleiman ne chôme pas. Alors que le mouvement de contestation s’intensifie, le vice-président, véritable homme fort du pays, multiplie les promesses de réformes politiques. Mardi 8 février, il a fait état d’un plan et d’un calendrier pour un transfert rapide et pacifique du pouvoir. L’ancien chef des renseignements a également assuré que les jeunes qui manifestent "méritent l’estime de la nation" et que le chef de l’Etat avait "donné des instructions pour qu’il ne soient pas poursuivis, harcelés ou privés de leur droit à s’exprimer librement". A en croire Human Rights Watch, pourtant, la répression continue en Egypte.


Egypte

"Place Tahrir, nous rencontrons beaucoup de familles qui sont toujours sans nouvelles de leur fils ou de leur fille", explique Heba Morayef. Attachée de Human Rights Watch, la chercheuse dénonce des violations systématiques des droits de l’homme de la part de l’armée et de la police militaire. L’ONG a appelé, mercredi 9 février 2011, le gouvernement égyptien à mettre fin aux arrestations de journalistes, de militants et de manifestants. D’après elle, au moins 119 personnes ont été retenues arbitrairement par l’armée et la police militaire depuis le 28 janvier. Cinq au moins auraient été torturés. Battus ou sérieusement maltraités, les détenus ont tous été placés en isolement pendant un ou plusieurs jours, sans pouvoir communiquer avec l’extérieur, sans avocat et sans moyen de tenir leur famille informée de leur sort. L’un d’eux, arrêté le 4 février, a raconté à Human Rights Watch qu’il avait été "fouetté avec des câbles électriques et soumis à des électrochocs". "Ce n’était pas un vrai interrogatoire, [le policier] ne m’a pas posé beaucoup de questions", a-t-il expliqué. Le Front de défense des manifestants égyptiens, qui rassemble plusieurs associations de défense des droit de l’homme, a recensé pour sa part 97 arrestations ou détentions arbitraires depuis le 28 janvier. L’organisation dispose d’informations précises sur 69 d’entre elles. Seules 29 ont été libérées. Parmi les disparus dont les proches n’ont toujours reçu aucun signe de vie : le blogueur Kareem Amer et un ami à lui. Les deux hommes ont quitté la place Tahrir, dimanche 6 février, à 23h00. Depuis, "leurs téléphones sont éteints et ils ne sont pas rentrés chez eux", signale le site CyberDissidents, avec lequel Kareem Amer collaborait. Son absence a été signalée par Samer Karam, un entrepreneur libanais qui a établi une liste des Egyptiens portés disparus. Le blogueur avait passé quatre années en prison pour des articles considérés comme anti-religieux et insultants envers le président Moubarak avant d’être libéré, en novembre 2010. "Malgré tout, nous avons un sentiment de sécurité, place Tahrir. Les gens ne prennent pas de précautions particulières", observe Heba Morayef. Les violences entre partisans du président et manifestants ont passablement diminué, ces derniers jours, au Caire. Dans le reste du pays, en revanche, de fortes tensions persistent. Mardi 8 février, au moins trois personnes sont mortes et une centaine d’autres ont été blessées, après des heurts entre police et protestataires, à El Khargoune, une oasis du sud égyptien. La foule en colère a réagi en mettant le feu à sept bâtiments officiels, dont deux commissariats, un tribunal et le siège local du parti du président, Hosni Moubarak, le Parti national démocrate.

Elise BARTHET

Des manifestants commémorent les victimes de la répression, au Caire, le 9 février 2011

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