retour article original

samedi 25 février 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
Le Monde, 12 février 2011

Egypte : Après une nuit de liesse, un nouveau départ


Des opposants se réchauffent, au Caire, le 12 février 2011

Quelques milliers d’Egyptiens étaient toujours rassemblés, samedi 12 février 2011 à l’aube, sur la place Tahrir, au Caire, au lendemain de la démission du président, Hosni Moubarak, chassé par la rue. Après quasiment trente ans de pouvoir autoritaire, ils espèrent que l’armée respectera leur volonté de changement démocratique.


Egypte

Au terme de dix-huit jours de bras de fer, Hosni Moubarak a finalement admis sa défaite vendredi, quelques heures seulement après avoir répété qu’il ne quitterait pas ses fonctions jusqu’à l’élection d’un nouveau président en septembre. A 82 ans, l’ancien homme fort, qui s’apprêtait encore il y a quelques semaines à préparer une transition dynastique, s’est réfugié à Charm-el-Cheikh, station balnéaire de la mer Rouge. L’armée a pris directement les rênes du pays via un conseil militaire, qui n’a guère donné de détails sur la "phase de transition" qui vient de s’ouvrir, ni sur le calendrier électoral. Ce Conseil suprême des forces armées, dirigé par le ministre de la défense, Mohamed Hussein Tantaoui, a promis de "réaliser les espoirs de notre grand peuple". Il lui revient en effet de réaliser le vœu de stabilité démocratique auquel aspire l’Egypte mais certains observateurs s’interrogent quant aux souhaits des militaires, qui contrôlent le pays depuis le renversement de la monarchie en 1952. Le maréchal Tantaoui est âgé de 75 ans. Il a été un fidèle ministre de la défense de Hosni Moubarak et les spécialistes américains de l’armée égyptienne le jugent réticent au changement.

Des opposants, au Caire, le 12 février 2011

En attendant, les Egyptiens ont dansé, ri, chanté dans l’espoir d’assister à l’avènement d’une nouvelle ère. Sur le pont menant à l’une des entrées de la place Tahrir, symbole de la contestation populaire qui a chassé M. Moubarak, un groupe de jeunes dansaient encore samedi, arborant des drapeaux égyptiens et arrêtant les voitures pour féliciter les conducteurs. "Ô matin de la victoire", s’écriait l’un d’eux avec un grand sourire. Sur la place, nombre d’entre eux dormaient encore au petit matin mais beaucoup avaient passé toute la nuit éveillés à célébrer, la voix enrouée tellement ils avaient crié de joie après l’annonce que M. Moubarak démissionnait et remettait les pouvoirs à l’armée. L’armée commençait à enlever les barricades, installées depuis plus de dix-huit jours. Plusieurs groupes de jeunes se réchauffaient auprès d’un feu improvisé, tandis que d’autres applaudissaient des militants sur une tribune appelant à la poursuite du "combat" en vue d’une Egypte "démocratique". L’euphorie n’a pas seulement envahi la place Tahrir. Elle semble avoir gagné tout le pays, d’Alexandrie à Suez, où une nation entière semble être descendue dans les rues. Des feux d’artifice ont été tirés. Des concerts de klaxons ont été lancés au milieu des drapeaux aux couleurs nationales, noir, blanc et rouge. Les gens ont brandi leurs enfants au-dessus de leurs têtes. Certains se sont pris en photo avec des militaires souriants sur leurs blindés.

Avec AFP et Reuters

Des opposants, au Caire, le 12 février 2011

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source