retour article original

lundi 27 février 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
AFP, Le Monde, 13 février 2011

Egypte : Les Etats-Unis tentent de confisquer la révolution


Des soldats démantèlent le campement des manifestants, au Caire, le 13 février 2011

Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, a affirmé, dimanche 13 février 2011, que les Etats-Unis tentaient de "confisquer" la révolution du peuple égyptien, selon des propos rapportés par l’agence officielle Irna.


Egypte

Le conseil suprême des forces armées égyptiennes, qui a pris la direction de l’Egypte après la démission, vendredi 11 février 2011, de M. Moubarak, a annoncé, samedi 12 février, que le gouvernement actuel assurerait la gestion des affaires courantes et que le pays respecterait tous ses traités internationaux. L’Egypte est, avec la Jordanie, le seul pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël. L’Iran ne reconnaît pas l’Etat hébreu et soutient les groupes islamistes palestiniens. L’Iran, qui a soutenu les manifestants égyptiens depuis les premiers jours de la révolte, s’est félicité, ces derniers jours, de la chute de Hosni Moubarak, affirmant qu’elle témoignait de "l’échec des Etats-Unis et du sionisme dans la région".

Des manifestants, au Caire, le 13 février 2011

"Les dirigeants de ce pays (Etats-Unis) veulent confisquer la révolution du peuple égyptien pour la stériliser", a déclaré Ali Larijani, en faisant référence au transfert du pouvoir à l’armée égyptienne, soutenu par les Etats-Unis. "Le 11 février, nous avons assisté à un grand événement dans la région avec le départ du dictateur égyptien, qui représente le début du printemps égyptien", a-t-il ajouté. "Mais avant et après cet événement, les Etats-Unis ont comploté pour confisquer la révolution égyptienne", a dit M. Larijani. "Sur ordre des Etats-Unis, certains pays de la région qui soutenaient Hosni Moubarak ont apporté leur soutien au processus actuel" de transition, a-t-il ajouté, faisant référence en particulier à l’Arabie Saoudite. "Aujourd’hui, avec toupet, les Américains disent que la situation démocratique future de l’Egypte doit respecter le traité honteux de Camp David", a déclaré M. Larijani à propos du traité de paix signé en 1979 entre Israël et l’Egypte. "Qu’est-ce que c’est cette démocratie où, sur ordre des Etats-Unis, un conseil militaire illégal est crée et ses objectifs fixés à l’avance" par les Américains ? a-t-il insisté. "Est-ce que l’objectif des jeunes révolutionnaires égyptiens était la chute d’un général (...) et le maintien du gouvernement ?", a-t-il encore demandé. "Plus les Etats-Unis créent des obstacles sur la voie de la révolution égyptienne, plus elle deviendra profonde et hostile aux Etats-Unis et au sionisme", a encore déclaré M. Larijani.

Agence France Presse

Ali Larijani

Place Tahrir, les manifestants exigent de nouvelles garanties de l’armée

Les militaires, qui ont pris les rênes du pays via un Conseil suprême des forces armées, se sont engagés à remettre le pouvoir aux civils à l’issue d’un processus transparent et démocratique. Ils n’ont cependant fourni aucun calendrier détaillé. Un porte-parole du gouvernement a expliqué à l’agence Reuters qu’il n’y aura pas de remaniement de grande ampleur dans les prochains mois : "Le gouvernement restera jusqu’à la fin du processus de transition, un nouveau gouvernement sera alors nommé sur la base de principes démocratiques", a-t-il indiqué. Quelques portefeuilles ministériels pourraient néanmoins changer de main d’ici là, a-t-il précisé. Ni le gouvernement, ni le Conseil suprême des forces armées n’ont toutefois donné de calendrier détaillé du processus de transition. Quelques précisions pourraient être apportées à l’issue d’une réunion ministérielle prévue dimanche 13 février 2011. Le rétablissement de l’ordre est l’une des priorités des militaires, qui protègent les bâtiments stratégiques en l’absence de la police, qui semble s’être volatilisée. Le chef du Conseil suprême des forces armées, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, a d’ailleurs évoqué, samedi 12 février, avec le ministre de l’Intérieur, Mahmoud Wagdy, la possibilité d’un rapide redéploiement des forces de police. Celles-ci ont manifesté, dimanche 13 février, près du ministère de l’Intérieur, pour réclamer une hausse des salaires et l’absence de poursuites à leur encontre. Lors de cette marche, des coups de feu ont retenti ; selon un garde de la sécurité, ce sont les policiers qui ont tiré des coups de feu en l’air. Le maréchal Tantaoui, par ailleurs vice-premier ministre et ministre de la Défense, a également eu un entretien avec le président de la Cour constitutionnelle et le ministre de la justice à propos de questions touchant à la Constitution. "La priorité des priorités, sans nul doute, c’est la sécurité. Autre priorité tout aussi importante : apporter les éléments nécessaires à la vie quotidienne des citoyens", a déclaré à la télévision le premier ministre, Ahmed Chafic.

Des policiers avec les manifestants, au Caire, le 13 février 2011

Pour ce premier jour ouvré de l’après-Moubarak, les commerces ont rouvert, dimanche 13 février 2011, et de nombreux Egyptiens ont repris le chemin du travail, après dix-huit jours qui ont changé le cours de l’histoire moderne de l’Egypte. Des milliers de personnes sont toutefois revenues sur la place Tahrir, au Caire, épicentre de la révolte contre Hosni Moubarak, pour exiger de l’armée qu’elle tienne ses promesses. Alors que la police militaire tentait de libérer le rond-point pour permettre à la circulation automobile de reprendre, de nombreux manifestants résistaient, refusant de partir. Quelques brèves échauffourées ont été constatées. "Révolution, révolution jusqu’à la victoire", scandaient la centaine de personnes ayant passé la nuit sur la place, rejoints par une foule plus nombreuse. "Si l’armée ne remplit pas nos exigences, notre soulèvement et ses manifestations concrètes repartiront de plus belle", a prévenu Safouat Hegazi, l’un des chefs de file de la contestation. Les protestataires réclament la levée de l’état d’urgence et la dissolution du Parlement issu des élections législatives de novembre 2010, largement considérées comme truquées au profit du Parti national démocrate (PND) au pouvoir.

Le Monde avec Reuters et AFP

Un soldat tente de calmer les manifestants, au Caire, le 13 février 2011

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source