retour article original

mardi 23 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
Reuters, 14 février 2011

Egypte : L’armée interdit les grèves et les manifestations sociales

Suivi d’un commentaire

par Andrew HAMMOND, Tom PERRY, Nicole DUPONT et Bertrand BOUCEY


Des manifestants, au Caire, le 13 février 2011

L’armée égyptienne s’emploie à affirmer son autorité sur le pays, après la chute de Hosni Moubarak, et elle devrait, lundi 14 février 2011, interdire de fait les grèves et adresser une mise en garde contre les risques de "chaos et de désordre".


Egypte

Le Conseil suprême des forces armées, qui a pris les rênes du pays après le départ de Hosni Moubarak, vendredi 11 février 2011, a annoncé, dimanche 13 février, la suspension de la Constitution et la dissolution du parlement. Sans fournir de calendrier précis, il a ajouté qu’il ne resterait au pouvoir que six mois ou jusqu’à la tenue d’élections législatives et présidentielle. Il a aussi annoncé la formation d’une commission chargée d’amender la constitution et dont les conclusions seront soumises à référendum. Ces annonces ont été plutôt bien accueillies par ceux qui ont renversé Hosni Moubarak après dix-huit jours de manifestations. Les militaires n’ont toutefois pas précisé la place qu’ils réserveraient aux civils dans ce processus censé aboutir à l’instauration d’un régime démocratique. Nommé par Hosni Moubarak durant la crise, le gouvernement va continuer de gérer les affaires courantes et soumettra ses décisions au conseil suprême des forces armées. La priorité des militaires semble être de rétablir l’ordre et de relancer l’activité économique du pays, que les touristes ont fui durant les troubles. De source militaire, on a déclaré que le conseil suprême des forces armées allait publier, lundi 14 février, un décret interdisant les réunions syndicales et corporatives, ce qui revient de fait à interdire les manifestations à caractère social. Il va aussi inviter les Egyptiens à reprendre le travail.

Des manifestants, au Caire, le 13 février 2011

Le vent de contestation souffle en effet aussi sur le terrain social désormais. Des employés du vaste secteur public exigent une revalorisation de leurs maigres salaires et de meilleures conditions de travail. Des institutions financières du Caire jusqu’au port d’Alexandrie, de nombreux employés se sont mis en grève, dimanche 13 février, premier jour ouvré de l’après-Moubarak, ce qui a contraint la Banque centrale égyptienne à décréter lundi 14 février jour chômé, alors que mardi 15 février est déjà un jour férié.

Manifestation contre les manifestants, au Caire, le 13 février 2011

Une mise en garde va aussi être adressée, lundi 14 février 2011, aux fauteurs de "chaos et de désordre", a-t-on dit de même source militaire, même si l’armée reconnaît le droit de manifester politiquement. Des heurts ont opposé, dimanche 13 février, l’armée à des manifestants continuant d’occuper la place Tahrir, coeur de la contestation depuis le 25 janvier en plein centre du Caire. Les militaires souhaitaient rétablir la circulation sur ce grand carrefour. Quelques manifestants persistent à camper sur la place tant que leurs revendications en faveur de l’instauration d’un régime démocratique n’ont pas été exaucées. Une grande "marche de la victoire" est prévue vendredi 18 février.

Andrew HAMMOND, Tom PERRY, Nicole DUPONT et Bertrand BOUCEY

Une terrasse de café, au Caire, le 13 février 2011

Commentaire

On constate que le Conseil suprême des forces armées se comporte comme une dictature au service de l’oligarchie, n’hésitant pas à bafouer des droits fondamentaux individuels tels que le droit de grève et le droit de réunion syndicale. N’importe quel contestataire peut être qualifié de "fauteur de chaos et de désordre". Parallèlement, on constate qu’il n’est nullement question de purger la police et les services de sécurité de leurs tortionnaires, et encore moins d’engager des poursuites judiciaires contre eux. Il n’est pas davantage question de saisir les biens de ceux qui ont fait fortune sur la misère du plus grand nombre.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

  • Andrew HAMMOND, Tom PERRY, Nicole DUPONT et Bertrand BOUCEY

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source