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vendredi 24 mars 2017
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Reuters, 14 février 2011

Corruption : Une note confidentielle ouvre de nouvelles pistes aux enquêteurs dans l’affaire de l’attentat à Karachi

par Thierry LEVEQUE et Yves CLARISSE


Le lieu de l’attentat, à Karachi, le 8 mai 2002

Une note confidentielle du ministère français des Affaires étrangères apporte de nouveaux éléments pour étayer la piste d’une affaire de corruption en toile de fond de l’attentat antifrançais de Karachi, en 2002. Onze Français travaillant à la construction de sous-marins avaient été tués dans un attentat-suicide. Al Qaïda a d’abord été soupçonné mais la justice pense désormais que l’action pourrait être liée aux 84 millions d’euros de commissions dont le paiement était convenu en marge du contrat de sous-marins.


Pakistan

Une note adressée, en 1997, au ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine, transmise au juge d’instruction Marc Trévidic et publiée, lundi 14 février 2011, par Le Monde et Mediapart, montre que les autorités s’inquiétaient des conséquences de l’ouverture d’une enquête pour corruption au Pakistan. "Le gouvernement pakistanais aurait décidé de lancer une offensive politique "mains propres" qui pourrait avoir des conséquences délicates pour nous. L’affaire de la vente de sous-marins Agosta qui ferait l’objet d’une enquête pourrait en effet impliquer d’anciens ministres de la Défense (MM. Pierre Joxe et François Léotard) et M. Nicolas Bazire", lit-on dans ce document. Nicolas Bazire était directeur de cabinet d’Edouard Balladur, Premier ministre en 1993-1995, quand le contrat des sous-marins appelé "Agosta" a été signé avec le Pakistan. Pierre Joxe a été ministre de la Défense entre 1991 et 1993, François Léotard entre 1993 et 1995. "Il faut se préparer à évoquer l’affaire à un niveau élevé avec les Pakistanais, pour obtenir de leur part une certaine retenue", ajoute la note. On remarque une annotation manuscrite, figurant sous une flèche pointant la phrase où sont cités Pierre Joxe, François Léotard et Nicolas Bazire, où l’on peut lire : "Si cela progresse, il faudra les prévenir". Sans que cela y figure explicitement, l’hypothèse de l’existence de "rétrocomissions", un retour frauduleux de l’argent des commissions des sous-marins en France, est donc sous-entendu dans cette note. Cette hypothèse a été largement explorée dans l’enquête sur le crime, et il est déjà démontré que Jacques Chirac, une fois élu, en 1995, a arrêté certains paiements sur ce fondement. Cette décision pourrait être, selon certaines dépositions non confirmées par des preuves, être au moins en partie à l’origine de l’attentat de Karachi. Une information judiciaire séparée sur la corruption présumée est ouverte à Paris.

Thierry LEVEQUE et Yves CLARISSE

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