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Reuters, AP, 16 février 2011

Egypte : L’armée veut hâter la transition et la reprise du travail

par Maroua AOUAD, Chaïman FAYED, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER


Manifestation ouvrière, à Mansoura, le 14 février 2011

Le commission de magistrats chargée par le nouveau pouvoir militaire égyptien de proposer avant la fin du mois des amendements à la Constitution pour permettre des élections libres dans les six mois s’est mise au travail mercredi 16 février 2011. Ce n’est pas le cas de nombre de travailleurs engagés dans des conflits sociaux à travers le pays, que le Conseil suprême des forces armées, qui a remplacé, vendredi 11 février, Hosni Moubarak, avait engagé à reprendre le travail pour ne pas paralyser le pays plus longtemps.


Egypte

L’ancien "raïs" âgé de 82 ans, contraint par la rue et l’armée à écourter de huit mois son mandat présidentiel, s’est réfugié dans sa résidence de la station balnéaire de Charm El Cheikh, sur les rives de la mer Rouge, où l’on murmure que son état de santé s’est rapidement dégradé. Six jours après la chute de Hosni Moubarak, principale exigence des manifestants qui ont "squatté" durant dix-huit jours la grande place Tahrir, Le Caire n’avait pas encore retrouvé, mercredi 16 février 2011, une vie tout à fait normale. Des chars et blindés de l’armée étaient toujours positionnés autour des bâtiments publics et autres points névralgiques de la capitale. Banques et écoles sont restées fermées et les Cairotes avaient encore du mal à croire en leur liberté retrouvée après trente ans de régime autocratique.

Des guides touristiques, à Giza, le 14 février 2011

Les jeunes activistes à l’origine de la "Révolution du Nil" qui a eu raison de Hosni Moubarak ont demandé -sans avoir encore reçu de réponse- à rencontrer le Conseil suprême, qui a promis de céder la place à un régime civil après des scrutins présidentiel et législatif libres et honnêtes l’été 2011. Même s’il a joué un rôle central dans le soulèvement, via les réseaux sociaux du Web, le mouvement de jeunesse reste pluriel et ne s’est pas encore doté d’une direction susceptible de déboucher sur la formation d’un véritable parti politique. Certains chefs de l’opposition démocratique, laminée sous le régime de Hosni Moubarak, redoutent que la volonté de l’armée de tenir rapidement des élections ne leur laisse pas assez de temps pour s’organiser et favorise les Frères musulmans, seule opposition structurée prête à affronter les urnes. Mais la commission de huit magistrats, dont un proche de la confrérie, chargés par l’armée de proposer, dès ce mois-ci, des amendements à la Constitution, s’est immédiatement mise au travail pour préparer des conditions propices aux élections. Le Conseil militaire n’a pas non plus traîné pour dissoudre le parlement à la main de Hosni Moubarak, élu, en novembre 2010, dans des conditions controversées, et pour suspendre la Constitution actuelle qui excluait de facto toute candidature sérieuse à la présidence d’un opposant. A Genève, la haute commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a fait savoir qu’elle n’avait pas reçu encore de feu vert du pouvoir militaire égyptien à sa proposition d’envoyer auprès de lui des experts pour l’aider à assurer un transition démocratique. Pour maintenir la pression sur l’armée, le mouvement de la place Tahrir a appelé les Egyptiens à une grande "marche de la victoire", vendredi 18 février, afin de fêter le succès de sa révolution, qui, calquée sur celle du Jasmin en Tunisie, inspire désormais la rue arabe, du Yémen à l’Algérie en passant par la Libye et Bahreïn.

Manifestation ouvrière, au Caire, le 14 février 2011

Soucieuce d’éviter une paralysie du pays, l’armée a exhorté, avec un succès mitigé, les Egyptiens en grève pour obtenir des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail à mettre fin à leurs mouvements, qui font tache d’huile depuis la chute de Hosni Moubarak. Les grèves, dont le point commun est le sentiment nouveau de pouvoir s’exprimer librement, affectent le secteur bancaire, la grande usine textile de Mhalla el Koubra, l’aéroport du Caire, le secteur métallurgique, mais aussi des professions aussi variées que la police et les guides touristiques. La formulation prudente de l’appel à la reprise du travail lancé, lundi 14 février 2011, par l’armée, qui marque de facto un changement de ton par rapport au style autoritaire du passé, ne plait pas à tous. "L’armée doit employer un langage plus ferme envers les gens", a estimé le directeur de la chambre des industries métallurgiques, Saïd Hanfi, en accusant certains grévistes de chercher seulement à profiter de la situation politique. Place Tahrir, théâtre, au début du mois, de très violents affrontements entre les manifestants pour la démocratie et de hommes de main du régime, l’armée a retiré une partie de ses blindés après en avoir évacué, lundi 14 février, les derniers protestataires.

Un couple contemple le bâtiment incendié qui abritait le siège du parti au pouvoir, au Caire, le 15 février 2011

Maroua AOUAD, Chaïman FAYED, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER

Au moins 365 civils tués durant la révolte

Au moins 365 civils ont été tués durant les dix-huit jours du soulèvement anti-Moubarak, a annoncé, mercredi 16 février 2911, le ministère de la Santé égyptien. Il ne s’agit là que d’un bilan provisoire qui ne prend pas en compte les policiers ou les détenus, a précisé le ministre, Ahmed Sameh Farid.

Associated Press

Des Egyptiens prient, au Caire, le 16 février 2011

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