retour article original

vendredi 28 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
Reuters, 18 février 2011

Egypte : Fête de la victoire place Tahrir

par Maroua AOUAD, Dina ZAYED, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER


Des manifestants, au Caire, le 18 février 2011

Des millions d’Egyptiens ont fêté, vendredi 18 février 2011 dans la liesse, le succès de leur "Révolution du Nil", qui a entraîné la chute, il y a une semaine jour pour jour, du président, Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans.


Egypte

Selon l’agence de presse officielle Mena, qui avait minimisé ou carrément ignoré la forte mobilisation populaire durant les dix-huit jours qui ont changé l’histoire de l’Egypte, deux millions de personnes se sont rassemblées place Tahrir et à ses abords. Mais, en dehors de cette grande place du Caire, qui fut le coeur battant de la révolution, des centaines de milliers de personnes ont participé dans le reste du pays à cette "marche de la victoire" visant aussi à rendre hommage aux 365 victimes de la répression. De nombreux manifestants ont assuré vouloir rester vigilants face à l’armée, auquel Hosni Moubarak a transmis le flambeau avant de se reclure dans sa résidence de Charm El Cheikh, sur la mer Rouge, afin de ne pas se faire voler leur mouvement démocratique. Place Tahrir, toujours gardée par des chars et blindés et quadrillée par la police militaire, le prédicateur égyptien Youssef El Karadaoui a demandé à la foule, lors de la grande prière hebdomadaire, de faire preuve de patience envers l’armée. Mais l’influent cheikh basé au Qatar, qui a soutenu dès le début le soulèvement égyptien dans ses prêches diffusés par la chaîne de télévision panarabe Al-Djazira, a demandé à l’armée de débarrasser les Egyptiens du gouvernement nommé par Hosni Moubarak au début de la crise, début janvier 2011. Youssef Karadaoui, dont le sermon a été acclamé par une foule qui brandissait des drapeaux égyptiens, a demandé à la jeunesse à l’origine du soulèvement de "protéger la révolution et sa propre unité". "Prenez garde à ceux qui veulent diviser vos rangs et corrompre votre fraternité." Youssef Karadaoui a présenté le mouvement qui a campé sur la place Tahrir du 25 janvier au 11 février comme un triomphe contre le sectarisme. "Ici, les chrétiens et les musulmans se sont côtoyés. Ces maudites querelles sont terminées." Environ 10 % des quelque 82 millions d’Egyptiens sont des chrétiens coptes. Vingt et un de ceux-ci avaient été tués et une centaine d’autres blessés dans un attentat à la bombe contre une église d’Alexandrie durant la nuit du nouvel an. La mosquée-université cairote d’Al-Azhar, la plus haute autorité morale du monde sunnite, a rompu fin janvier le dialogue avec le Vatican parce que le pape Benoît 16 avait reproché à l’Egypte de ne pas protéger assez sa minorité chrétienne. Dans son message hebdomadaire sur internet, Mohamed Badié, nouveau chef des Frères musulmans, le mouvement d’opposition égyptien le mieux structuré, a exhorté les Egyptiens à préserver leur révolution face aux "opportunistes" qui chercheraient à "la prendre en otage, elle et ses réalisations". "Ceci est un message sérieux à l’adresse des militaires", a souligné Mohamed El Saïd, un jeune habitant de Port-Saïd venu au Caire pour cette "marche de la victoire", en désignant la marée humaine sur la place, dont un des slogans proclamait "l’armée et le peuple sont unis". "A partir d’aujourd’hui, il leur sautera aux yeux que, s’ils ne protègent pas la révolution et ne répondent pas aux exigences du peuple, les gens viendront la prochaine fois place Tahrir non pas pour célébrer la victoire mais avec des couvertures comme auparavant."

Des manifestants, au Caire, le 18 février 2011

Le Conseil suprême des forces armées dirigé par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, ministre de la Défense, a suspendu la Constitution, très contestée, et le parlement, élu, en novembre 2010, dans des conditions litigieuses, promettant de rendre le pouvoir aux civils après des élections libres dans les six mois. De source proche de la sécurité, on assure que le Premier ministre, Ahmed Chafik, lui-même un général, annoncera, dimanche 20 février ou lundi 21 février 2011, un remaniement, où devraient entrer des personnalités de l’opposition, dans l’espoir de rassurer les manifestants et de remettre au travail le pays, en proie à une vague de grèves.

Maroua AOUAD, Dina ZAYED, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER

Une fanfare militaire joue pour les manifestants, au Caire, le 18 février 2011

AUTEURS 

  • Maroua AOUAD, Dina ZAYED, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source