retour article original

lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Côte d’Ivoire
Reuters, 22 février 2011

Côte d’Ivoire : Six manifestants tués à Abidjan

par Laurent PRIEUR, Ange ABOA, Mathieu BONKOUNGOU, Tim COCKS, Loucoumane COULIBALY, Nicole DUPONT et Jean-Loup FIEVET


Scène d’émeute, à Abidjan, le 21 février 2011

Au moins six manifestants réclamant le départ de Laurent Gbagbo ont été tués, lundi 21 février 2011, à Abidjan, tandis qu’une délégation de chefs d’Etat de l’Union africaine chargés de proposer une solution à la crise politique rencontrait le président sortant à Abidjan.


Côte d’Ivoire

La communauté internationale a reconnu l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara comme étant le vainqueur, le 28 novembre 2010, du second tour de l’élection présidentielle, mais le président sortant, Laurent Gbagbo, conteste ces résultats et refuse de céder le pouvoir. Les deux rivaux ont formé chacun un gouvernement, mais Alassane Ouattara reste cantonné à un hôtel d’Abidjan où il est placé sous la protection de casques bleus des Nations Unies. Selon les Nations Unies, le conflit a fait jusqu’ici quelque 300 morts, en majorité des partisans d’Alassane Ouattara.

Scène d’émeute, à Abidjan, le 21 février 2011

Le gouvernement d’Alassane Ouattara a lancé un appel à un soulèvement semblable à celui qui a poussé au départ le président égyptien, Hosni Moubarak, mais les forces de sécurité ont dispersé les tentatives de rassemblement. Babri Gohourou, porte-parole de l’armée, a déclaré, à la télévision publique, qu’au moins 4 soldats ou policiers avaient été lynchés, dimanche 20 février 2011, par des manifestants, dont 3 auraient été égorgés. Des habitants ont fait état de coups de feu tirés tout au long de la matinée de lundi 21 février, dans des quartiers d’Abidjan pro-Ouattara. Dans le quartier de Koumassi, des soldats utilisant des mitrailleuses montées sur des véhicules militaires ont tiré sur des manifestants, ont rapporté des habitants. Trois manifestants au moins ont été tués, a dit Djaté Traoré, habitants de Koumassi, qui précise avoir vu les corps. Dans le quartier de Treichville, on déplore trois morts et 14 blessés, a déclaré par téléphone à Reuters un employé de mairie qui a vu les morts. Cette source, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, a participé au transport des blessés à l’hôpital. Le camp Ouattara a fait état, pour lundi 21 février, d’un bilan de 12 morts, dont 3 civils frappés par une grenade RPG. Les militaires n’ont fait aucune déclaration. Des tentatives similaires de manifestation ont été réprimées, ce week-end, par des forces pro-Gbagbo qui, selon des témoins, ont tué au moins 5 personnes. L’armée a prorogé le couvre-feu nocturne imposé durant le week-end et qui sera maintenu jusqu’à jeudi 24 février.

Un cadavre, à Abidjan, le 21 janvier 2011

Invoquant une "détérioration rapide du secteur financier", la banque SIB, filiale de la banque marocaine Attijariwafa, a suspendu, lundi 21 février 2011, ses opérations dans le pays. Presque toutes les autres banques internationales avaient déjà fermé leurs portes la semaine dernière. Laurent Gbagbo, qui continue d’exercer le pouvoir avec l’appui de l’armée en dépit de sanctions internationales, a promis de rouvrir deux banques françaises nationalisées la semaine dernière. Selon des sources proches du ministère des Finances, des représentants de Laurent Gbagbo devaient rencontrer du personnel pro-Gbagbo des succursales de la Société Générale et de BNP Paribas en vue de leur réouverture, mardi 22 février, en tant que banques nationalisées.

Des blessés dans une clinique d’Abidjan, le 21 février 2011

La délégation de l’Union africaine a été reçue par Laurent Gbagbo. D’après une source proche des discussions préparatoires de dimanche 20 février 2011, elle devait insister pour qu’il s’en aille, en échange de diverses garanties. Ce dernier a jusqu’ici rejeté toutes les propositions en ce sens. Les dirigeants sud-africain, mauritanien, tchadien, burkinabé et tanzanien s’étaient réunis, dimanche 20 février, en Mauritanie, afin de discuter de propositions préparées par des experts de l’Union africaine. "Nous ne pouvions revenir sur la précédente décision de la commission de l’Union africaine qui reconnaissait Ouattara comme le vainqueur de l’élection", a dit, sous le sceau de l’anonymat, la source proche des discussions. "Il a été estimé que les deux candidats ne pouvaient coexister, de sorte que la préférence est allée à un transfert de pouvoir avec des garanties à la partie perdante (...) La délégation de haut niveau s’est mise d’accord sur la voie à suivre, mais il reste de nombreux détails à préciser". Lundi 21 février, à 14h00, tous les chefs d’Etat avaient atterri à l’aéroport d’Abidjan, à l’exception du président burkinabé, Blaise Compaoré. Aucune raison n’a été donnée à son absence, mais les partisans de Laurent Gbagbo considèrent qu’il a un parti pris en faveur d’Alassane Ouattara.

Laurent PRIEUR, Ange ABOA, Mathieu BONKOUNGOU, Tim COCKS, Loucoumane COULIBALY, Nicole DUPONT et Jean-Loup FIEVET

Des blessés dans une clinique d’Abidjan, le 21 février 2011

AUTEURS 

  • Laurent PRIEUR, Ange ABOA, Mathieu BONKOUNGOU, Tim COCKS, Loucoumane COULIBALY, Nicole DUPONT et Jean-Loup FIEVET

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source