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Le Monde, 17 juin 2004

Etats-Unis : Le lien entre Al-Qaida et Saddam Hussein reste introuvable

New York de notre correspondant

par Eric LESER


Selon un rapport préliminaire de la commission d’enquête américaine sur les attentats du 11 septembre 2001, "aucune preuve crédible" n’atteste une collaboration entre l’ex-dictateur et le réseau terroriste qui, avec les armes de destruction massive, a servi de justification à la guerre en Irak.


"Nous n’avons aucune preuve crédible d’une collaboration entre le régime de Saddam Hussein et Al-Qaida pour attaquer les Etats-Unis", affirme un nouveau rapport intermédiaire rendu public, mercredi 16, par la commission d’enquête indépendante sur les attaques du 11 septembre 2001. Elle a commencé, mercredi 16 juin, ses deux derniers jours d’auditions, et rendra ses conclusions le 26 juillet 2004.

Selon ce rapport de 12 pages, intitulé "Overview of the Enemy" ("Aperçu de l’ennemi"), Oussama Ben Laden a brièvement exploré l’idée de nouer des liens avec l’Irak au milieu des années 1990. Mais il était fondamentalement hostile à un gouvernement arabe laïque, et Bagdad n’a jamais répondu aux demandes de soutien sous la forme de spécialistes pour entraîner ses hommes et de fourniture d’armes.

Le gouvernement soudanais, qui a abrité Al-Qaida de 1991 à 1996, a tenté de rapprocher l’organisation terroriste et Bagdad, mais sans succès. Il a persuadé Ben Laden de cesser de soutenir les opposants à Saddam Hussein et a "organisé des rencontres". Celles-ci n’ont débouché sur aucune coopération. "Il y a eu également des contacts après que Ben Laden était retourné en Afghanistan en 1996, mais, apparemment, ils ne se sont traduits par aucune collaboration."

Le rapport apparaît comme un démenti cinglant des déclarations faites encore au début de la semaine par le vice-président Dick Cheney affirmant l’existence de "liens de longue date" entre Al-Qaida et le régime de Saddam Hussein.

"Terrain fertile"

Le rapport apporte également des éléments nouveaux sur l’histoire du mouvement terroriste. "Contrairement à une idée populaire, Ben Laden n’a pas financé son réseau sur sa fortune personnelle" et n’aurait jamais reçu son héritage de 300 millions de dollars. La commission ajoute ne disposer d’aucune preuve du financement d’Al-Qaida par un gouvernement, mais souligne qu’il avait "un terrain fertile pour obtenir de l’argent" en Arabie saoudite. Plus de 20000 hommes se seraient entraînés dans les camps de Ben Laden en Afghanistan entre mai 1996 et septembre 2001.

Le changement de stratégie du groupe, avec des attaques "préparées, dirigées et exécutées par Al-Qaida sous l’autorité de Ben Laden et de ses proches", remonte à août 1998 et aux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, qui ont fait 224 morts et plus de 5000 blessés. En janvier 2000, une tentative pour attaquer le navire de guerre USS The Sullivans a échoué. Le bateau utilisé, trop chargé en explosifs, a coulé. Dix mois plus tard, une opération similaire dans le port d’Aden au Yémen contre le USS Cole a réussi.

Aujourd’hui, "Al-Qaida cherche par tous les moyens à attaquer les Etats-Unis et faire le maximum de victimes". Le réseau a toujours l’ambition de mener un attentat chimique, biologique, radiologique ou nucléaire sur le sol américain. Depuis la défaite des talibans en Afghanistan, "son financement a diminué de façon significative", mais "il reste assez facile pour Al-Qaida de trouver les sommes relativement faibles nécessaires pour mener les attaques". L’organisation est aujourd’hui décentralisée. Les commandants opérationnels et les responsables de cellules prennent les décisions auparavant prises par Oussama Ben Laden.

Dissensions internes

La commission a également rendu public, mercredi 16 juin 2004, un autre rapport sur la préparation des attaques du 11 Septembre 2001. Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attaques contre New York et Washington, capturé en mars 2003 au Pakistan, avait envisagé de détourner jusqu’à dix avions qui devaient s’écraser sur des centrales nucléaires, sur le quartier général de la CIA et du FBI et sur des immeubles en Californie. Au lieu de 19 pirates de l’air, les terroristes participant aux attentats auraient dû être au moins 25. La commission a identifié une dizaine de membres d’Al-Qaida qui, pour différentes raisons, n’ont pu entrer sur le territoire américain.

Un autre projet aussi abandonné consistait à détourner en même temps des avions commerciaux américains en provenance d’Asie du Sud-Est et à les faire exploser en vol au moment des attaques contre New York et Washington. Mais la préparation des attentats s’est heurtée "à des difficultés opérationnelles, des oppositions internes et des dissensions au sein même de la direction d’Al-Qaida". Oussama Ben Laden était impatient et aurait demandé à plusieurs reprises que les opérations aient lieu plus tôt. Khalid Cheikh Mohammed s’y serait opposé jusqu’à ce que quatre équipes, au moins, soient prêtes à détourner des avions.

Le rapport ne fait état, par ailleurs, d’aucune preuve accréditant la thèse d’une rencontre à Prague entre un haut responsable des services secrets irakiens et Mohammed Atta, un des 19 pirates de l’air du 11 septembre 2001, considéré comme le responsable de l’opération aux Etats-Unis. Il menait le premier avion, le vol 11 d’American Airlines, qui s’est encastré dans le World Trade Center.

Toujours selon le document, le quatrième Boeing, le vol 93 d’United Airlines, qui s’est écrasé en Pennsylvanie, devait bien se diriger sur le Capitole. Oussama Ben Laden voulait frapper la Maison Blanche, mais elle était trop difficile à atteindre, selon Khalid Cheikh Mohammed.

Composée de dix membres (cinq démocrates et cinq républicains), la commission indépendante enquête depuis dix-huit mois. Ses rapports sont basés sur des témoignages recueillis et, surtout, des milliers de pages de documents classifiés du gouvernement et des services de sécurité et de renseignement américains. La majeure partie d’entre eux ne seront pas accessibles au public avant vingt-cinq ans. Un ordre signé en mars 2003 par George Bush a porté de dix à vingt-cinq ans le secret d’Etat protégeant ses archives.

Des notes préliminaires

Les deux notes rendues publiques, mercredi 16 juin, par les services de la commission d’enquête sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ne sont pas des extraits du rapport final que la commission devra rendre le 28 juillet 2004. Comme les quatorze autres notes qui les ont précédées, ces documents ont été rédigés par des membres du personnel (staff) recrutés par la commission indépendante pour aider ses dix participants -cinq démocrates et cinq républicains- dans leur travail. Le directeur du staff est Philip Zelikow, un historien de l’université de Virginie, qui a été membre de l’équipe de transition de George Bush à la Maison Blanche.

Le contenu de ces notes peut être ou ne pas être retenu dans le rapport final. Il reflète les convictions des enquêteurs à la date de parution. "Nous restons prêts à revoir notre appréciation du sujet au fil de notre travail", écrivent les signataires du rapport sur la préparation du 11 Septembre 2001.

Le rôle présumé de Zacarias Moussaoui

Selon le rapport préliminaire de la commission indépendante, le Français Zacarias Moussaoui, accusé de complicité dans les attentats du 11 septembre 2001 par la justice américaine, aurait été envoyé aux Etats-Unis pour apprendre à piloter afin d’offrir une solution de secours.

Il s’agissait de prévenir une éventuelle défection de Ziad Jarrah, qui se trouvait aux commandes du vol 93 d’United Airlines qui s’est écrasé le 11 septembre en Pennsylvanie, après une révolte des passagers. Ziad Jarrah était en conflit avec Mohammed Atta, considéré comme le responsable opérationnel des attaques, et avait décidé pendant un moment de ne plus participer aux attentats.

Selon Khalid Cheikh Mohammed, Zacarias Moussaoui devait appartenir à une "seconde vague" de détournements et d’attentats sur la côte Ouest.

Eric LESER

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