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Reuters, 7 mars 2011

Egypte : Des voyous attaquent des manifestants au Caire

par Tom PERRY, Maroua AOUAD, Jean-Stéphane BROSSE et Philippe BAS-RABERIN


Des manifestants se font attaquer devant le siège de la Sécurité d’Etat, au Caire, le 6 mars 2011

Des hommes en civil armés d’armes blanches et de cocktails Molotov s’en sont pris, dimanche 6 mars au soir, au Caire, à des manifestants qui réclamaient une réforme de la Sécurité centrale égyptienne, connue pour ses méthodes brutales, ont rapporté des témoins.


Egypte

L’appareil de la Sécurité centrale, intégré au ministère de l’Intérieur, est accusé par ses adversaires de fonctionner comme un service d’espionnage intérieur. Ses réseaux, très implantés dans la société, surveillent des citoyens et placent des lignes téléphoniques sur écoutes. Des mesures d’exception lui permettent d’agir contre les adversaires du gouvernement. Ces deux derniers jours, des manifestants ont fait intrusion dans onze bureaux appartenant à l’appareil de la Sécurité centrale, en divers points du pays, saisissant des documents qu’ils craignaient de voir détruire pour dissimuler des abus imputables aux services de police.

Un homme armé d’un bâton, devant le siège de la Sécurité d’Etat, au Caire, le 6 mars 2011

Des dizaines d’hommes brandissant des couteaux ou des machettes, lançant des briques et des cocktails Molotov, ont attaqué les contestataires devant le siège de la Sécurité centrale dont les abus ont, selon ces derniers, contribué au mouvement qui a causé la chute de Hosni Moubarak. Des soldats égyptiens ont tiré des coups de feu en l’air durant plusieurs minutes, pour disperser les manifestants. Alors qu’ils s’enfuyaient en courant, ceux-ci se sont heurtés à des hommes qu’ils ont qualifiés de "voyous". "L’armée s’est mise à tirer en l’air pour nous disperser", a dit Mohamed Fahmi. "Nous avons voulu nous enfuir en courant, mais sommes tombés de l’autre côté sur 200 voyous en civil qui portaient des armes tranchantes", a-t-il poursuivi en estimant le nombre des manifestants à 2000. Mohamed Fahmi a fait état de 15 blessés légers. Selon l’agence officielle Mena, les militants avaient tenté d’entrer de force à l’intérieur du bâtiment. C’est apparemment la première fois que des hommes armés en civil se déploient en force contre des militants réformistes, depuis le départ du président égyptien, le 11 février 2011. L’armée a, depuis, promis d’ouvrir la voie à des élections démocratiques. Les scènes de dimanche 6 mars au soir rappellent les attaques lancées sur la place Tahrir du Caire par des partisans de Hosni Moubarak, lors du soulèvement populaire de dix-huit jours qui a entraîné la chute du raïs. Depuis lors, des militants insistent pour obtenir des réformes approfondies, dont un vaste remaniement de la police. Un remaniement annoncé dimanche 6 mars s’est traduit par la nomination de nouveaux ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Justice, ce qui répond à certaines revendications des réformistes. Mais le remaniement de la sécurité égyptienne réserve d’autres difficultés aux nouvelles autorités.

Tom PERRY, Maroua AOUAD, Jean-Stéphane BROSSE et Philippe BAS-RABERIN

Un homme armé d’un bâton, devant le siège de la Sécurité d’Etat, au Caire, le 6 mars 2011

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