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AFP, 9 mars 2011

Egypte : Ces précieux documents de la sécurité d’Etat


Des coptes manifestent pour dénoncer l’incendie d’une église et réclamer l’arrestation des coupables, au Caire, le 8 mars 2011

Samedi 5 mars 2011, des manifestants à la recherche de preuves d’abus commis par la sécurité d’Etat ont pris d’assaut des bâtiments de l’institution, au Caire et dans plusieurs autres villes d’Egypte. Les autorités avaient alors tout de suite appelé les citoyens à remettre à l’armée ces documents secrets. Mais retournement de situation, mardi 8 mars : ce sont près de 50 policiers qui ont été arrêtés, pour la destruction de documents de la redoutable sécurité d’Etat égyptienne. Ils sont soupçonnés "d’avoir mis le feu" à ces documents secrets, et d’avoir "saboté" des ordinateurs dans des locaux de cette institution dépendant du ministère de l’Intérieur, a déclaré le Procureur général adjoint, Adel Al-Saïd. Cette affaire témoigne du caractère ultra-sensible des archives accumulées par la police sous l’ère Moubarak et de leur possible divulgation.


Egypte

Selon un responsable des services de sécurité, près de 100000 personnes travaillent à la sécurité d’Etat, sans compter d’innombrables informateurs qui lui ont permis d’exercer une surveillance serrée du pays pendant les trente ans de règne de Moubarak. Les manifestants, à l’origine de l’assaut de samedi 5 mars 2011, ont expliqué avoir agi après avoir constaté que les agents de ces services eux-mêmes étaient en train de détruire des documents. "On pouvait voir la police à l’intérieur en train de brûler des papiers", a raconté l’un de ses manifestants. Selon la presse égyptienne, des quantités de dossiers confidentiels sur les pratiques de la police, la vie privée de personnalités ou encore sur les trucages électoraux ont en effet été soit détruits par des agents de ce service, soit dispersés ou saisis par les manifestants. La possibilité de fuites dévastatrices a amené l’armée égyptienne à appeler toute personne détenant des documents à les lui remettre. L’un des documents "mettrait en cause la sécurité d’Etat dans l’attentat antichrétien d’Alexandrie, le 1er janvier", note Claude Guibal correspondante au Caire du journal Libération. La presse de ce lundi 7 mars donnait peu de détails sur le contenu précis de ces documents. Le journal indépendant Al-Chorouq écrivait qu’il avait décidé de "ne pas publier des informations non vérifiées et ne voulait pas porter atteinte à la vie privée des gens". Le quotidien estimait toutefois que "l’attention doit se porter sur les crimes de ce service", laissant entendre que cet aspect des documents de la sécurité d’Etat ne devait pas rester secret. "On a vu les dossiers de filatures, les comptes rendus d’interrogatoire, les écoutes. Ils espionnaient tout le monde : ceux qui étaient avec eux, ceux qui étaient contre eux", note Jamal Himdan, un manifestant interrogé par Claude Guibal, de Libération. Les pratiques de la sécurité d’Etat ont largement contribué à l’impopularité de l’ancien ministre de l’Intérieur Habid El-Adli, aujourd’hui jugé pour malversations financières.

Manifestation féministe pour l’égalité des sexes, au Caire, le 8 mars 2011

Vendredi 4 mars 2011, à la veille de l’assaut des manifestants, ces derniers, entourant le nouveau Premier ministre, Essam Charaf, s’étaient rassemblés sur l’emblématique place Tahrir, au Caire, et scandaient déjà "Le peuple veut la fin de la sécurité d’Etat". La dissolution du tentaculaire appareil de la sécurité d’Etat, organe central du système répressif et régulièrement accusé de tortures du temps de Hosni Moubarak, est en effet une des revendications principales des militants anti-régime qui ont poussé l’ancien président Moubarak à la démission, le 11 février. L’armée a d’ors et déjà annoncé avoir gelé les activités de ce service de sécurité, créé en 1913. Après l’assaut de samedi 5 mars, la tension restait vive autour de cette affaire. Dimanche 6 mars, des témoins ont rapporté que des individus en civil, armés de couteaux et de pierres, avaient attaqué des centaines de manifestants rassemblés devant le siège de la sécurité d’Etat, au Caire. L’armée a tiré des coups de semonce pour tenter de disperser la foule.

Agence France Presse

Manifestation féministe pour l’égalité des sexes, au Caire, le 8 mars 2011

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