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AFP, 10 mars 2011

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo met la pression sur les multinationales du cacao


La récolte des cabosses de cacaoyer, près de Boko, le 18 octobre 2008

Le camp du président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, a mis, mercredi 9 mars 2011, la pression sur les multinationales opérant dans la filière cacao, leur donnant jusqu’au 31 mars pour exporter quelque 400000 tonnes de fèves, dans l’espoir de desserrer l’étau des sanctions occidentales. Mais dans le même temps, la France a dénoncé la « spoliation des entreprises des filières cacao et café présentes en Côte d’Ivoire », premier producteur mondial, après la décision de M. Gbagbo de contrôler l’achat et l’exportation du cacao. Les États-Unis avaient parlé, mardi 8 mars, de « vol ».


Côte d’Ivoire

La « bataille du cacao » est cruciale dans le bras de fer que se livrent, depuis le scrutin du 28 novembre 2010, M. Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu président élu par la communauté internationale. Le café, et surtout le cacao, représentent 40 % des recettes d’exportations du pays. Fin janvier 2011, M. Ouattara a lancé un appel à l’arrêt des exportations de cacao. Cet appel, qui court jusqu’au 15 mars, est jusqu’à présent largement respecté par les grands négociants et chocolatiers.

Une cabosse de cacaoyer

Les stocks de cacao « sont la propriété des exportateurs, sont dans leurs magasins, et l’Etat n’a jamais décidé de les réquisitionner », a affirmé le ministre de l’Agriculture de M. Gbagbo, Issa Malick Coulibaly, lors d’une conférence de presse, à Abidjan. « Ils ont des stocks et ont jusqu’à fin mars pour les exporter et payer à l’État (la taxe) qu’ils doivent payer. Nous attendons qu’ils fassent leur part de travail », a-t-il averti, assurant que l’Etat n’a pas « mis la main sur les stocks des exportateurs ». Il a reconnu que l’embargo de l’Union européenne sur les ports ivoiriens avait eu des « conséquences désastreuses », avec notamment un « arrêt de la collecte des ressources fiscales et para-fiscales sur la filière café-cacao ». Jusqu’à présent, près de 80 % du cacao ivoirien était exporté vers l’Europe. « Mais le monde n’est pas fait seulement de l’Europe. Le monde est vaste », a insisté le ministre. « Toutes les sociétés, d’où qu’elles soient, européennes, africaines, américaines, asiatiques, qui souhaitent avoir des relations commerciales avec la Côte d’Ivoire sur le café-cacao, sont toujours les bienvenues », a lancé M. Coulibaly.

Issa Malick Coulibaly

« Pour régler le problème que l’Union européenne a créé, on ne peut pas rester les bras croisés, sinon le cacao va pourrir », a souligné le président du comité de gestion (public) de la filière, Gilbert Anoh. Si, au 1er avril 2011, les stocks n’ont pas été exportés, « c’est à ce moment-là que des sanctions pourraient être prises », a-t-il précisé. « L’État a des droits là-dessus ». Selon M. Anoh, 52 exportateurs ont été agréés cette année, dont 16 multinationales qui avaient un stock, fin février, de 407000 tonnes. La multinationale américaine Cargill détient 50000 tonnes de cacao et la Société africaine de cacao (Saco, groupe suisse Barry Callebaut) quelque 100000 tonnes, selon lui. S’il ne s’agit pas de saisir les stocks actuels, le cacao acheté après l’ordonnance du 6 mars pourrait en revanche être vendu à de nouveaux exportateurs, avance un responsable du comité de gestion. « Si nous avons d’autres marchés pour acheter notre café et notre cacao, je ne vois pas pourquoi on hésiterait », a précisé à l’AFP Laurent Dona Fologo, président du Conseil économique et social, proche de M. Gbagbo. Le camp Gbagbo « vise des clients comme la Chine ou la Russie », juge un acheteur s’exprimant sous couvert de l’anonymat, qui souligne toutefois la difficulté de s’acquitter de ces taxes. Le système bancaire est en effet quasi-paralysé depuis la rupture, en janvier, entre Abidjan et la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui reconnaît M. Ouattara.

Agence France Presse

Le séchage des fèves de cacao, à Zamblekro, le 17 novembre 2010

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