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Le Monde, 24 mars 2011

Côte d’Ivoire : Abidjan est en train de se vider de ses habitants

par Emilie CAILLEAU


Un blessé attend d’être examiné par des médecins, dans une clinique de l’ONU, à Abidjan, le 18 mars 2011

L’escalade de la violence se poursuit en Côte d’Ivoire. Depuis l’élection présidentielle de novembre 2010, le conflit armé entre les forces du président sortant, Laurent Gbagbo, et celles d’Alassane Ouattara a déjà fait 440 morts, selon l’ONU. Principales victimes de cette crise, les civils sont la cible quotidienne des exactions commises. L’ONU s’est alarmée, mardi 22 mars 2011, de l’"utilisation croissante d’armes lourdes (...) par les Forces spéciales" de Laurent Gbagbo contre la population à Abidjan. L’ONU et Human Rights Watch n’hésitent plus à qualifier de "crimes contre l"humanité" les brutalités commises en Côte d’Ivoire.


Côte d’Ivoire

"La situation dans la capitale, Abidjan, est extrêmement préoccupante, juge Jean-Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch Paris. Dans le quartier d’Abobo [contrôlé par les partisans de Ouattara], les pro-Gbagbo passent avec des pick-up et tirent dans tous les sens", ajoute-t-il. Un rapport accablant adressé à la Cour pénale internationale, établi par Jean-Paul Benoit et Jean-Pierre Mignard, avocats au barreau de Paris et conseillers de Ouattara, dresse la liste des atteintes aux droits de l’homme commises par les milices de Laurent Gbagbo. Mais Human Rights Watch critique également les partisans d’Alassane Ouattara, eux aussi accusés d’exactions, à Abidjan et dans le nord du pays.

Un cadavre dans une rue d’Abidjan, le 18 mars 2011

Conséquence de toutes ces exactions, les habitants quittent les quartiers exposés aux violences. Près de 500000 personnes auraient fui leur habitation depuis fin 2010, selon l’ONU. Et toujours selon les Nations unies, pas moins de 94000 Ivoiriens seraient rentrés au Liberia par peur des massacres. A l’intérieur d’Abidjan, des milliers de déplacés sont hébergés dans des familles d’accueil. Des milliers d’autres sont regroupées dans une trentaine de sites. "Ce sont des lieux de transit. Les gens ne restent pas. Ils préfèrent quitter la ville", précise Yann Dutertre, chef de mission d’Action contre la faim en Côte d’Ivoire, joint par téléphone à Abidjan. Le regain de tension lié aux combats des derniers jours dans la capitale conduit à un "exode massif". "La ville est en train de se vider de ses habitants, témoigne Yann Dutertre. Les gares routières et les bus sont pris d’assaut." Cette population de déplacés est très vulnérable : déjà gravement touchés par la crise économique issue de la crise électorale, les habitants disposent de peu de moyens pour se ravitailler en nourriture et en eau. Les conditions d’hygiène sont très difficiles dans les lieux de regroupement.

Un cadavre dans une rue d’Abidjan, le 18 mars 2011

L’accès aux soins est également problématique. Dans l’ouest du pays, deux équipes de Médecins sans frontières (MSF) fournissent un soutien aux hôpitaux, désertés par une partie du personnel en raison des combats. A Abidjan aussi l’offre de soins fait défaut. "Les structures de santé ont beaucoup de mal à fonctionner, remarque Laurent Sury, responsable adjoint des urgences à Médecins sans frontières. L’embargo imposé par la communauté internationale complique l’approvisionnement des structures publiques et privées en matériel médical et en médicaments." Dans un hôpital dans le sud d’Abobo, le seul encore en fonction sur les six que compte Abidjan, les médecins français de Médecins sans frontières qui prennent en charge les blessés envisagent d’étendre leurs activités. "On veut ouvrir des consultations aux soins courants, aux femmes enceintes, aux maladies infantiles, aux maladies chroniques", affirme Laurent Sury. Les inquiétudes des ONG grandissent à mesure que s’intensifie la crise. La crise humanitaire qui touche la Côte d’Ivoire pourrait bien s’aggraver : "La situation alimentaire risque de se détériorer avec la baisse de la production agricole", craint Laurent Sury.

Emilie CAILLEAU

Trois cadavres dans une rue d’Abidjan, le 18 mars 2011

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