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samedi 27 mai 2017
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Le Point, 25 mars 2011

Corruption : Le Sunday Times piège des eurodéputés


Ernst Strasser

Trois députés européens ont accepté des pots-de-vin en échange de dépôts d’amendements. Il s’agissait d’un traquenard monté par l’hebdomadaire britannique.


Zoran Thaler

Mon premier est Ernst Strasser, ancien ministre de l’Intérieur, chef de la délégation du Parti du peuple autrichien (droite). Mon second, le socialiste Zoran Thaler, a conduit les Affaires étrangères de la Slovénie. Mon troisième, Adrian Severin, fut vice-Premier ministre roumain. Mon tout est un trio d’eurodéputés pris la main dans le portefeuille, ayant vendu leur influence à des lobbyistes. Les trois élus ont demandé entre 12000 et 25000 euros pour déposer des amendements de loi répondant aux intérêts des lobbies avec lesquels ils s’étaient mis en cheville. Et ils ne visaient pas n’importe quel texte : il s’agissait de diminuer la portée d’une loi européenne sur les garanties des dépôts des banques, avec, pour conséquence, une réduction de la protection de leurs clients. Mal leur en a pris : c’était un coup monté par des journalistes du Sunday Times. Le journal eurosceptique n’a pas lésiné sur les moyens, mettant deux journalistes sur le coup pendant plusieurs mois et créant pour l’occasion une fausse société de lobbying avec un site web convaincant. Une soixantaine d’élus ont été approchés. Une quinzaine auraient plus ou moins mordu à l’hameçon. L’affaire a éclaté dimanche 20 mars 2011. Trois élus ont été épinglés, avec diffusion de vidéos compromettantes à l’appui.

Adrian Severin

Depuis, c’est le branle-bas de combat au Parlement, où l’on craint que le scandale n’éclabousse toute l’institution. "On le vit mal, confie Catherine Trautmann, présidente de la délégation des socialistes français. Ça jette le discrédit sur les parlementaires, et ça fait le jeu des populistes et des europhobes." Deux des trois élus sont rentrés chez eux, abandonnant leur mandat dans un parfum de pot-de-vin. Mais le Roumain Adrian Severin s’accroche. Son groupe socialiste l’a exclu à l’unanimité ? Qu’à cela ne tienne : le député siège désormais au banc des non-inscrits ! Car le Parlement n’a pas les moyens juridiques de le déchoir de son mandat. Seule possibilité : le convaincre de partir, ce que devrait tenter de faire Jerzy Buzek, président du Parlement. Par ailleurs, "il y a eu hier (mercredi 23 mars 2011, NDLR) une réunion très dense du groupe du Parlement, qui réunit le président et les vice-présidents, pour remédier à ces carences. Il va falloir s’attaquer aux corrompus en interdisant, par exemple, aux élus d’avoir aussi des activités incompatibles avec leur mandat, comme un job de consultant, ainsi qu’aux corrupteurs", reprend Catherine Trautmann. Au Parlement, on attend avec une pointe d’angoisse le prochain numéro du Sunday Times, en espérant que d’autres élus n’ont pas succombé à la tentation. "On est tous un peu tendus", reconnaît Catherine Trautmann.

Alain FRANCO

Catherine Trautmann

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source