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Reuters, 31 mars 2011

Côte d’Ivoire : Les forces d’Alassane Ouattara ont pris Yamoussoukro

par Loucoumane COULIBALY, Ange ABOA, Andrew CALLUS, Jean-Loup FIEVET, Bertrand BOUCEY et Philippe BAS-RABERIN


Des Commandos invisibles partisans d’Alassane Ouattara, à Abidjan, le 26 mars 2011

Les forces d’Alassane Ouattara ont pris, mercredi 30 mars 2011, le contrôle de la capitale administrative de la Côte d’Ivoire, Yamoussoukro, et se rapprochent d’Abidjan et du port de San Pedro dans le cadre d’une poussée spectaculaire visant à écarter du pouvoir le président sortant, Laurent Gbagbo.


Côte d’Ivoire

Résistant aux pressions de l’Union africaine et des pays occidentaux, Laurent Gbagbo refuse de se retirer depuis le scrutin de novembre 2010, dont les résultats, validés par l’ONU, font apparaître qu’il a été battu de huit points par Alassane Ouattara. Au moins 472 personnes ont été tuées, selon les Nations Unies, depuis le début de l’épreuve de force entre les deux camps. Une crise humanitaire s’aggrave de jour en jour, un million de personnes ayant dû quitter la seule ville d’Abidjan. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, dont les exportations sont paralysées. Les partisans d’Alassane Ouattara contrôlent des régions qui en produisent environ 600000 tonnes par an, soit la moitié de la production nationale. A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, mercredi 30 mars 2011, à l’unanimité, une résolution rédigé par la France qui impose de nouvelles sanctions à Laurent Gbagbo et à son entourage.

Des étrangers s’apprêtent à fuir le pays, à Abidjan, le 29 mars 2011

Avec l’intensification des combats, quelque 30000 Ivoiriens et ressortissants de pays ouest-africains ont dû chercher refuge dans une mission catholique de Duékoué, où les conditions de vie sont extrêmement précaires, a indiqué l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Des dizaines de milliers de civils fuyant les affrontements ont cherché refuge aux abords des églises ainsi que dans des bâtiments publics. Au moins 112000 se sont enfuis au Liberia. Selon un journaliste de Reuters qui se trouvait à l’est d’Abidjan, des centaines de voitures encombraient les routes en provenance de la ville. Mardi 29 mars 2011, le gouvernement de Laurent Gbagbo a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l’ouverture d’un dialogue, tout en assurant que les forces du Nord ne pourraient pas prendre Abidjan. Signe que la détérioration de la situation pourrait se généraliser, l’armée a exhorté, mardi 29 mars, la jeunesse ivoirienne qui le souhaiterait à rejoindre ses rangs. "Les Jeunes Patriotes (fer de lance des partisans du chef de l’Etat sortant-NDLR) sont à l’état-major de l’armée pour prendre leurs armes et se battre. Ils recevront une formation de quelques jours", a déclaré un officier au QG de l’armée. A Abidjan, de jeunes partisans de Laurent Gbagbo ont, d’après des témoins, tué sept civils en ouvrant le feu à l’aveuglette à Adjamé, quartier favorable à Alassane Ouattara. La France, de son côté, a dénoncé un tir en rafale des forces spéciales de Laurent Gbagbo sur une voiture d’escorte de son ambassadeur à Abidjan et a prévenu qu’elle en tiendrait le président sortant comptable.

Des Maliens attendent un moyen de transport pour fuir le pays, à Abidjan, le 30 mars 2011

Le chef du gouvernement formé par Alassane Ouattara, Guillaume Soro, a déclaré que Laurent Gbagbo n’avait plus que quelques heures pour se retirer pacifiquement, après l’échec des négociations menées depuis des mois dans le sillage de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010. "L’heure n’est plus au dialogue ni au cessez-le-feu (...) Il (Gbagbo) a encore quelques heures pour quitter le pouvoir pacifiquement", a dit Soro sur les ondes de RFI. Selon des habitants et des sources militaires à Yamoussoukro, les pro-Ouattara ont pris le contrôle de la capitale en fin d’après-midi. La ville fut le lieu de naissance de Félix Houphouët-Boigny, le "père de la nation". "Ce sont les Forces républicaines (pro-Ouattara) qui contrôlent Yamoussoukro", a-t-on rapporté de source militaire dans le camp Gbagbo. "(Elles) parcourent la ville." Cette information a été confirmée par des habitants et d’autres sources militaires. Des accrochages ont été signalés dans la ville, mais on ignore ce qu’il est advenu de la Garde républicaine, unité pro-Gbagbo que l’on s’attendait à voir résister à tout assaut des pro-Ouattara. Un autre groupe de partisans d’Alassane Ouattara, composé principalement d’ex-rebelles nordistes, s’est emparé de Soubré, dernière grande localité sur la route menant à San Pedro.

Loucoumane COULIBALY, Ange ABOA, Andrew CALLUS, Jean-Loup FIEVET, Bertrand BOUCEY et Philippe BAS-RABERIN

Des Maliens attendent un moyen de transport pour fuir le pays, à Abidjan, le 30 mars 2011

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  • Loucoumane COULIBALY, Ange ABOA, Andrew CALLUS, Jean-Loup FIEVET, Bertrand BOUCEY et Philippe BAS-RABERIN

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