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Le Monde, 7 avril 2011

Corruption : L’électricien Vattenfall est empêtré dans ses parachutes dorés

par Olivier TRUC


Vue de la centrale à lignite de Vattenfall à Boxberg, en Allemagne, le 14 janvier 2011

Le fournisseur public suédois d’électricité Vattenfall, qui essaye, depuis l’automne 2010, de s’installer sur le marché français par le biais de sa filiale Vattenfall Energies, est à nouveau dans la tourmente, à cause de bonus et de parachutes dorés qui font scandale en Suède, alors que ses prix de l’électricité ont augmenté.


Suède

Il s’agit, cette fois-ci, d’une affaire qui se passe au sein de sa filiale allemande. Cinq responsables allemands ont des contrats qui leur donnent droit à des parachutes dorés d’un total de plus de 120 millions de couronnes (13 millions d’euros) s’ils ne trouvent pas d’autre emploi. Sept autres responsables allemands ont des contrats tels qu’ils peuvent conserver leur salaire entre trois et cinq ans s’ils doivent arrêter. Depuis 2009, les règles suédoises indiquent pourtant que le salaire ne peut être conservé au-delà de dix-huit mois. Mais Vattenfall s’est défendu en disant qu’elle devait se plier aux usages allemands.

Vue de la centrale à lignite de Vattenfall à Boxberg, en Allemagne, le 14 janvier 2011

Ce n’est pas la première fois que Vattenfall va l’encontre des règles suédoises. A la mi-novembre 2009, la ministre centriste de l’Economie, Maud Olofsson, avait décidé de renvoyer le PDG. En fait, comme les Suédois viennent de le réaliser, celui-ci n’avait finalement pas été licencié. Il avait changé de position, mais avait conservé son salaire. Lars Josefsson a déclaré qu’il allait rembourser la moitié des indemnités de départ qu’il avait touchées. L’ex-PDG de Vattenfall peut toutefois compter sur une généreuse retraite de 6,8 millions d’euros. Peter Norman, le ministre suédois des Marchés financiers, a expliqué, à la mi-mars 2011, que Lars Westerberg, le président du conseil d’administration de Vattenfall, n’avait plus la confiance du gouvernement. Celui-ci n’a pas eu d’autres choix que de quitter son poste, suivi par le directeur des ressources humaines. Le principal reproche concerne le parachute doré confidentiel de 1,3 million d’euros indument attribué à l’ancien PDG, Lars Josefsson, avec le consentement de Lars Westerberg. Le PDG a en effet touché ces indemnités, à sa demande, alors qu’il n’avait pas été renvoyé. L’unité anticorruption a entamé une enquête préliminaire à propos de cette affaire pour "abus de confiance aggravé". Jeudi 7 avril, Maud Olofsson, ministre de tutelle de Vattenfall, a fait l’objet d’une plainte auprès du Conseil constitutionnel, et d’autres devraient suivre, selon la presse suédoise, car on lui reproche d’avoir été au courant. La compagnie publique paye en ce moment les années où son PDG faisait la pluie et le beau temps, avec la bénédiction générale. Mardi 5 avril, le ministre conservateur des Finances, Anders Borg, qui s’est illustré, ces dernières années, en vilipendant les comportements des banques, a évoqué un problème de culture propre à Vattenfall.

Maud Olofsson

Plus gros producteur nordique d’électricité, et l’un des cinq plus gros d’Europe, le groupe Vattenfall (plus de 23 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2010 et environ 38000 employés) a connu une croissance exponentielle depuis dix ans, essentiellement en Allemagne, et s’est bâti une image d’acteur responsable et sensible à l’environnement par le lobbying intense de Lars Josefsson, nommé PDG en 2000. Le magazine Time en avait fait l’un de ses héros européens en 2005, comme l’un des patrons les plus militants pour limiter les rejets de CO2. L’image de Vattenfall s’était très sérieusement craquelée lorsqu’il fut découvert que les investissements massifs de Vattenfall dans le nucléaire allemand avaient une clause visiblement inconnue : à savoir qu’en cas d’accident nucléaire, ce n’était pas seulement la filiale allemande qui serait tenue responsable, mais tout le groupe suédois, et donc l’Etat. La boite de Pandore était ouverte. On reprocha en vrac à Lars Josefsson sa stratégie agressive de croissance, avec un chiffre d’affaire qui avait augmenté de près de 500 % au cours de la décennie passée, essentiellement à travers des rachats dans le charbon, le gaz et le nucléaire en Allemagne et en Pologne. L’une des conséquences les plus décriées est la forte augmentation des rejets de gaz carbonique imputables à Vattenfall, en dépit de ses engagements dans l’énergie renouvelable comme le montre, par exemple, l’ouverture de la plus grande ferme éolienne offshore au monde, en septembre 2010, au Sud-Est du Royaume-Uni.

Olivier TRUC

Lars Westerberg en compagnie de Lars Josefsson

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