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AFP, 8 avril 2011

Egypte : 100000 manifestants réclament le jugement de Hosni Moubarak


Des manifestants, au Caire, le 8 avril 2011

Deux mois après la chute du président, Hosni Moubarak, des dizaines de milliers d’Egyptiens ont manifesté, vendredi 8 avril 2011, au Caire, pour demander son jugement, critiquant également la haute hiérarchie militaire qui dirige le pays.


Egypte

L’armée reste très populaire, en Egypte, en raison de la retenue dont elle a fait preuve face à la foule, au cours des événements qui ont provoqué la chute de M. Moubarak. Mais son image a été ternie, ces dernières semaines, par des accusations de violence et de torture, et par les incertitudes qui persistent sur les modalités de retour à un pouvoir civil. L’armée a dissous le parlement, gouverne par décrets et a ramené le gouvernement à la gestion des affaires courantes. Elle s’est toutefois engagée à rendre le pouvoir aux civils vers la fin 2011, après des élections législatives et présidentielle.

Des manifestants, au Caire, le 8 avril 2011

Les manifestants se sont réunis sur l’emblématique place Tahrir, haut lieu de la contestation qui poussa M. Moubarak à la démission, le 11 février 2011, pour un rassemblement intitulé « Journée de procès et de purification ». Selon l’agence officielle Mena, la foule comptait quelque 100000 personnes dans l’après-midi, un chiffre plus important que pour d’autres manifestations du même genre ces dernières semaines. Le puissant mouvement des Frères musulmans avait appelé à se joindre à cette manifestation, en plus des organisateurs habituels issus d’organisations de jeunes militants pro-démocratie. Bravant des consignes de leurs supérieurs de ne pas manifester en uniforme, sept lieutenants ont pris la parole sur une tribune pour réclamer « le jugement des corrompus » et assurer la foule que « nos demandes sont vos demandes ». Ils ont été applaudis par des milliers de personnes qui ont scandé « Tantaoui, tu fais partie de la bande » et « dictateur, dictateur, le tour de Tantaoui est venu », en référence au maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) à qui M. Moubarak a remis le pouvoir en partant. Le maréchal Tantaoui, âgé de 75 ans, vétéran des guerres israélo-arabes, fut pendant 20 ans ministre de la Défense de M. Moubarak et conserve ce portefeuille dans le gouvernement de transition actuel, en plus de la direction du Conseil suprême des forces armées. Ces critiques surviennent alors que plusieurs vidéos sont apparues sur le site internet Youtube, dans lesquelles des personnes se présentant comme d’anciens officiers accusent la haute hiérarchie militaire de trahir les idéaux de la révolte populaire. D’autres manifestants ont souligné la nécessité de ne pas laisser s’enliser le mouvement populaire qui a permis de chasser M. Moubarak après trente ans de pouvoir sans partage. « Les gens sont venus pour garder l’élan. Le processus de transition est jusqu’à présent resté imprévisible, et ce type de manifestation a plusieurs fois permis d’obtenir des avancées », a affirmé Hossam Baghat, responsable d’une organisation de défense des droits civiques.

Mohamed Hussein Tantawi

M. Moubarak a été assigné à résidence dans la station balnéaire égyptienne de Charm El-Cheikh, sur la mer Rouge. L’ancien président, son épouse et leurs deux fils ont vu leurs avoirs gelés et leur fortune fait l’objet d’une enquête mais ils n’ont pas été déférés devant la justice. De nombreux responsables politiques et hommes d’affaires proches du clan Moubarak sont, depuis la chute de l’ancien président, sous le coup de diverses mesures, allant de la comparution en justice à l’interdiction de quitter le territoire. Les manifestants réclament toutefois des mesures plus fermes contre nombre d’entre eux qui n’ont pas été inquiétés ou font l’objet de simples enquêtes. Le procès le plus retentissant est celui de l’ancien ministre de l’Intérieur, Habib El-Adli, honni pour avoir été un artisan clé de la répression policière sous Hosni Moubarak, notamment durant les événements qui ont conduit à sa chute.

Agence France Presse

Des manifestants, au Caire, le 8 avril 2011

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