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Le Monde, 8 avril 2011

Côte d’Ivoire : Une centaine de corps découverts dans l’ouest du pays


Des partisans d’Alassane Ouattara à Bloléquin, le 28 mars 2011

Alors que des interrogations demeurent sur l’ampleur du massacre de Duékoué perpétré lors de l’offensive des forces pro-Ouattara, des enquêteurs de l’ONU ont découvert plus de cent corps ces dernières vingt-quatre heures, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, a annoncé, vendredi 8 avril 2011, le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, pour qui il pourrait s’agir de victimes de violences ethniques. Les agences humanitaires de l’ONU ont demandél’ouverture de couloirs humanitaires dans le pays pour venir en aide aux victimes qui fuient les violences.


Côte d’Ivoire

Les enquêteurs de l’ONU "découvrent de nouveaux corps tous les jours", a déclaré, vendredi 8 avril 2011, à Genève, la haute commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, mentionnant en particulier le corps d’une femme portant un bébé attaché sur son dos. Selon Navi Pillay, "les informations envoyées par l’équipe des enquêteurs de l’ONU sur les droits de l’homme en Côte d’Ivoire sont absolument horrifiantes". Les corps ont été trouvés en trois endroits. Les enquêteurs en ont trouvé une quinzaine dans la ville de Duékoué, où deux cent vingt-neuf corps avaient déjà été découverts précédemment. "Certaines des victimes semblent avoir été brûlées vives et certaines personnes semblent avoir été jetées dans un puits", a déclaré un porte-parole du Haut Commissariat, Rupert Colville. Les corps de quarante autres personnes ont été découverts à l’ouest de Duékoué, à Bloléquin, a rapporté le porte-parole, indiquant que les victimes "semblent avoir été tuées par des mercenaires libériens". Enfin, les enquêteurs ont trouvé plus de soixante corps à Guiglo ; certaines des victimes ne seraient pas des Ivoiriens, mais des ressortissants d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. "Il y a eu une escalade [des violences], ces deux dernières semaines", a relevé M. Colville, avertissant qu’il fallait être "prudent au moment d’assigner des responsabilités".

Rupert Colville

Ces macabres découvertes interviennent alors que le pays est dans l’attente d’un dénouement à Abidjan, la principale ville du pays. Les soldats de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) encerclent toujours les derniers défenseurs de Laurent Gbagbo, après une semaine de combats visant à évincer du pouvoir le président sortant. Les forces d’Alassane Ouattara, que la communauté internationale reconnaît comme le président élu, sont engagées dans une offensive pour tenter de déloger M. Gbagbo, qui refuse de céder le pouvoir malgré sa défaite entérinée par l’ONU lors du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010. "Les troupes de l’ONUCI ont encadré dans un quadrilatère limité les derniers défenseurs de l’ancien président, Laurent Gbagbo, et contrôlent les deux ponts principaux qui assurent la liaison entre le nord et le sud d’Abidjan", a déclaré, à Paris, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, devant le Sénat. Un porte-parole de l’ONU à Abidjan a déclaré que l’ONUCI avait dépêché des soldats dans le quartier de Cocody, où M. Gbagbo serait retranché dans un bunker fortement défendu, mais qu’elle n’avait pas l’intention d’intervenir. Alassane Ouattara a annoncé, jeudi 7 avril 2011, qu’"un blocus a été établi autour (du) périmètre" de la résidence présidentielle où Laurent Gbagbo "s’est retranché avec des armes lourdes et des mercenaires".

Des partisans d’Alassane Ouattara à Bloléquin, le 28 mars 2011

Par ailleurs, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’est associée au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pour dénoncer "les attaques inacceptables contre des casques bleus de l’ONU" en Côte d’Ivoire, a indiqué, jeudi 7 avril 2011, Mark Toner, porte-parole du département d’Etat américain. Lors d’un entretien à Washington, Hillary Clinton et Ban Ki-moon ont également "passé en revue les efforts internationaux pour soutenir le peuple ivoirien et obliger Laurent Gbagbo à se retirer immédiatement", a ajouté le porte-parole dans un communiqué. "Ils ont également mis l’accent sur l’obligation pour la communauté internationale de répondre généreusement à l’augmentation de plus en plus importante des besoins humanitaires" dans ce pays, continue le communiqué. Les responsables américains se sont rencontrés, à Washington, alors que l’ancien président, Laurent Gbagbo, était toujours en contact avec des responsables internationaux en vue d’une éventuelle reddition.

Avec AFP et Reuters

Un cadavre sous une toile, à Abidjan, le 7 avril 2011

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