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Reuters, 9 avril 2011

Egypte : L’armée se met le peuple à dos

par Patrick WERR, Marwa AWAD, Edmund BLAIR, Dina ZAYED, Bertrand BOUCEY et Henri-Pierre ANDRE


Un bus militaire incendié, au Caire, le 9 avril 2011

Des manifestants qui ont résisté à l’intervention de l’armée égyptienne, dans la nuit de vendredi 8 avril 2011 à samedi 9 avril, sur la place Tahrir, au Caire, ont réclamé, samedi 9 avril, que les militaires rendent le pouvoir à la société civile et exigé le procès de Hosni Moubarak.


Egypte

L’armée a pris directement les commandes du pays, au départ de Hosni Moubarak, le 11 février 2011. Le Conseil suprême des forces armées a programmé des élections législatives en septembre. Un scrutin présidentiel suivra, en octobre ou novembre, et l’armée a annoncé qu’elle remettrait alors le pouvoir à un gouvernement civil. L’ancien président, âgé de 82 ans, et sa famille vivent, eux, dans la station balnéaire de Charm El Cheikh, depuis leur départ du Caire. Il leur est interdit de quitter l’Egypte. Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées, vendredi 8 avril, sur la place devenue le symbole de la révolution égyptienne, pour réclamer des poursuites judiciaires contre l’ancien président et reprocher aux autorités militaires, qui ont pris les rênes du pays, leur lenteur dans la lutte contre la corruption. La participation à la manifestation de vendredi 8 avril, organisée par les collectifs formés de jeunes cyberactivistes à la pointe de la révolution égyptienne, dans le cadre d’un "Vendredi de la purification et des responsabilités", en fait l’une des plus importantes depuis la chute de Hosni Moubarak. Dans la soirée, des incidents ont éclaté alors que les forces de sécurité intervenaient, tirant en l’air et faisant usage de pistolets paralysants et de matraques, pour disperser les derniers manifestants et faire respecter le couvre-feu, en vigueur entre 02h00 et 05h00. Mais plusieurs centaines de militants sont restés sur les lieux, défiant les forces de l’ordre. Plusieurs véhicules de l’armée ont été incendiés et des pierres ont été lancées par les manifestants. De sources médicales, on indique que deux hommes ont succombé à des blessures par balles, après l’intervention de l’armée. Celle-ci a démenti avoir tiré à balles réelles sur les manifestants qui refusaient de partir et affirme que son intervention n’a entraîné aucune mort d’homme. L’armée a déjà dispersé par la force une précédente manifestation sur la place Tahrir, après le renversement de Hosni Moubarak. Elle avait présenté des excuses le lendemain, affirmant qu’aucun ordre n’avait été donné pour cette intervention.

Un impact de projectile sur une barrière, au Caire, le 9 avril 2011

Quoiqu’il en soit, ces incidents illustrent le ressentiment croissant d’un noyau dur de la révolution à l’égard des forces armées, soupçonnées de collusion avec les derniers réseaux du régime de Hosni Moubarak. "Le conseil militaire fait partie intégrante du régime corrompu. Il est constitué de chefs militaires qui ont tiré profit de Moubarak et de ses trente années de vol au détriment du peuple égyptien", dénonçait, samedi 9 avril 2011 au matin, Abdallah Ahmed, âgé de 45 ans, croisé place Tahrir. En début de matinée, samedi 9 avril, aucun signe de présence de l’armée n’était plus visible autour de la place. "Grâce à Dieu, nous leur avons tenu tête et nous sommes toujours là", a dit un manifestant. De plusieurs centaines, le nombre de manifestants a augmenté dans la matinée. A la mi-journée, ils étaient plus de 2000 sur la place-symbole de la contestation qui a abouti au départ du raïs après dix-huit jours de mobilisation. "Nous resterons ici tant que Moubarak n’aura pas été jugé", a promis Mahmoud Salama, qui travaille dans une agence de voyage. D’autres réclamaient la démission du maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, inoxydable ministre de la Défense sous Hosni Moubarak qui dirige aujourd’hui le Conseil suprême des forces armées. "Soit le maréchal Tantaoui traduit ces gens -Moubarak, son fils Gamal et les autres- en justice, soit il quitte son poste et laisse quelqu’un d’autre le faire. Car la lenteur du processus rend les gens soupçonneux à l’égard du commandement militaire", résume Achraf Abdel-Aziz, un commerçant âgé de 36 ans.

Un manifestant exhibe une cartouche et une grenade lacrymogène, au Caire, le 9 avril 2011

"L’armée est dans une position difficile. Ce qui s’est produit vendredi résulte d’erreurs d’appréciation de l’armée sur la manière de conduire la révolution, mais pas d’une complicité avec l’ancien régime", analyse l’universitaire Hasan Nafaa, spécialiste des sciences politiques très impliqué dans le "printemps égyptien". "L’armée, ajoute-t-il, tente de parvenir à un équilibre entre mise en oeuvre de réformes, purge de l’ancien système et maintien de la stabilité économique et politique. L’armée sait bien que de nombreuses personnalités issues de l’ère Moubarak contrôlent l’économie et sont profondément ancrées dans la société. Elle agit par conséquent par étapes mesurées."

Patrick WERR, Marwa AWAD, Edmund BLAIR, Dina ZAYED, Bertrand BOUCEY et Henri-Pierre ANDRE

Un manifestant exhibe une cartouche et une feuille maculée de sang, au Caire, le 9 avril 2011

AUTEURS 

  • Patrick WERR, Marwa AWAD, Edmund BLAIR, Dina ZAYED, Bertrand BOUCEY et Henri-Pierre ANDRE

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    Responses to égypte Manifestations au caire
    Dr. Cherif Ghalizani says :
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    9 avril 2011 at 19 h 05 min
    Déception pour les manifestants égyptiens.
    Il semble qu’il sera difficile de mettre au point une constitution qui va plaire a tout le monde. Cette constitution doit inclure après un chapitre réservé a Allah, un chapitre réservé au rôle de l’armée et un chapitre sur qui va gérer les banques et les budgets. Je ne pense pas que l’idée de créer un état laïque dans un pays arabo-musulman va trouver racine…en tous les cas pas pour le moment. L’armée va jouer un grand rôle dans cette nouvelle république égyptienne

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