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Le Point, 12 avril 2011

Egypte : Complot contre la révolution

par Denise AMMOUN


Des manifestants, au Caire, le 11 avril 2011

"Il est indispensable de garder l’unité de l’armée et du peuple." Au lendemain du "vendredi noir", ce souhait est exprimé par tous les journaux. Les partis politiques, de leur côté, sont persuadés qu’un complot est tramé contre la révolution par les partisans de l’ancien régime. Leur but est de semer la discorde entre le peuple et l’armée. Issam El-Eriane, membre du conseil de guidance des Frères musulmans, partage cette optique et déclare : "L’armée est la protectrice de la révolution. Nous devons lui manifester notre solidarité."


Egypte

Selon une personnalité qui a requis l’anonymat, "jeudi 7 avril 2011 au soir, Ibrahim Kamel, un homme d’affaires opulent, a réuni quelques amis à l’Institut des leaders, à Zamalek. Il a développé son plan. Il s’agissait d’envoyer des hommes de main pour créer des troubles, et dresser les manifestants contre l’armée". Le 8 avril, c’était le vendredi consacré au "jugement" et à "la purification". Les responsables de la coalition du 25 janvier attendaient un million de personnes. C’était bien le cas. L’objectif principal consistait à réclamer le jugement de Hosni Moubarak et de ses deux fils. À demander aussi le limogeage du maréchal Tantaoui, chef du Conseil militaire, considéré très proche de Moubarak. Sa nomination aurait incité l’ancien raïs à ne pas quitter le pays. Une telle fin de règne était inadmissible pour les partisans de l’ancien chef de l’État. Après la prière, les orateurs se succèdent à la tribune montée pour la circonstance sur la place Tahrir et l’un d’entre eux déclare : "Il faut juger et condamner à mort Hosni Moubarak et son fils Gamal." Des dizaines de milliers de manifestants reprennent en choeur cette revendication. Des témoins oculaires ont dit, devant plusieurs chaînes de télévision, avoir vu un groupe de civils et de soldats mené par Waël Aboul Leil, secrétaire d’Ibrahim Kamel, insulter des militaires pour provoquer un affrontement. Plus tard, lors du couvre-feu, un témoin affirme avoir vu ces mêmes personnes jeter des pierres sur les militaires et les policiers chargés de faire évacuer la place. L’inévitable se produit. On comptera 1 mort et 71 blessés.

Ibrahim Kamel

Le lendemain, un communiqué militaire met en garde des personnes portant un uniforme et qui ne seraient pas des soldats. La sanction irait de 3 à 5 ans de prison. Les événements se succèdent ensuite. Le même jour, lors d’une conférence de presse, le général Ismail Etman, membre du Conseil suprême des forces armées, affirme : "Le Conseil estime que les événements du vendredi 8 avril 2011 relèvent d’un plan monté par les partisans de la contre-révolution." Il a précisé que 42 personnes ayant incité à la violence pendant la manifestation avaient été arrêtées. Le communiqué n° 34 du Conseil annonce qu’un mandat d’arrêt a été émis contre l’homme d’affaires Ibrahim Kamel et trois de ses collaborateurs, dont Waël Aboul Leil.

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Ismail Etman

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