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AFP, 15 avril 2011

Côte d’Ivoire : La vie commence à reprendre ses droits à Abidjan


Les victimes d’un massacre, dans un bâtiment de Bloléquin, le 30 mars 2011

Abidjan a entrepris, jeudi 14 avril 2011§, un délicat retour à la normale, au lendemain de l’engagement du nouveau président, Alassane Ouattara, de pacifier la Côte d’Ivoire déchirée par quatre mois de conflit interne. Malgré tout, la mise en place du nouveau pouvoir prend plus de temps que prévu. L’installation d’Alassane Ouattara au palais présidentiel, qu’il avait annoncée pour les prochains jours, a été repoussée de « plusieurs semaines », le temps de remettre en état les locaux, a annoncé à l’AFP une source à la présidence. D’ici là, le chef de l’Etat restera à son QG du Golf Hotel d’Abidjan.


Côte d’Ivoire

Parfois aidées de soldats français, les forces d’Alassane Ouattara aux uniformes dépareillés ont établi des postes de contrôle et patrouillé dans la principale ville du pays pour rétablir l’ordre après les combats et pillages des derniers jours. Quelque 500 soldats et gendarmes français ont aussi sillonné certains quartiers, tandis qu’à Paris l’état-major affirmait que la priorité était d’appuyer la mission de l’ONU, l’ONUCI, pour favoriser « le retour à la vie normale » à Abidjan.

Un cadavre carbonisé, à Abidjan, le 13 avril 2011

Dans la capitale économique, la vie reprenait lentement ses droits, après la fin des combats, dans la foulée de l’arrestation, lundi 11 avril 2011, de l’ex-président, Laurent Gbagbo, qui refusait de reconnaitre sa défaite à l’élection de novembre 2010. Des femmes empruntaient des taxis collectifs pour aller au marché et revenir chargées de provisions, après des jours d’enfermement. Autre signe de normalisation, le camp militaire français d’Abidjan où avaient été évacuées quelque 5000 personnes pendant la bataille doit cesser, vendredi 15 avril, d’accueillir des civils, ont dit les militaires français. Mais les habitants d’Abidjan restent partagés : si la plupart des quartiers ne portent pas de traces des combats, qui ont été très localisés, les signes de pillages sont partout visibles et la grande majorité des commerces gardaient leurs rideaux de fer baissés. Sur certains axes, des vestiges de barricade -arbres abattus, palettes de bois, câbles tendus au travers des rues-, ralentissaient la circulation. Les stocks alimentaires du Programme alimentaire mondial à Abidjan, 3000 tonnes de nourriture, ont été entièrement pillés.

Des membres de la Croix-Rouge évacuent un cadavre, à Abidjan, le 13 avril 2011

« La sécurité s’améliore plus rapidement que nous ne nous y attendions. Les gens sortent de plus en plus nombreux de chez eux, les taxis circulent... Nous encourageons la population à sortir de chez elle », a expliqué l’envoyé spécial de l’ONU, Choi Young-jin. Il venait de traverser la ville dans une « caravane pour la paix » d’une vingtaine de véhicules blancs de l’ONU. « La probabilité d’une guerre civile est très, très faible. Ce n’est pas dans la culture ivoirienne de se massacrer », a dit M. Choi, bien que des organisations des droits de l’Homme s’inquiètent de représailles contre les partisans du président déchu. Ainsi, jeudi 14 avril 2011, un militaire pro-Gbagbo arrêté par les soldats de M. Ouattara et qui s’accusait lui-même d’avoir brûlé cinq partisans du président, a été maltraité sur le parking du Golf Hotel. Un soldat ivoirien lui a asséné un coup de crosse de fusil sur le crâne et un autre a éteint sa cigarette sur son front, a constaté un journaliste de l’AFP. « Les destructions en ville sont minimales. Les infrastructures (eau, électricité) n’ont pas été touchées », a par ailleurs souligné M. Choi. Les Nations Unies ont lancé, jeudi 14 avril, un appel de plus de 300 millions de dollars pour aider la Côte d’Ivoire et le Liberia où plus de 130000 Ivoiriens ont trouvé refuge. Une douzaine d’ONG internationales ont jugé que les deux pays avaient sombré dans un « terrible désastre humanitaire ».

Des cadavres en décomposition, à Abidjan, le 14 avril 2011

Dans sa première conférence de presse depuis la chute de son rival, Alassane Ouattara a promis, mercredi 13 avril 2011, une « pacification totale » d’ici « un à deux mois ». Le Conseil de sécurité de l’ONU l’a encouragé à former un gouvernement « avec une large assise » et exhorté les Ivoiriens à s’abstenir de toutes représailles et promouvoir la réconciliation nationale. M. Ouattara a aussi annoncé qu’il allait demander à la Cour pénale internationale d’enquêter sur les massacres survenus dans l’Ouest, attribués aux deux camps. Son rival a été transféré dans le Nord. M. Choi a dit, jeudi 14 avril, avoir rencontré Laurent Gbagbo et lui avoir promis que sa sécurité serait assurée et que sa dignité serait respectée. A Paris, une fille de l’ancien président a saisi des avocats français pour étudier la « légalité » de l’arrestation de ses parents.

Agence France Presse

Un cadavre en décomposition, à Abidjan, le 14 avril 2011

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