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dimanche 30 avril 2017
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Reuters, 21 avril 2011

Côte d’Ivoire : Escalade de violence à Abidjan


Des partisans d’Alassane Ouattara à Abidjan, le 20 avril 2011

L’armée ivoirienne a attaqué, mercredi 20 avril 2011, à Abidjan, une milice jusqu’ici alliée d’Alassane Ouattara, le "commando invisible", et des combattants favorables à l’ex-président Laurent Gbagbo. Ces combats, qui se déroulent dans plusieurs quartiers de la capitale économique de Côte d’Ivoire, sont les plus violents depuis la capture de Laurent Gbagbo, le 11 avril, par les forces loyales au président élu, Alassane Ouattara.


Côte d’Ivoire

Alassane Ouattara a remporté, fin novembre 2010, le second tour de l’élection présidentielle, mais Laurent Gbagbo revendiquait aussi la victoire, d’où une lutte pour le pouvoir qui a paralysé l’économie du pays, suscité des sanctions internationales et propagé la violence à travers le pays. Alassane Ouattara a pris les rênes du pouvoir, la semaine dernière, à Abidjan, après des journées de combat, ce qui a mis fin à un bras de fer postélectoral de quatre mois. Dans les dernières semaines de la crise, le camp Gbagbo avait procuré des armes aux jeunes partisans du président sortant. Il était aussi accusé depuis longtemps de faire appel à des mercenaires pour résister aux pressions adverses. De nombreux combattants pro-Gbagbo se sont retranchés dans le quartier de Yopougon, après l’assaut des troupes d’Alassane Ouattara soutenues par la France et l’ONU qui a abouti à la capture de Laurent Gbagbo, aujourd’hui en résidence surveillée.

Des victimes des combats sont soignées dans une clinique d’Abidjan, le 20 avril 2011

Le "commando invisible" et les ex-Forces nouvelles ont un long passé de désaccords qui se sont parfois réglés par la violence. Cette milice, forte de 5000 combattants, a combattu aux côtés des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, constituées principalement d’anciens rebelles nordistes des Forces nouvelles, actives pendant la guerre civile de 2002, pour renverser Laurent Gbagbo. Ibrahim Coulibaly, le chef du "commando invisible", a assuré, mardi 19 avril 2011, le camp du président Ouattara de la loyauté de ses troupes et démenti que ses forces se soient brouillées avec d’autres combattants. "Les Forces républicaines sont passées à l’offensive", a déclaré, mercredi 20 avril, à Reuters, un responsable du gouvernement. "Il y a beaucoup de mercenaires là-bas. Ils volent la population. Il faut rétablir l’ordre." Le gouvernement n’a fait aucun commentaire officiel, mais un diplomate a confirmé l’opération et un membre des forces de sécurité a dit qu’un "nettoyage" était en cours. "Depuis quelques minutes, nos positions à Abobo et Ayaman sont attaquées par des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire qui nous accusent d’aider les miliciens pro-Gbagbo à Yopougon", a déclaré Ibrahim Coulibaly. Une source proche des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, qui combattent également les milices pro-Gbagbo à Yopougon, a confirmé l’attaque contre les forces de Coulibaly, expliquant que ces dernières n’avaient pas respecté une date-butoir pour intégrer l’armée nationale. Des habitants d’Abobo joints par Reuters au téléphone ont fait état de tirs d’armes lourdes dans la commune du nord d’Abidjan. "Les combats continuent, on peut entendre des véhicules se déplacer dans les rues, mais on ne peut pas sortir pour voir ce qui se passe", a déclaré un habitant, Amara Touré. "On entend des Kalachnikov et des armes lourdes." Les affrontements faisaient également rage à Yopougon, dans l’ouest d’Abidjan, où les Forces républicaines de Côte d’Ivoire ont lancé une offensive pour en évincer les derniers miliciens et mercenaires ayant soutenu l’ex-président, Laurent Gbagbo. Des habitants de Yopougon ont signalé des combats intenses. "C’est compliqué. On entend de fortes explosions depuis hier", a déclaré Noël Deha, par téléphone, à Reuters. "Il y a des accrochages entre les Forces républicaines et les jeunes miliciens. Elles veulent chasser les miliciens." Pendant qu’ont lieu ces affrontements dans l’ouest d’Abidjan, les habitants d’autres quartiers de la capitale économique ivoirienne reprennent timidement leurs activités après des semaines de fusillades et de pilonnages.

Ibrahim Coulibaly

Le président Ouattara doit s’atteler à une refonte des forces de sécurité et au rassemblement d’un pays dont les divisions se sont aggravées avec une élection qui était censée les atténuer. Un millier de personnes ont péri durant l’épreuve de force des derniers mois et plus d’un million d’autres habitants ont fui leurs foyers. L’organisation française Médecins sans frontières (MSF) a fait état d’une situation extrêmement dure dans l’Ouest ivoirien, où les divisions entre communautés sont les plus fortes et où ont été commises les pires atrocités. "Dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, beaucoup de ceux qui ont fui les violences n’osent pas rentrer chez eux", dit Médecins sans frontières dans un communiqué exposant les conditions de vie dans un camp saturé qui rassemble environ 28000 personnes près de Duékoué.

Des victimes des combats sont soignées dans une clinique d’Abidjan, le 20 avril 2011

L’Union européenne a levé une partie des sanctions, ce qui permet à quelques navires de revenir dans les ports ivoiriens. Selon Patrick Achi, porte-parole du gouvernement d’Alassane Ouattara, des représentants de la banque centrale ouest-africaine étaient attendus, mercredi 20 avril 2011, à Abidjan, pour déterminer quand ses activités pourraient y reprendre. Mais il faudra des mois à la Côte d’Ivoire pour écouler des stocks de 450000 à 500000 tonnes de fèves de cacao en attente. Le pays est le premier producteur mondial de cacao.

Ange ABOA, Loucoumane COULIBALY, David LEWIS, Philippe BAS-RABERIN et Gilles TREQUESSER

Des victimes des combats sont soignées dans une clinique d’Abidjan, le 20 avril 2011

Des partisans d’Alassane Ouattara à Pekanhouebli, à la frontière du Liberia, le 20 avril 2011

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