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Libération, 30 avril 2011

Burkina Faso : La révolte gagne la police


Des véhicules incendiés, à Koudougou, le 14 avril 2011

La capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, est, depuis mercredi 27 avril 2011, le théâtre d’une nouvelle mutinerie, celle des fonctionnaires de police qui ont érigé des barricades autour de leurs casernes. Les tirs en l’air ont repris, vendredi 29 avril au matin, au camp des CRS (Compagnies républicaines de sécurité), avant de s’étendre au commissariat central de la capitale burkinabé. Ce mouvement d’humeur a ensuite pris une ampleur nationale, s’étendant à d’autres villes du pays, notamment à Bobo-Dioulasso, dans l’Ouest. C’est la première fois que des policiers se révoltent au Burkina Faso. En revanche, des mutineries de militaires, dont ceux de la garde du président, Blaise Compaoré, ont eu lieu, ces dernières semaines, à Ouagadougou et dans plusieurs autres villes. Ils protestaient contre le retard de paiement de leurs soldes.


Burkina Faso

C’est la violente répression d’une manifestation étudiante et la mort d’un jeune homme, le 20 février 2011, à Koudougou, qui avaient alors mis le feu aux poudres. Malgré la tentative des autorités de lier le décès de l’étudiant à une méningite, la contestation s’est peu à peu étendue, notamment aux militaires, dont les mutineries en cascade, à partir du 15 avril, ont forcé Blaise Compaoré à quitter la capitale, puis à leur payer les arriérés de salaires et à changer de Premier ministre. Il a ainsi nommé à ce poste Luc-Adolphe Tiao, un ancien journaliste, novice en politique. Ce dernier a formé un gouvernement composé de proches et de fidèles du président, qui s’est par ailleurs attribué le ministère de la Défense. Blaise Compaoré, un militaire arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, a également limogé les principaux chefs de l’armée. Ces mesures n’auront servi qu’à retarder de nouvelles manifestations de colère contre la vie chère et la longueur du règne de Blaise Compaoré. Aujourd’hui, la quasi-totalité des couches sociales -militaires, jeunes, élèves et étudiants, magistrats, commerçants, personnels de santé, producteurs de coton et, maintenant, policiers- remettent le régime en cause. Bilan de ces manifestations : au moins six morts (dont quatre étudiants), des blessés, d’innombrables pillages commis par les soldats mutins et des dégâts matériels considérables.

Gino DELMAS

Des véhicules incendiés, à Koudougou, le 14 avril 2011

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