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mardi 28 février 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 15

La campagne de Birmanie (1941-1943) et le pont aérien vers la Chine

Les Tigres volants


L’aile d’un P-40 est déballée sur l’aérodrome de Mingaladon, en Birmanie, en 1941

Géographiquement, la Birmanie se résumait à deux ou trois larges vallées fluviales cultivées, séparées de montagnes couvertes de jungle. Ces vallées s’étiraient entre les contreforts de l’Himalaya et le golfe du Bengale.

En 1941, la Birmanie était défendue par un peu plus d’une division, composée principalement de Birmans récemment recrutés. Cette division birmane était organisée autour d’un noyau composé de 2 bataillons britanniques et 1 brigade indienne. En Birmanie, les Britanniques n’avaient que 37 avions. Lorsque l’offensive japonaise s’est déclenchée, dans l’océan Pacifique, la plupart des renforts disponibles pour la Birmanie ont été envoyés en Malaisie, trop tard pour sauver Singapour.

Du Nord de la Birmanie partait une piste de jungle allant jusqu’en Chine, à travers l’Himalaya : la route de Birmanie. C’était la seule voie de ravitaillement terrestre pour les Chinois nationalistes de Tchang Kaïchek qui combattaient les Japonais avec le soutien aérien des fameux Tigres volants américains du général Claire Chennault : d’abord mercenaires, puis intégrés dans les forces aériennes américaines.

La route de Birmanie

Un aérodrome des Tigres volants en Chine

Un chasseur P-40 des Tigres volants sur l’aérodrome de Toungoo, en Birmanie, en décembre 1941

Claire Lee Chennault, le créateur des Tigres volants

A la mi-décembre 1941, les Japonais ont attaqué la Birmanie avec une armée composée de 2 divisions, dont l’effectif total n’atteignait pas 35000 hommes. Contournant, par la jungle, les positions défensives britanniques, les Japonais contraignaient, chaque fois, leurs adversaires de reculer pour échapper à l’encerclement.

La conquête de la Birmanie par les Japonais (flèches rouges) et la retraites des troupes alliées (flèches bleues), avril-mai 1942

Bombardement de Rangoon, en Birmanie, par l’aviation japonaise, le 23 décembre 1941

Début janvier 1942, les Japonais attaquaient les défenses de Rangoon, capitale de la Birmanie, qu’ils ont occupée à la fin du mois.

Une colonne japonaise en Birmanie

Début mars 1942, les Britanniques ont reçu quelques renforts, mais les Japonais ont reçu des renforts bien plus importants. Désormais, les Japonais disposaient de plus de 400 avions et dominaient complètement le ciel birman. Les Britanniques ont dû replier la plupart de leurs avions en Inde.

Début avril 1942, l’armée japonaise a attaqué vers le Nord de la Birmanie, coupant la route de Birmanie vers la Chine. Les Britanniques ont alors décidé d’évacuer toutes leurs troupes de Birmanie, et de les replier en Inde avant le début de la mousson, prévue pour la mi-mai. Dans cette retraite de 1600 kilomètres, les Britanniques ont perdu une grande partie de leur matériel -y compris tous leurs tanks, qui protégeaient la retraite en lançant des contre-attaques contre les Japonais-, mais la majorité des troupes a été sauvée.

L’entrée des troupes japonaises à Tavoy, en 1942

Des troupes britanniques pendant la retraite de Birmanie, en 1942

Des tankistes britanniques devant un Stuart, en Birmanie, en 1942

Le général américain Stilwell (à droite de l’image) et ses troupes, pendant la retraite de Birmanie, en mai 1942

Des soldats japonais au bord de la rivière Chindwin, en 1942

L’isolement terrestre et maritime de la Chine nationaliste a contraint les Américains à ravitailler les forces de Tchang Kaïcheck par air, par-dessus l’Himalaya. La première mission de ravitaillement, composée de 10 C-47 américains venus d’Afrique, a volé en avril 1942. Elle emportait, en Chine, du carburant pour les bombardiers américains qui allaient effectuer le raid sur Tokyo et dont il était prévu qu’ils se posent en Chine.

Le C-47 a été le premier avion utilisé pour ravitailler la Chine depuis l’Inde

Quatre mois plus tard, un véritable pont aérien transportait, chaque mois, des milliers de tonnes de munitions, de carburant et de ravitaillement, pour les Chinois nationalistes et les Tigres volants. Fin 1943, le rythme mensuel avait atteint 12000 tonnes. En août 1944, c’était 24000 tonnes. En juillet 1945, on était arrivé à livrer 69365 tonnes. Dans ce pont aérien, les alliés ont perdu 850 avions et 250 pilotes.

L’aérodrome de Chabua, en Inde, était l’un de ceux utilisés pour le ravitaillement aérien de la Chine


Problèmes de logistique

Pour les Britanniques, reprendre la Birmanie aux Japonais posait d’énormes problèmes logistiques. Une offensive ne pouvait partir que de la province indienne de l’Assam, où il aurait fallu concentrer des troupes, des véhicules et du ravitaillement. Mais les infrastructures n’existaient pas, car jamais les Britanniques n’avaient imaginé que l’Inde puisse être attaquée depuis la Birmanie et que l’Assam doive devenir une base militaire. Le réseau routier et ferroviaire du Nord-Est de l’Inde était archaïque. Les aérodromes, les dépôts, les routes, les voies ferrées et les pipe-lines restaient à construire, les ports à agrandir et toute la région à réorganiser. La plupart des éléments dont on avait besoin devaient être acheminés par mer, mais le commandement local n’obtenait jamais assez de navires, car tous les autres théâtres d’opérations du monde étaient prioritaires. Toutes sortes de pénuries gênaient l’avance des travaux. Quand on avait réclamé 185 locomotives, on en recevait 4. Les pluies de la mousson provoquaient des glissements de terrain et emportaient les ponts. L’aviation japonaise effectuait des raids. Il fallait nourrir 400000 réfugiés civils venus de Birmanie.

Malgré ces circonstances défavorables, il a été décidé de faire de l’Inde une base militaire capable de recevoir 34 divisions et 100 escadrilles aériennes. Plus d’un million d’hommes ont été employés à la construction de 220 nouveaux aérodromes. Du coup, on manquait de main d’œuvre pour la construction des routes.

L’offensive britannique de 1943

Sans attendre, les Britanniques ont décidé de lancer une offensive limitée visant à reprendre aux Japonais la côte Ouest de la Birmanie, pour y réinstaller des escadrilles d’avions. Faute de navires de transports disponibles, il a fallu attaquer par voie de terre, à travers la jungle. Cette offensive a débuté en décembre 1942, avec des troupes indiennes. Le camp britannique disposait d’une supériorité en matières de tanks et d’artillerie, mais cette supériorité s’exerçait fort mal dans la jungle. La progression était tellement lente que les Japonais ont pu envoyer des renforts dans la région. Menaçant les arrières de la force indienne, dont les troupes étaient décimées par le paludisme et les pertes dues aux combats, les Japonais ont contraint leurs adversaires à battre en retraite. En mai 1943, la force indienne était de retour sur sa ligne de départ.

Les Chindits

Pendant ce temps, Orde Wingate, qui avait organisé, en 1940, la guérilla contre les Italiens d’Abyssinie, a préconisé la création de « Groupes de pénétration à longue distance », entraînés pour opérer dans la jungle birmane et s’attaquer aux communications et aux avant-postes japonais. La 77ème brigade indienne a été réorganisée dans ce but. Ces « Chindits » -comme ils se surnommaient eux-mêmes- feraient transporter leur matériel par des animaux de bâts et seraient ravitaillés par air. Une section de la RAF était affectée à chaque colonne. La brigade comprenait 7 colonnes.

Pour sa première mission, cette brigade a été divisée en deux groupes : un groupe Nord, avec 5 colonnes totalisant 2200 hommes et 850 mulets ; et un groupe Sud avec 2 colonnes totalisant 1000 hommes et 250 mulets. Dans la nuit du 14 février 1943, les deux groupes ont traversé la rivière birmane Chindwin. Avançant vers l’Est, ils se sont divisés en colonnes, attaquant une série de postes avancés japonais, coupant les voies ferrées, faisant sauter les ponts et dressant des embuscades sur les routes. A la mi-mars 1943, ces colonnes traversaient le fleuve Irrawaddy. Mais les Japonais ont alors déployé des troupes, afin d’intercepter les Chindits, les contraignant de se replier. A la mi-avril 1943, les Chindits étaient de retour en Inde, ayant perdu un tiers de leurs effectifs et abandonné la plus grande partie de leur matériel.

Une colonne de Chindits en Birmanie, début 1943

A la suite de ce raid, Orde Wingate a été promu général de division. Au sein des Chindits, les Indiens ont été remplacés par des Britanniques et les effectifs ont été triplés. On a même doté les Chindits d’une unité aérienne particulière : le « No 1 Air Commando », représentant 11 escadrilles et commandée par l’Américain Philip Cochran. Désormais, les Chindits ne devaient plus se contenter de harceler les Japonais au moyen d’actions de guérilla. Ils devaient précéder les armées alliées et s’emparer de certains point-clés derrières les lignes japonaises, pour couper leurs lignes de ravitaillement.

Orde Charles Wingate

Suite dans La campagne de Birmanie (1944-1945)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source