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mardi 25 juillet 2017
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Tribune de Genève, 24 mai 2011

Corruption : Dominique Ducret se défend au procès de la Banque cantonale de Genève

par Catherine FOCAS et Fedele MENDICINO


Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

La deuxième semaine du procès de la Banque cantonale (BCGe) s’est ouverte, lundi 23 mai 2011, avec un plaidoyer de l’ex-président de l’établissement, Dominique Ducret : « Je n’ai cherché à tromper personne », assure cet homme âgé de 68 ans jugé pour gestion déloyale aggravée et faux dans les titres. Le notable des années 1990 s’est exprimé avec clarté et assurance durant plus d’une heure sans interruption. Une faveur exceptionnelle que le Tribunal correctionnel accorde à ce prévenu de marque.


Suisse

Dominique Ducret a expliqué qu’il se sentait victime du monde politique, victime des médias et victime de la mauvaise conjoncture. Il admet avoir peut-être commis des erreurs « d’appréciation, de diagnostic, de médication », mais il affirme « avec force et humilité » : « Toutes les décisions que j’ai prises l’ont été de bonne foi et dans le seul souci de défendre les intérêts de la banque. » Il poursuit : « Le sentiment d’injustice que je ressens depuis onze ans est un incroyable producteur d’énergie. Je n’ai jamais imaginé que tout ceci puisse m’arriver. Pour moi, ça n’arrivait qu’aux autres. » Dominique Ducret, qui aujourd’hui se consacre principalement à des œuvres caritatives et à la préparation de sa défense, est veuf. Il explique que l’état de santé de son épouse « n’a pas résisté à l’acharnement » dont il a été l’objet. Quant à lui, sa vie « a basculé » le jour de son inculpation. Il se souvient que son premier avocat, Me Dominique Poncet, l’avait averti que « ce dossier était politique, qu’il fallait trouver des responsables, donc des boucs émissaires. Et qu’aucun juge n’aurait le courage de tirer la prise avant d’arriver au procès. » Et de dénoncer « l’hypocrisie du monde politique, les errements et le manque de courage du monde judiciaire ». Selon lui, « tout le monde savait ». A la veille de la fusion de la Caisse d’Epargne et de la Banque hypothécaire qui a donné naissance à la BCGe, en 1994, « le monde politique savait que les deux banques étaient malades et que la conjoncture économique n’allait pas améliorer la situation ». Lui-même était convaincu, au moment de la fusion, qu’il « y avait plus de provisions que de risques ». Mais il pense aussi que « le ver était dans le fruit ». L’ancien conseiller national [parlementaire fédéral] PDC estime qu’il « n’est pas juste de faire supporter à un seul homme des décisions prises collégialement ». Lui-même a été président de la Banque Hypothécaire dans les années 1990. Il explique que son établissement, par exemple, avait refusé de traiter avec Jürg Staübli, un homme dont l’activité « faisait grand bruit à l’époque avec ses méthodes de congé-vente ». Mais la Caisse d’Epargne l’avait accepté. Si bien « qu’à la fusion des deux banques nous avons hérité de ce débiteur important. Ce type d’anecdote démontre l’injustice dont j’ai souffert d’entrée de cause. » Dominique Ducret qui était avocat d’affaires a renoncé à plusieurs clients pour prendre la présidence de la BCGe. Ses revenus ont baissé de 40 % à 6 0%. « Je ne me plains pas, je l’ai voulu, mais quand on dit que j’ai caché la vérité pour continuer à bénéficier d’avantages financiers liés à ma fonction, ça me fait hurler ! » En ce qui concerne les gros débiteurs de la BCGe, « il fallait déterminer comment régler leurs problèmes tout en sauvegardant les intérêts de la banque. Si on avait suivi l’opinion de certains, il aurait tous fallu les mettre aux Poursuites. » Réponse du juge Verniory : « C’est ce qui s’est passé avec les petits débiteurs en tout cas… » Dominique Ducret : « C’est vrai, mais les gros débiteurs, c’est plus ennuyeux. Vous trouverez ça dans toutes les entreprises, c’est un fait incontournable. Au Grand Conseil et dans la presse, on parlait de la politique des petits copains. J’ai été meurtri par ces reproches. »

Dominique Ducret en compagnie de son avocat Robert Assaël

En fin de journée, les esprits s’échauffent : « Savez-vous ce qu’est le principe comptable de prudence ? », demande le procureur général, Daniel Zappelli. Et Dominique Ducret, cinglant : « J’ai déjà subi ce genre d’examen durant des années à l’instruction. Je refuse donc de répondre à la question. » Et d’ajouter : « Je n’allais pas me mettre à contrôler l’activité des réviseurs externes. Si on doit contrôler le contrôleur, où va-t-on ? On est obligé de se faire confiance. » Il poursuit : « Durant l’instruction, j’admets avoir été étonné d’apprendre qu’il n’y avait pas de listes des risques par débiteurs. » Là également, il « faisait confiance ». « Pourtant, après l’alerte du réviseur interne, en 1997, vous avez eu des doutes sur la santé de la banque, s’étonne Daniel Zappelli. Qu’avez vous fait de ces doutes ? » Dominique Ducret : « Je suis un homme de doute, pas de certitude. En 1999, nous avons constaté que la baisse des provisions était sérieuse et nous avons pris des mesures. Avant, je me fiais au rapport satisfaisant des réviseurs. » Les avocats de l’Etat et de la banque n’entrent en scène qu’à 19 h15. Interrogé par Me Christophe Emonet, représentant de la BCGe, Dominique Ducret répète que « dans cette affaire, les réviseurs ont eu accès à toutes les informations, sans restrictions. En particulier sur les provisions. » Et que faisait Monsieur Fues, l’ex-directeur général ? « Il aimait bien tout contrôler. Mais je ne dis pas que c’est lui qui prenait toutes les décisions. Alors, bien sûr que j’ai été surpris, après coup, par le manque de provisions dénoncé par l’expertise judiciaire. Mais cette question doit être posée à Monsieur Curti. » Ce sera fait mercredi 25 mai 2011. Quant à Marc Fues, il doit être auditionné mardi 24 mai.

Catherine FOCAS et Fedele MENDICINO

Daniel Zappelli

AUTEURS 

  • Catherine FOCAS et Fedele MENDICINO

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