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jeudi 23 mars 2017
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Tribune de Genève, 27 mai 2011

Corruption : Le directeur actuel de la Banque cantonale de Genève a tout repris à zéro

par Catherine FOCAS et Fedele MENDICINO


Vue du siège de la Banque Cantonale de Genève

« Ma vision des risques différait de celle de M. Curti », a expliqué, jeudi 26 mai 2011, Blaise Goetschin, actuel directeur général de la Banque Cantonale de Genève, plaignante dans ce procès. Cet homme a pris ses fonctions en octobre 2000. Il a petit à petit constaté qu’il avait « des difficultés à comprendre la méthode de travail » de René Curti, l’ex- directeur adjoint de l’établissement, aujourd’hui sur le banc des accusés pour gestion déloyale et faux dans les titres.


Suisse

« J’ai d’abord tenté de comprendre, mais je ne me retrouvais pas dans la logique de son approche, poursuit l’actuel directeur. Pour moi, le système de M. Curti ne fonctionnait pas. » Au lieu de « continuer à essayer de comprendre », Blaise Goetschin décide de repartir sur de nouvelles bases « solides ». En janvier 2001, « nous avons refait, avec une task force spéciale, tout l’inventaire des crédits, ligne par ligne. » C’est là qu’est apparu un gros trou : « Nous arrivions à une perte de 200 millions de francs. Cette perte qui ne comprenait pas le dossier de la Rente immobilière que nous avons découvert plus tard. » (ndlr : il concerne le promoteur Carlo Lavizzari et fera l’objet d’un procès séparé). Sa surprise a été d’autant plus grande qu’il pensait reprendre une banque déjà assainie : « Le rapport de l’organe de révision d’Ernst & Young du 30 juin 2000 montrait que tout était réglé. » La Fondation de valorisation recueillant les crédits toxiques de la banque avait été créée. Blaise Goetschin est donc arrivé « en toute confiance ». « Par chance, je ne me suis pas laissé endormir par tout ça. » Lorsqu’il commence l’examen approfondi de la situation, il lui apparaît « d’évidence un manque de provisionnement très important ». Une perte qu’il chiffre aujourd’hui à 270 millions. Comment expliquer tout cela ? L’ex-directeur adjoint, René Curti, occultait-il la vérité ? « Non, répond Blaise Goetschin, il ne cachait pas la vérité. Il ne voyait pas la réalité de la même manière que moi. » Pour l’actuel directeur de la Banque Cantonale de Genève, la Fondation de valorisation était le meilleur choix possible, parce qu’en 1999 « la situation de la banque était techniquement une situation de faillite ».

Blaise Goetschin

Auparavant, les deux ex-réviseurs et René Curti avaient refusé de répondre aux questions du procureur général et des deux parties plaignantes, l’Etat de Genève et la banque. « J’exerce le droit de me taire, a indiqué René Curti, puisque le seul but de toutes ces questions est de me piéger et non de parvenir à la vérité. » Désabusé, le conseil de la banque, Me Christophe Emonet répond : « Il y a longtemps que nous ne posons plus de questions à M. Curti, vu que nous ne comprenons pas les réponses. » Interrogés par le juge Verniory, les deux ex-réviseurs insistent sur le fait qu’ils ne faisaient que « valider les chiffres que les dirigeants de la banque avaient établis ». Les méthodes de calcul entre les uns et les autres étaient certes différentes, mais au final, « il n’y avait jamais de divergences lors des réunions ». L’un des réviseurs explique que le milliard de provisions existant suffisait, mais que lui-même se serait senti plus à l’aise avec 200 millions supplémentaires. Un sentiment dont il faisait part à la Commission fédérale des banques (CFB) en 1996, 1997 et 1998, affirme-t-il, sans susciter de réaction. Entre la fin de l’année 1998 et le début de 1999, les réviseurs constatent tout de même que les risques pris par la Banque Cantonale de Genève s’accroissent et qu’il faudrait des provisions supplémentaires de l’ordre de 400 à 600 millions de francs. Pourtant, ils se disent surpris par le diktat de la Commission fédérale des banques, en mai 2000, exigeant que cette somme soit immédiatement comptabilisée dans les provisions, ce qui plombe inévitablement les comptes de la banque.

Catherine FOCAS et Fedele MENDICINO

René Curti

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