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lundi 27 mars 2017
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Tribune de Genève, 28 mai 2011

Corruption : François Longchamp au procès de la Banque cantonale de Genève

par Catherine FOCAS


Vue du siège de la BCGe

Que reproche l’Etat de Genève aux ex-responsables et réviseurs de la Banque cantonale de Genève (BCGe) ? « D’avoir établi des bilans laissant supposer que la situation de la banque était saine et sous contrôle, alors que ce n’était pas le cas », a répondu, vendredi 27 mai 2011, le conseiller d’Etat [ministre cantonal] François Longchamp au nom du Canton, partie plaignante dans ce procès.


Suisse

« Ça, c’est vraiment un scoop !, intervient Me Robert Assaël, avocat de l’ex- président de la Banque cantonale de Genève, Dominique Ducret. Et dire que j’ai voté pour M. Longchamp ! C’est un mythe qui s’effondre… Mais vous avez le temps de vous rattraper. » Piques, plaisanteries, interruptions diverses, la défense n’a visiblement aucune envie que le président du Département de la solidarité et de l’emploi répète son énergique prestation du mois d’octobre 2010, lors du premier procès avorté de la Banque cantonale de Genève. Le but est de ne pas lui laisser trop de champ libre pour développer ses tirades meurtrières à l’égard des prévenus. Exercice en partie réussi. Est-ce à cause de l’absence de jury, de la nouvelle procédure pénale qui rend les débats plus rigides ou de consignes reçues dans le cadre du nouveau procès ? Nous ne le savons pas. Mais il est certain que ce n’est pas exactement le même François Longchamp qui a déposé, vendredi 27 mai 2011, à la barre. Aucune description colorée du désastre de la Banque cantonale de Genève cette fois-ci. Il n’a pas comparé les 2 milliards perdus par l’Etat dans la débâcle au « trajet de Genève jusqu’à Nice en billets de 1000 francs » ou au volume de ces mêmes billets une fois empilés, « deux fois la hauteur du Jet d’eau ». Le profil est bas, mais le propos identique. « Si, en 2000, l’Etat n’avait pas pris des mesures, la Commission fédérale des banques (CFB) aurait donné l’ordre de fermer l’établissement », a-t-il expliqué. La Commission fédérale des banques indique en effet au gouvernement que des mesures urgentes doivent être prises pour assainir la Banque cantonale de Genève. L’Etat, qui garantissait une partie des dépôts d’épargne et de prévoyance professionnelle (pour 4,45 milliards de francs), était obligé d’intervenir dans ce sauvetage. S’il ne l’avait pas fait, la banque aurait fermé ses guichets. Et le Canton aurait perdu 4,45 milliards au lieu des quelque 2 milliards finalement envolés. Sans compter « les effets économiques dévastateurs sur l’ensemble du canton, ménages, entreprises, emploi ». Le tsunami aurait touché même les entreprises les plus saines et « l’image du canton en tant que place financière aurait été durablement endommagée ». D’ailleurs, a noté François Longchamp, un projet de loi supprimant de manière progressive la garantie de l’Etat sur les dépôts d’épargne doit être voté en ce moment même (ndlr : vendredi 27 mai après-midi) au Grand Conseil [parlement cantonal]. « C’est l’un des enseignements que nous avons tirés de cette affaire. »

Dominique Ducret en compagnie de Robert Assaël

Dominique Ducret reproche vivement au conseiller d’Etat « ses inexactitudes, ses erreurs, ses omissions, volontaires ou non, car il n’était pas témoin à l’époque des faits ». L’ex-président de la banque assure que le Conseil d’Etat [exécutif cantonal] était au courant des difficultés de la banque, notamment les ministres en charge des Finances, Olivier Vodoz, puis Micheline Calmy-Rey. François Longchamp maintient que non. Rien n’avait filtré jusqu’à la fin de 1999. D’ailleurs, en 1998, une lettre de la Commission fédérale des banques répondant aux inquiétudes du gouvernement genevois affirmait que tout allait bien. C’est pourquoi, en dehors du procès pénal en cours actuellement, l’Etat a ouvert deux procédures civiles. L’une contre l’organe de révision Ernst & Young et l’autre contre la Confédération suisse (dont la Commission fédérale des banques est un organe), afin de récupérer la perte ou une partie de la perte subie par le Canton. Dans cette dernière procédure, Genève a été déboutée en première instance. François Longchamp ne se décourage pas : « Il s’agit de deux procédures longues, mais nous avons la détermination d’aller jusqu’au bout, car le dommage est important et les responsabilités très claires. En ce qui concerne les pertes, nous avons le devoir vis-à-vis du contribuable de les réduire au maximum et de faire toutes les procédures dans ce sens. » Il rappelle également que la création de la Fondation de valorisation, qui a repris plus de 5 milliards de crédits toxiques de la Banque cantonale de Genève, a grevé le budget de l’Etat durant longtemps. « Jusqu’à 300 millions de francs par année, donc un impact très lourd. »

Catherine FOCAS

François Longchamp

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