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Le Monde, 29 mai 2011

Corruption : Christine Lagarde contre-attaque dans l’affaire Tapie


La tour du Crédit Lyonnais

Christine Lagarde s’est attachée, dimanche 29 mai 2011, sur Europe 1, à démonter les soupçons pesant sur elle dans l’affaire Tapie, qui pourrait lui valoir une enquête judiciaire embarrassante dans sa campagne pour devenir directrice générale du Fonds monétaire international.


France

Mme Lagarde, qui a annoncé, mercredi 25 mai 2011, sa candidature pour remplacer Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international, pourrait faire l’objet d’une enquête de la Cour de justice de la République dans le cadre de la liquidation de l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais. Le dossier porte sur la revente de l’équipementier sportif Adidas, en 1993, dans laquelle Bernard Tapie dit avoir été floué par le Crédit lyonnais, alors banque publique. Jean-Louis Nadal reproche à Christine Lagarde le choix, contre l’avis des services du ministère, d’un arbitrage privé pour régler ce litige, conclu finalement par un chèque de 285 millions d’euros de fonds publics à Bernard Tapie, en 2008, ce qui s’est revélé très coûteux pour l’Etat.

Jean-Louis Nadal

La ministre de l’économie a affirmé que la saisine de la Cour de justice de la République par le procureur général dans le cadre de l’affaire Tapie était "fausse pour certains aspects" et "sans fondement juridique". M. Nadal aurait, selon elle, indiqué dans le document de saisine qu’elle avait décidé de recourir à la procédure d’arbitrage dans l’affaire Tapie en mai 2007. "Au mois de mai (2007), j’étais ministre de l’agriculture et de la pêche. Je m’occupais du thon rouge. Si on commence avec des faits aussi inexacts, cela m’inquiète un peu", a déclaré la candidate au Fonds monétaire international, estimant par ailleurs qu’"il n’y avait pas de fondement juridique" dans ce dossier. Interrogée sur une éventuelle pression de l’Elysée ou de Matignon quant à un recours à l’arbitrage, la ministre a affirmé ne pas avoir demandé "d’avis ou d’accord". "J’ai fait mon analyse juridique", a-t-elle indiqué, soulignant avoir "la conscience parfaitement tranquille". Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, s’est déclaré, dimanche 29 mai 2011, sur Canal + "convaincu que Christine Lagarde fera prévaloir sa bonne foi et son honnêteté". La décision d’ouvrir une telle enquête sera prise, le 10 juin, par la commission des requêtes de la Cour de justice de la République. Christine Lagarde affirme qu’elle restera candidate à la direction du Fonds monétaire international si la Cour de justice ouvre une enquête contre elle, même s’il s’agirait d’un lourd handicap. "Le dossier est vide", a-t-elle déclaré, accusant Jean-Louis Nadal, très critique vis-à-vis des attaques de Nicolas Sarkozy contre le monde judiciaire, d’être partial puisqu’il manifeste "une hostilité à l’égard du chef de l’Etat". La ministre assure par ailleurs qu’elle conservera ses fonctions ministérielles à Bercy si sa candidature à la direction du Fonds monétaire international n’est pas retenue. "Dans les consultations que j’ai eu avec le président de la République et le premier ministre, cela n’a pas fait l’ombre d’un doute et je les remercie de leur soutien." Elle reconnaît toutefois que le montant de l’indemnisation était "très élevé", notamment les 45 millions d’euros qui ont été accordés à Bernard Tapie pour "préjudice moral". "Je comprends que ça ait choqué beaucoup de Français", a conclu Christine Lagarde. La candidate de l’Union européenne au Fonds monétaire international s’envole, dimanche 29 mai au soir, pour le Brésil, première étape d’une tournée destinée à convaincre les pays émergents d’appuyer sa candidature, le fonds devant se choisir un nouveau directeur général avant le 30 juin. "J’ai choisi de visiter l’ensemble des pays émergents", a-t-elle indiqué.

Avec AFP et Reuters

Christine Lagarde

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