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L’Express, 15 juin 2011

La Côte d’Ivoire peine à retrouver la stabilité

par Jason WIELS


Un soldat de l’ONU à l’entrée d’un camp de déplacés, à Duékoué, le 30 mai 2011

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR) estime à plus de 300000 le nombre de déplaces en Côte d’ivoire, tandis que l’ONG Action contre la faim (ACF) anticipe une crise sanitaire et alimentaire jusqu’en 2013.


Côte d’Ivoire

Sortis péniblement de cinq mois de guerre civile, beaucoup d’Ivoiriens souffrent toujours d’une situation précaire. Les déplacés sont les victimes les plus visibles des affrontements des mois écoulés. Cibles de violences ou terrorisés par les combats, ils seraient 322277 selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés à avoir pris la route pour fuir les milices des deux camps, pro-Gbagbo ou pro-Ouattara. François Daniel, directeur général d’Action contre la faim l’a constaté sur place, à Duékoué, dans l’ouest du pays. La Côte d’Ivoire est sa priorité pour les prochains mois : "Ce site est le symbole du drame humanitaire. [...] Ce havre de paix, verdoyant et paisible s’est rapidement transformé en cauchemar." interpelle-t-il après son retour en France. Un cauchemar qui s’est déroulé en plusieurs étapes. D’abord, les massacres. Confirmé par des experts de l’ONU qui ont enquêté sur place, le rapport qu’ils ont remis au Conseil des droits de l’homme, à Genève, va être examiné mercredi 15 juin 2011. Sur place, les ONG rendent également compte de tueries organisées : " Même si ce n’est jamais évident de le prouver, dans les environs de Duékoué, sur la base d’observations et de discussions avec les populations, oui, il y a eu des violences entraînant la mort." confirme Vincent Taillandier, responsable Afrique à Action contre la faim. Pour ne rien arranger, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont réfugiées dans la brousse ou la forêt. Leur apporter de l’aide est d’autant plus compliqué. Et, à l’image de la Tunisie qui accueille par flots des immigrés libyens, le petit voisin libérien hébergerait jusque 135000 réfugiés ivoiriens. Une solidarité de fait dont le Libéria se serait bien passé, tant il est lui-même confronté à la malnutrition de ses plus jeunes habitants.

Une femme prépare du manioc dans un camp de déplacés, à Duékoué, le 30 mai 2011

L’affaiblissement des exploitations agricoles, ensuite, plonge le pays dans un avenir incertain. Les agriculteurs qui n’ont pas fui leur lopin, ont subi des pillages ou n’ont tout simplement pas pu ensemencer les terres. Le relatif retour au calme n’arrive pas au meilleur moment : "Nous sommes en pleine saison des pluies et en période de soudure, c’est-à-dire dans l’attente des prochaines récoltes. Et on peut avancer qu’elles ne seront pas bonnes. " constatent, amères, les équipes d’Action contre la faim en Côte d’Ivoire. Si, d’ici octobre 2011, il sera possible d’avancer un bilan plus complet de l’état des champs ivoiriens, l’ONG ne voit pas d’amélioration notable avant 2013. Ce n’est que lorsque "l’urgence sera terminée" qu’elle compte "lancer des projets plus durables". Pour l’instant, elle s’en tient, entre autres, à la distribution de tablettes de purification d’eau, de biscuits énergétiques pour les enfants et à l’ouverture de cantines pour les plus démunis et les plus fragiles. Inquiétante aussi est la situation sanitaire du pays. Certes, avant l’éclatement du conflit, on comptait 500 cas de choléra à Abidjan ; contre 20 à 25 aujourd’hui. Reste que le chiffre est beaucoup moins fiable en ce moment qu’avant les élections, car le ministère de la Santé assurait à l’époque un suivi épidémiologique plus exhaustif. Les ONG restent donc sur le qui-vive, et gèrent les priorités selon leurs moyens. Nourriture ou hygiène, savon ou pain : cruel dilemme de la politique de l’urgence.

Jason WIELS

La récolte du cacao à Fangolo, le 31 mai 2011

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