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Tribune de Genève, 23 juin 2011

Corruption : La lettre vérité qui dérange la défense dans l’affaire de la Banque cantonale de Genève

par Catherine FOCAS


Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

Il n’a pratiquement été question que d’elle, mercredi 22 juin 2011, durant le procès des ex-dirigeants et réviseurs de la Banque Cantonale de Genève (BCGe) devant le Tribunal correctionnel. Cette lettre de la Commission fédérale des banques qui, en mars 1996 déjà, alertait les responsables de l’établissement sur l’ampleur des « crédits menacés » : 1,724 milliard concernant neuf gros débiteurs problématiques, dont les noms étaient connus dans la République : Staübli, Gaon, Tamman et Lavizzari, notamment.


Suisse

En prenant connaissance de cette lettre, le témoin Guy Demole, banquier et membre du conseil d’administration de la Banque Cantonale de Genève à l’époque, ne peut cacher sa stupeur. Il la lit et la relit. Il n’arrive pas à croire aux chiffres avancés par la Commission fédérale des banques. Peut-être qu’elle se trompe. Il finit par s’exclamer : « Si ce chiffre de 1,724 milliard était juste et qu’il avait été rendu public en 1996, ça aurait été une bombe dans l’establishment genevois ! » Mais comment se fait-il que lui, membre du conseil d’administration, n’ait pas été au courant de cette lettre, alors que la Commission fédérale des banques spécifiait que les membres du conseil d’administration devaient en prendre connaissance, lui demande l’avocat de l’Etat de Genève, Me Eric Alves de Souza. La lettre avait été discutée dans un cercle restreint, celui du Comité de banque, mais pas au sein du conseil d’administration. « Je n’essaye pas d’excuser le comportement des responsables de la banque, déclare Guy Demole, mais de l’expliquer. Si cette lettre avait été remise au conseil d’administration, ses membres en auraient parlé et le secret bancaire n’aurait pas été gardé. » Il admet que le ton de cette lettre ainsi que de deux autres qui ont suivi était « alarmiste ». Mardi 21 juin 2011, un autre membre du conseil d’administration avait regretté de n’avoir pas eu connaissance de cette fameuse lettre : « Le ton était pourtant assez sérieux et je peux imaginer qu’il y aurait eu des demandes d’explication. »

Les questions de Me Alves de Souza n’ont pas plu à la défense qui l’a fait savoir en début d’après-midi. Me Pierre de Preux reproche à son confrère de se « mettre en embuscade » puis de mener un contre-interrogatoire serré d’un témoin qu’il n’a même pas fait citer. Il demande au président du tribunal d’y mettre bon ordre. A défaut de quoi, la défense se livrera au même exercice. Me Christian Lüscher s’insurge également contre « l’Etat de Genève, qui arrive comme un bulldozer et lamine le témoin ». Me Alves de Souza constate que la défense adresse au juge le message suivant : « Faites attention, nous avons encore les moyens de perturber les débats… » Il rappelle qu’une demande de récusation à l’encontre du magistrat est toujours pendante au Tribunal fédéral. Et que malgré tous ses efforts, la défense n’a pas réussi à écarter le Canton des débats. Mais elle va encore une fois tenter de le faire lundi prochain. L’avocat estime qu’on tente de museler l’Etat. Après réflexion, le juge Verniory estime qu’il respecte le droit de chaque partie de poser des questions. Il rappelle qu’il n’y a pas de principe qui limite ce droit. Et il en appelle à la sagesse de chacun : « Les premières semaines de ce procès se sont déroulées de manière calme et sereine. Il serait bien de continuer comme ça. » Reprise des débats vendredi 24 juin 2011.

Catherine FOCAS

Vue du Palais de Justice de Genève

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  • Catherine FOCAS

  • Corruption : La lettre vérité qui dérange la défense dans l’affaire de la Banque cantonale de Genève

    24 juin 2011   [retour au début des forums]

    Que sont devenus les membres du clan Albert Tamman ?
    Sont-ils toujours propriétaire du palace Hôtel Président Wilson ?
    Ont-ils remboursé leurs dettes à la BCGE ?
    Google est aussi muet qu’une carpe à ce sujet…

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