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La Presse, 27 juin 2011

Corruption et collusion sont plus fréquentes qu’on ne croyait dans la construction au Québec

par Fabrice DE PIERREBOURG


Le chantier du Centre hospitalier universitaire, à Montréal

Le quart des travailleurs et des employeurs de l’industrie de la construction affirment avoir été témoins de collusion ou de gestes de corruption, des actes criminels qui préoccupent les trois quarts d’entre eux, révèle un sondage commandé par la Commission de la construction du Québec (CCQ), que La Presse a obtenu.


Canada

La Commission de la construction du Québec est un organisme paritaire financé principalement par les cotisations des employeurs et des employés. Elle veille au respect des conventions collectives, administre les caisses de retraite et les régimes d’avantages sociaux en plus de lutter contre le travail au noir et la discrimination dans les chantiers. Cette étude réalisée, au début du mois d’avril 2011, auprès de 9000 employeurs et travailleurs de la construction, va ravir ceux qui réclament en vain une enquête publique sur la construction. Ses résultats confirment que les maux qui font les manchettes depuis plusieurs mois ne sont pas des rumeurs sans fondement. Qui plus est, ils inquiètent dans une forte proportion les acteurs de l’industrie. Selon Diane Lemieux, PDG de la Commission de la construction du Québec, le monde de la construction, loin d’être dans le déni, démontre ainsi sa « lucidité et sa maturité ». Au cours de son entretien avec La Presse, elle s’est dite « marquée » par le nombre de personnes qui ont vu des actes de corruption et de collusion. Pas moins de 76 % des employeurs et 70 % des travailleurs ont exprimé leur préoccupation à l’égard des allégations de corruption et de collusion. Quant au travail au noir, 49 % des travailleurs et 43 % des employeurs évaluent à près de 30 % la part qu’il tient dans l’industrie. Il y a quelques années, le ministère du Travail l’estimait à 14 %. Les deux parties sont par ailleurs en très grande majorité fières de leur appartenance au monde de la construction et considèrent qu’il s’agit d’un bon choix de carrière pour les jeunes. Mais le clivage employeurs/travailleurs refait surface sur la question des priorités de la Commission de la construction du Québec ainsi que sur l’opinion qu’ils ont de leur industrie. Les trois quarts des travailleurs disent avoir une « opinion positive » ou « très positive » de leur domaine d’activité, contre à peine la moitié des employeurs. Même constat vis-à-vis de la Commission de la construction du Québec, beaucoup plus appréciée des travailleurs (65 %) que des employeurs (41 %). « Inévitable », réplique Diane Lemieux, car beaucoup des mandats de son organisme réglementaire « ont trait à l’application des conventions collectives ». Les choses se gâtent sur les aspects « neutralité » et « crédibilité », où la Commission de la construction du Québec obtient des notes passables. Idem lorsqu’il s’agit de lui faire confiance pour enquêter sur le travail au noir, l’intimidation et la discrimination.

Diane Lemieux

Lors de sa nomination à la tête de cet organisme, le 25 janvier 2011, Diane Lemieux avait insisté sur le fait que la Commission de la construction du Québec est un « maillon fondamental de l’industrie » qui « ne peut être ni faible ni vulnérable ». Depuis, elle a multiplié les gestes destinés à convaincre le public « qu’il y a de l’indépendance, de la probité, de l’éthique et de la rigueur » au sein de son organisation. Les décisions les plus spectaculaires ont été de forcer ses 300 employés ayant des pouvoirs d’enquête à se soumettre à une vérification de leurs antécédents, puis à ne plus être affiliés à un syndicat actif dans le domaine de la construction (projet de loi 15). On veut une totale étanchéité entre ces enquêteurs, désormais intégrés à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), et l’industrie. Autant de mesures qui ont déclenché l’ire du syndicat local des employés SEPB-FTQ. Ce dossier est désormais devant les tribunaux. « Ce sondage valide mes impressions. Passer le test de la confiance et de la crédibilité nécessitait des gestes rapides, justifie Diane Lemieux. Il fallait nettoyer ces questions et agir ainsi, sinon nous n’aurions pas été en position de jouer un rôle significatif à l’Unité permanente anticorruption. Je ne laisserai pas des gens aux intérêts malveillants détourner cette industrie. » Diane Lemieux estime que ce sondage, commandé dans le cadre de la planification stratégique de la Commission de la construction du Québec, aidera à mieux cibler les priorités des trois prochaines années.

Fabrice DE PIERREBOURG

Opération de sauvetage sur un chantier de Montréal, le 21 avril 2010

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