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L’Express, 28 juin 2011

Egypte : La loi n’autorise pas la conversion de mineurs à l’islam

par Nadéra BOUAZZA


Vue du Caire, le 13 juin 2011

Des conversions polémiques continuent de bouleverser la société égyptienne. Les affaires se répètent et alimentent les suspicions. Le cheikh Ahmed Al-Tayyeb, quarante-huitième grand imam d’Al-Azhar a réaffirmé, lundi 28 juin 2011, que la loi égyptienne ne reconnaissait pas les conversions à l’islam avant l’âge de 18 ans. Cette déclaration intervient le lendemain d’une réunion de prêtres à Minya, en Haute-Egypte, au cours de laquelle a été évoqué l’un des sujets les plus sensibles dans la société égyptienne : la conversion à l’islam, notamment par de jeunes chrétiens mineurs.


Egypte

Le quartier populaire d’Imbaba s’était enflammé, dans la nuit du 7 mai 2011, car une rumeur courait sur la conversion d’une jeune chrétienne détenue dans une église du quartier. En quelques heures, le chaos se propage dans le quartier. Les médias annoncent dés le lendemain un bilan lourd : plus de 200 blessées et une douzaine tués lors des affrontements. Toute la communauté chrétienne se sent alors meurtrie et attristée par des incidents qui se répètent. La rumeur prend rapidement et l’étincelle embrase rapidement la société égyptienne. Ce mois-ci, la conversion de deux jeunes chrétiennes vient bouleverser à nouveau les rapports entre les deux communautés. Après avoir fui leurs domiciles à Minya, deux jeunes filles ont déclaré qu’elles s’étaient converties à l’islam. Piquée au vif, la communauté copte de la ville organise des manifestations pour réclamer le retour des deux jeunes filles et accuse trois jeunes musulmans d’avoir incité les deux mineures à se convertir. Pourtant, les jeunes filles réaffirment qu’elles n’ont pas été enlevées. Elles décident donc de se convertir à l’islam alors que l’Eglise le condamne, car "les mineurs n’ont pas le droit de rejoindre une autre religion".

Une bannière illustrée des photos des victimes des forces de sécurité pendant la révolution, au Caire, le 26 juin 2011

Le cheikh d’Al-Azhar a certes tenté d’apaiser le débat en rappelant que toute conversion à l’islam est rejetée si elle est le fruit d’une pression familiale ou maritale. Mais la déclaration rappelle une évidence pour l’Egypte : la législation s’inspire de la Sharia islamique, selon l’article 2 de la Constitution. Le cheikh d’Al-Azhar se réfère donc naturellement aux lois du pays, qui ne contredisent en rien les intérêts de l’imam. Seulement les frustrations et les suspicions demeurent. De nombreux chrétiens trouvent déjà que la législation les discrimine, car la loi égyptienne autorise la conversion à l’islam, mais l’inverse est très difficile, voire interdit et lourd de conséquences. Ce sujet de la conversion est d’autant plus sensible que la communauté chrétienne est minoritaire dans le pays ; elle représente environ 10 % de la population égyptienne et réclame depuis des décennies une meilleure représentation politique et les mêmes droits que leurs compatriotes égyptiens de confession musulmane. Au quotidien, les Egyptiens toutes confessions confondues vivent et travaillent ensemble. Ces incidents ponctuels très relayés par les médias égyptiens, rappellent pourtant que les frustrations et les craintes de chaque communauté perdurent, d’une génération à l’autre.

Nadéra BOUAZZA

Une mère sans abri joue avec son bébé, près de l’immeuble de la télévision nationale, au Caire, le 26 juin 2011. Des dizaines de familles ont manifesté pour dénoncer l’indifférence du gouvernement à l’égard de leur sort

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