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mardi 27 juin 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 24

La guerre du désert en 1942 (1ère partie)

La chute de Tobrouk et la première bataille d’El Alamein


Un Panzer 3 camouflé dans le désert libyen

Début 1942, les Britanniques préparaient, contre l’Afrika Korps, une nouvelle offensive, baptisée opération « Acrobat ». Les deux armées se faisaient face, sur la frontière occidentale de Cyrénaïque.

Le 5 janvier 1942, l’Afrika Korps a reçu une nouvelle livraison de tanks, grâce à un convoi de 6 navires qui ont échappé aux sous-marins et à l’aviation britanniques. Désormais, le général Erwin Rommel disposait d’une centaine de tanks. Comme des rapports lui signalaient la faiblesse des éléments avancés britanniques, Rommel a décidé de déclencher une offensive sans attendre que ses adversaires aient pu se renforcer.

Erwin Rommel examine le paysage


L’attaque allemande a débuté le 21 janvier 1942. A la suite d’une attaque surprise, près d’Antelat, les Britanniques ont perdu presque la moitié de leurs tanks. Les tanks allemands, dissimulés jusqu’à la tourelle derrière des replis de terrain, couvraient l’avance des canons antichars. Ceux-ci, une fois installés, couvraient l’avance des tanks allemands. Les tanks britanniques subissaient des pertes constantes et devaient sans cesse céder du terrain.

Un Panzer 3 et un SdKfz. 250/3 dans le désert libyen, en 1942

La chute de Benghazi

Le 25 janvier 1942, les Allemands ont repris leur avance, jusqu’à Msous, obligeant les Britanniques à se retirer vers le Nord avec les 30 tanks qu’il leur restait. Ne sachant quel endroit Rommel attaquerait ensuite, les Britanniques ont étalé leurs forces afin de protéger les 330 kilomètres entre Benghazi et Mekhili.

Les Allemands ont lancé une feinte en direction de Mekhili, où les Britanniques se sont empressés d’envoyer des renforts, tandis que les forces allemandes effectuaient un rapide crochet sur Benghazi, où ne subsistait que la 4ème division indienne pour garder le port regorgeant de ravitaillement. Cette attaque allemande a provoqué une telle commotion que les Britanniques ont précipitamment abandonné Benghazi. Exploitant la surprise, les Allemands ont envoyé deux petits détachements vers l’Est. Cette menace a provoqué l’abandon, par les Britanniques, de toute une série de positions défensives éventuelles et ils se sont retirés jusqu’à la ligne de Gazala, alors que le gros de l’Afrika Korps n’avait pas encore dépassé Msous.

La ligne de Gazala

La position de Gazala avait été transformée en une ligne fortifiée par la construction d’ouvrages de campagne et la pose de vastes champs de mines. Mais cette ligne fortifiée manquait de profondeur. A l’exception du secteur côtier, les points fortifiés étaient trop éloignés les uns des autres pour pouvoir s’appuyer mutuellement de leur tir. Ils s’étendaient sur 80 kilomètres, depuis la côte, espacés par des intervalles de plus en plus grands. La position de Bir Hakeim, tenue par les Français libres, se situait à plus de 25 kilomètres de celle de Sidi Mouftah.

Le 26 mai 1942, quand les Allemands ont repris l’offensive, les Britanniques avaient 850 tanks et 420 tanks supplémentaires prêts à être envoyés en renforts. Sur les 850 tanks, il y avait 150 exemplaires du nouveau modèle américain Grant, doté d’un canon plus puissant que les tanks allemands. Les Germano-Italiens avaient 560 tanks, dont 230 tanks italiens démodés et 50 tanks allemands légers sur 330. Dans une bataille, seuls les 280 tanks moyens allemands comptaient vraiment. En matière d’artillerie, les Britanniques avaient une supériorité numérique de 3 à 2. En matière d’aviation, les deux camps étaient à peu près à égalité.

Des Matilda manoeuvrent en direction de Tobrouk

Au cours de cette nuit du 26 mai 1942, par un beau clair de lune, le général Rommel a rapidement contourné le flanc britannique avec 3 divisions allemandes et les 2 divisions blindées italiennes, pendant que les 4 divisions italiennes non motorisées « faisaient des grimaces » aux défenseurs de la ligne de Gazala.

Bien que le mouvement tournant du général Rommel -avec plus de 10000 véhicules- ait été repéré avant la tombée de la nuit et à nouveau au lever du jour, alors qu’il contournait Bir Hakeim, les responsables britanniques croyaient toujours que l’attaque principale allemande aurait lieu au centre, conformément à leur attente.

Des véhicules de la 21ème Panzer Division en Libye

Les brigades blindées britanniques furent lentes à se déplacer et arrivèrent au combat en ordre dispersé, tandis que les deux brigades motorisées du flanc Sud étaient disloquées alors qu’elles étaient séparées et sans appui. Le QG de la 7ème division blindée a été envahi et son chef fut capturé par les Allemands, bien qu’il ait réussi à s’évader par la suite.

Malgré ce premier succès, le général Rommel n’a pas réussi à percer jusqu’à la mer et à isoler de ce fait les divisions de la ligne de Gazala, ainsi qu’il avait espéré le faire. Ses divisions de Panzer se sont retrouvées confrontées aux tanks Grant avec leur canon de 75 mm d’une portée supérieure au canon des tanks allemands. L’avance allemande a été stoppée jusqu’à l’arrivée de canons antichars. Pendant qu’on mettait ces canons en batterie, les tanks allemands ont contourné les blindés britanniques.

Néanmoins, à la tombée de la nuit, les divisions de Panzer n’avaient progressé que de 5 kilomètres au Nord de la Trigh Capuzzo, au prix de lourdes pertes. Elles se trouvaient encore à plus de 30 kilomètres de la mer.

Le second jour, un nouvel effort n’a abouti à aucune avance notable, entraînant de nouvelles pertes. A la tombée de la nuit, les Allemands n’avaient plus aucun espoir de remporter une victoire rapide. Leur situation était rendue plus périlleuse par le long détour que les colonnes de ravitaillement devaient faire autour de Bir Hakeim, sous la menace permanente d’une interception des blindés ou de l’aviation britanniques. L’Afrika Korps n’avait plus que 150 tanks en état de combattre, et les Italiens 90, alors que les Anglais en avaient encore 420.

Un M3 Grant britannique à la bataille de Gazala, en Libye, le 27 mai 1942

Après une nouvelle journée d’échecs, le général Rommel a ordonné à ses forces d’adopter une position défensive. Il se trouvait dans une situation précaire, au-delà de la ligne fortifiée de Gazala, séparé du reste de ses troupes par la garnison britannique et d’immenses ceintures de champs de mines. Cette position a été baptisée « le chaudron ».

Au cours des jours suivants, l’aviation britannique a fait pleuvoir un déluge de bombes sur « le chaudron », pendant que la 8ème armée l’attaquait sur le terrain. Mais les blindés britanniques étaient jetés dans la bataille par petits groupes, de sorte que les Allemands pouvaient affronter chacun de ces groupes avec une quantité juste suffisante de leurs propres tanks.

Le 1er juin 1942, tout en repoussant les attaques décousues des Britanniques, le général Rommel a enlevé le point fortifié de Sidi Mouftah, derrière lui, et il a ouvert un passage, à travers les champs de mines, pour son ravitaillement. Ce soir-là, il a envoyé un détachement de la division italienne Trieste attaquer le point fortifié de Bir Hakeim, où elle s’est trouvée confrontée à une défense vigoureuse.

Des soldats français à Bir Hakeim, en Libye, en 1942

Le 5 juin 1942, les Britanniques ont lancé une attaque de plus grande envergure contre la position du général Rommel. Mais elle a, elle aussi, été exécutée par petits groupes, alors que les Allemands avaient fortifié leur position. Ce soir-là, exploitant la confusion qui régnait chez les attaquants, le général Rommel a lancé une brusque riposte en tenailles, dispersant l’une des brigades de la 5ème division indienne, puis se refermant dans le dos d’une autre, qui a été anéantie le lendemain, ainsi que toute l’artillerie d’appui de la division. Pendant ce temps, les brigades blindées britanniques étaient tenues en respect. Le soir du 6 juin 1942, le nombre de tanks britanniques avait fondu de 400 à 170, par suite des pertes au combat et des pannes mécaniques.

Ensuite, le général Rommel est allé prendre personnellement le commandement des forces d’assaut contre Bir Hakeim. Ce n’est que le dixième jour qu’il a réussi à pénétrer dans la place. La plupart des Français ont réussi à s’esquiver à l’abri de l’obscurité.

Des soldats français après leur retraite de Bir Hakeim, en Libye, en 1942

Grâce à des renforts, les effectifs des brigades blindées britanniques avaient été reconstitués, jusqu’à un total de 330 tanks -plus du double de ce qui restait à l’Afrika Korps.

Le 11 juin 1942, le général Rommel a attaqué vers l’Est. Le 12 juin, dans l’après-midi, il avait encerclé deux brigades de tanks britanniques, dont seuls quelques lambeaux ont réussi à s’échapper. La 3ème brigade britannique a subi de lourdes pertes en venant à la rescousse des deux autres.

Le 13 juin 1942, le général Rommel a envoyé l’Afrika Korps vers le Nord, chassant les Britanniques du point fortifié « Knightsbridge », tout en harcelant leurs tanks restants. A la tombée de la nuit, il en restait à peine une centaine.

Le 14 juin 1942, l’Afrika Korps a poursuivi vers le Nord, via Acroma, en direction de la route côtière, menaçant d’isoler et d’encercler les 2 divisions de la ligne Gazala. Des champs de mines ont retardé l’Afrika Korps jusque tard dans l’après-midi. Les Allemands étaient tellement fatigués qu’ils se sont endormis à l’endroit où ils se trouvaient à la tombée de la nuit, au lieu de poursuivre jusqu’à la route côtière. Ainsi, pendant toute la nuit, les convois motorisés des troupes Sud-Africaines ont pu retraiter vers l’Est, jusqu’à la frontière égyptienne. Seule une partie de l’arrière-garde a été isolée quand, le lendemain matin, les Panzer se sont précipités vers la mer. La 50ème division britannique, pour s’échapper, a dû traverser le front italien, passer par l’Ouest, et faire un long circuit, d’abord vers le Sud, puis vers l’Est, jusqu’à la frontière égyptienne.

La chute de Tobrouk

Le 15 juin 1942, après avoir atteint la côte, l’Afrika Korps s’est tourné vers l’Est. Les Panzer ont contourné Tobrouk et se sont emparés des aérodromes de Gambout, à l’Est du port. De là, l’Afrika Korps s’est à nouveau retourné, déclenchant une attaque contre Tobrouk. Comme ils avaient vu les Panzer se diriger précédemment vers l’Est, les Britanniques de Tobrouk ne s’attendaient pas à une attaque et ne s’y étaient pas préparés.

Un canon allemand de 88 mm déployé à Bir Al-Hakim, près de Tobrouk, en Libye, en juin 1942

Le 20 juin 1942, précédés par une attaque de bombardiers en piqué et un déluge d’artillerie, puis par un assaut d’infanterie, les Panzer ont pénétré dans Tobrouk. Le 21 juin au matin, le commandant de la garnison britannique a capitulé avec 35000 hommes.

Des prisonniers alliés capturés à Tobrouk, en Libye, en 1942

Erwin Rommel et Fritz Bayerlein à Tobrouk, en Libye, en juin 1942

La prise de Tobrouk a entraîné la retraite précipitée des Britanniques jusqu’en Egypte, avec l’Afrika Korps sur leurs talons. Erwin Rommel a été promu maréchal par Adolf Hitler. Le 23 juin, quand les Allemands ont atteint la frontière égyptienne, il ne leur restait que 44 tanks en état de marche. Les Italiens n’avaient plus que 14 tanks. Les Britanniques avaient encore trois fois plus de tanks que l’Afrika Korps, mais ils atteignirent les défenses de Marsa Matrouh dans un état de complète désorganisation. On ne distinguait plus une seule unité homogène.

Le 25 juin 1942, le général Auchinleck a pris personnellement le commandement de la 8ème armée britannique et a décidé de préparer une bataille dans la région d’El Alamein, en retrait de la frontière égyptienne. Cette position comprenait quatre points fortifiés disposés entre la côte méditerranéenne et les bords escarpés de la dépression d’El Kattara, dont les marécages salés et les sables mous limitaient les possibilités d’un éventuel contournement allemand.

Claude Auchinleck

La chute de Marsa Matrouh

A Marsa Matrouh, la défense britannique était assurée par deux corps d’armée séparés par un espace d’une quinzaine de kilomètres protégé par une ceinture de champs de mines. Ayant reçu des renforts, les Britanniques disposaient de 160 tanks, tandis que l’Afrika Korps en avait à peine 60 et une poignée de tanks italiens. A cela s’ajoutaient 3 divisions allemandes totalisant à peine 2500 hommes, et 6 divisions italiennes totalisant 6000 hommes.

Dans l’après-midi du 26 juin 1942, le maréchal Rommel a eu l’audace de passer à l’attaque. Les 3 divisions allemandes avançaient en tête. Deux d’entre elles étaient arrivées devant le champ de mines, entre les deux corps d’armée britanniques. A minuit, l’une de ces divisions avait franchi la partie la plus étroite du champ de mines, l’avait dépassée de 20 kilomètres, et s’est dirigée vers la route côtière, qu’elle devait atteindre le lendemain soir, barrant la route directe de Marsa Matrouh.

Le 27 juin 1942, à l’aube, la 21ème division de Panzer avait à son tour franchi la ceinture de mines. Elle progressa de 35 kilomètres de profondeur puis, à Minkar Kaim, elle s’est retournée contre les arrières d’une division néo-zélandaise, dispersant une partie des véhicules de transport avant d’être arrêtée. Cette percée, menaçant la ligne de retraite britannique, a déclenché leur repli général en direction d’El Alamein, mais l’Afrika Korps a fait 6000 prisonniers.

Des dépôts de ravitaillement alliés sont incendiés à Mersa Matruh, en Egypte, en juin 1942

Le 28 juin 1942, au soir, l’avant-garde des Panzer atteignait la route côtière à Fouka et, le lendemain, elle encerclait quelques colonnes britanniques qui s’étaient échappées de Marsa Matrouh.

Le 30 juin 1942, l’Afrika Korps est venu se placer juste en face de la ligne d’El Alamein, en attendant l’arrivée des Italiens.

En Egypte, la nouvelle de l’arrivée de l’Afrika Korps devant El Alamein a déclenché une sorte de panique. La flotte britannique, quittant Alexandrie, s’est réfugiée en mer Rouge. Dans les quartiers généraux du Caire, on brûlait les archives en toute hâte. La population a pensé que les Britanniques s’enfuyaient d’Egypte et les gares ont été assiégées par une foule de fuyards.

Première bataille d’El Alamein

Le maréchal Rommel avait prévu de lancer une attaque dans le secteur de Deir el Shein, suivie d’un crochet vers le Nord, pour effectuer une percée entre El Alamein et Bab el Kattara. Mais, à l’insu du maréchal Rommel, les Britanniques avaient fortifié Deir el Shein.

Le 1er juillet 1942, quand l’Afrika Korps a attaqué, il s’est heurté à la défense imprévue de Deir el Shein et n’a réussi à s’en emparer que dans la soirée. Les blindés britanniques sont arrivés trop tard pour sauver la position fortifiée, mais leur apparition a empêché l’Afrika Korps de poursuivre son avance. Le maréchal Rommel a donné l’ordre de continuer au clair de lune, mais les avions britanniques ont profité de ce clair de lune pour bombarder et disperser les colonnes allemandes de ravitaillement.

Le 2 juillet 1942, l’Afrika Korps a poursuivi ses attaques avec des troupes mortes de fatigue et moins de 40 tanks. Dans l’après-midi, l’Afrika Korps était arrêté par deux importantes formations blindées britanniques, dont l’une lui barrait la route tandis que l’autre contournait son flanc. Le 3 juillet, il ne restait, à l’Afrika Korps, que 26 tanks en état de combattre. Ce jour-là, une contre-attaque menée par le 19ème bataillon néo-zélandais a permis de s’emparer de la quasi totalité de l’artillerie de la division italienne Ariette, et le reste des troupes italiennes s’est enfui, pris de panique.

Le 4 juillet 1942, le maréchal Rommel a dû suspendre son offensive, afin de laisser souffler ses troupes. Les Britanniques en ont profité pour amener de nouveaux renforts sur le front. Le général Auchinleck voulait lancer une nouvelle attaque enveloppante contre les Panzer, mais les Allemands ont intercepté un message radio britannique. Le maréchal Rommel a fait reculer ses tanks. Là où le général Auchinleck aurait voulu une poursuite déterminée, ses subordonnés se sont contentés d’avancer avec la plus grande prudence, laissant toujours à leurs adversaires allemands le temps de s’esquiver. Le maréchal Rommel avait l’habitude de préparer des pièges, avec des champs de mines et des canons antichars, où il entraînait les tanks britanniques qui poursuivaient ses Panzer. Ces pièges étaient devenus la hantise des Britanniques et les avaient rendus extrêmement prudents quand ils menaient une offensive. La bataille s’est achevée sur un match nul. Dans les deux camps, les soldats étaient épuisés.

Une position défensive britannique à El-Alamein, en Egypte, en juillet 1942

Suite dans La guerre du désert en 1942 (2ème partie)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source