retour article original

vendredi 24 février 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse L’affaire Banque cantonale de Genève (BCGe)
Tribune de Genève, 14 juillet 2011

Corruption : Fin des plaidoiries dans le procès de la Banque cantonale de Genève

par Catherine FOCAS


Après dix ans de feuilleton judiciaire, le procès de la Banque Cantonale de Genève (BCGe) s’est achevé, mercredi 13 juillet 2011, par une demande d’acquittement général plaidée par Me Alec Reymond, conseil de l’un des ex-réviseurs de la banque. Hommage aux trois magistrats du Tribunal correctionnel : « Vous avez rendu à la justice une forme de dignité ». Le verdict sera prononcé, le 22 juillet, à 14 h00, dans cette même salle où se sont tenus deux procès dans cette affaire. Le premier avait été interrompu, en novembre 2010, après de multiples rebondissements qui ont fait le tour de la Suisse. Le second, qui a commencé le 16 mai 2011, a été mené jusqu’à son terme. En grande partie grâce au juge Verniory, magistrat affable mais insubmersible, sur lequel toutes les piques semblent s’émousser. Le jugement qu’il rendra dans huit de jours signera-t-il pour autant l’épilogue de l’affaire de la décennie ? Rien n’est moins sûr. En cas de condamnation, il y a bien des chances que la défense fasse appel. Et nous assisterons alors à la Banque Cantonale de Genève, saison 3.


Suisse

Mercredi 13 juillet 2011, Me Reymond a exhorté le tribunal à ne pas se laisser impressionner par l’opinion publique : « Dans quelques jours, lorsque vous prononcerez un acquittement, vous serez critiqués par les blogueurs et par le peuple. On parlera de justice de notables. Car, dans la rue, on croit encore que ces cinq-là ont piqué dans la caisse et se sont comportés de manière éhontée. » L’avocat s’est élevé contre l’argument du procureur général, selon lequel les cinq prévenus ne sont qu’« une fine équipe qui complote dans l’ombre pour briser les tables de Moïse ». Selon lui, cette interminable procédure est un « naufrage judiciaire », un « monstre protéiforme » et l’accusation au final « un bateau qui prend l’eau ». Rien de précis dans le réquisitoire de Daniel Zappelli : « Une justice de Prisunic, une volonté de condamner à tout prix, fût-ce celui de l’injustice. » Et d’ironiser sur les deux ex-réviseurs « pères de famille tranquilles » qui, un beau jour, en se rasant, auraient décidé de réorienter une carrière un peu trop lisse en devenant « faussaires et criminels ». Dans la foulée, ils auraient proposé à leurs copains Dominique Ducret, Marc Fues et René Curti de faire partie de leur « bande ». Mobile ? Aucun. « Les réviseurs font des faux gratis. C’est vraiment du grand art ! » Il demande bien entendu leur acquittement, tout comme Me Isabelle Bühler. Docte et sage, elle décortique les directives de la Commission fédérale des banques et celles des manuels de révision disponibles à l’époque des faits, pour conclure qu’il n’y en avait en fait aucune ou très peu en matière de risques et de provisions. Comment dès lors condamner les prévenus ? Ce dernier argument suffira-t-il pour obtenir un acquittement ? Verdict dans huit jours.

Catherine FOCAS

AUTEURS 

  • Catherine FOCAS

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source