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Le Figaro, 21 juillet 2011

Corruption : Les liens incestueux entre Rupert Murdoch et Scotland Yard

par Charlotte KAN


John Yates

« Un catalogue d’échecs. » Voilà comment le rapport parlementaire sur le scandale des écoutes téléphoniques qualifie l’enquête initiale de Scotland Yard. Un rapport qui accable les plus hauts responsables de l’institution, en commençant par son chef, sir Paul Stephenson. Celui-ci a démissionné, dimanche 17 juillet 2011, de la Metropolitan Police (Met), le nom officiel de Scotland Yard.


Grande-Bretagne

Ce qui choque surtout les membres de la commission chargée de produire ce rapport, c’est le manque de pugnacité des policiers chargés de la première enquête, en 2006. Le personnel de News International s’était alors montré si peu coopératif que la filiale britannique du groupe de Rupert Murdoch est suspectée d’obstruction. Une attitude qui aurait dû sonner l’alarme à Scotland Yard. Mais au lieu de l’intensifier, l’enquête a été abandonnée, note le rapport. Pourquoi un tel laxisme ? Lors de l’audition parlementaire du commissaire Stephenson, mardi 19 juillet 2011, une étonnante révélation apporte peut-être un élément d’explication : dix employés actuels du service des relations presse et communication de Scotland Yard sont des anciens de News International. L’ex-numéro deux de Scotland Yard, John Yates, qui a démissionné un jour après son supérieur, est ainsi sous le coup d’une enquête interne pour déterminer s’il a aidé la fille de Neil Wallis à obtenir un poste au sein de l’organisation. Devant les parlementaires, mercredi 20 juillet, il a tenté de se justifier : il n’a fait qu’envoyer un mail avec son CV au service des relations humaines. Sauf que Neil Wallis, l’ancien rédacteur en chef adjoint de News of the World, a ensuite travaillé pour Scotland Yard. Il a été arrêté, la semaine dernière, dans le cadre de la nouvelle enquête.

Andy Hayman

Le rapport parlementaire fustige aussi Andy Hayman, numéro trois et chef de la division antiterrorisme de Scotland Yard, en charge de la première enquête bâclée. Selon le rapport, M. Hayman n’aurait pas dû aller travailler comme chroniqueur au Times, journal du groupe News International, deux mois après avoir quitté la police. Décrit comme étant « plus un Clouseau qu’un Columbo » par un député britannique, le commissaire Hayman s’est justifié en expliquant que le journalisme était un « rêve de gosse ». Autre membre de Scotland Yard sur la sellette : Dick Fedorcio. Le directeur de la communication de la Metropolitan Police est vivement critiqué pour avoir recruté Neil Wallis en 2009. En tout, ce sont cinq haut gradés de la Metropolitan Police qui font aujourd’hui l’objet d’une enquête interne.

Dick Fedorcio

Ce que le rapport parlementaire déplore plus que tout, c’est que parmi les milliers de victimes potentielles des écoutes, « peut-être jusqu’à 12800 », seulement 170 ont été informées. Au rythme où progresse l’opération « Weeting », le nom de l’enquête en cours sur les écoutes, il faudra des années pour qu’elles le soient toutes. Un délai qui pourrait sérieusement compromettre le démarrage de la commission indépendante sur les écoutes frauduleuses promise par le premier ministre. Lui-même doit se justifier d’avoir recruté son ami Andy Coulson comme conseiller en communication. En janvier 2011, l’ancien rédacteur en chef de News of the World avait dû quitter son poste auprès de David Cameron à cause de suspicions sur son rôle présumé dans les écoutes. Andy Coulson a été arrêté au début du mois. Autre révélation gênante pour David Cameron : Neill Wallis, que l’on retrouve décidément partout, a également travaillé pour le Parti conservateur juste avant les élections générales de 2010. Il aurait prodigué ses conseils en communication à Andy Coulson, son ancien patron au tabloïd défunt. Même Ed Llewellyn, le directeur du personnel du premier ministre, se retrouve dans l’embarras. Le commissaire John Yates a en effet affirmé qu’Ed Llewellyn lui avait demandé de ne pas dire au premier ministre que Neil Wallis était incriminé dans le scandale des écoutes. Selon M. Yates, plusieurs dirigeants de News International devraient être licenciés pour avoir tenté de « couvrir » leurs pratiques frauduleuses. Jouant les oracles, il prédit aussi qu’un certain nombre d’officiers de police iront en prison pour « corruption », au terme de l’enquête sur de possibles échanges d’argent entre policiers et journalistes.

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Neil Wallis

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source