La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) que préside la Tunisienne Souhayr Belhassen a publié, mercredi 20 juillet 2011, son premier rapport sur la situation des droits de l’homme dans la Tunisie post Ben Ali. Celui-ci est le résultat d’une mission qui s’est déroulée au mois de mai dans le pays, en coordination avec la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT).
Si la Fédération internationale des droits de l’homme se félicite de la "volonté manifeste" des autorités "d’entamer un dialogue constructif avec la société civile", elle n’en dénonce pas moins la persistance "de pratiques issues du passé" qui "résultent de décisions prises en haut lieu" dans le domaine du maintien de l’ordre. Il s’agit essentiellement de la répression des manifestations de rue, dont certaines ont donné lieu à une réaction particulièrement musclée des forces de l’ordre, de détentions "arbitraires" de manifestants, ainsi que de violences exercées sur ces détenus.
Les manifestations sporadiques n’ont pratiquement jamais cessé en Tunisie. Ces derniers temps, il s’agit souvent d’attaques de commissariats par de petits groupes qui appartiennent soit à l’extrême gauche soit à la mouvance salafiste, qui cherchent visiblement, par ces provocations, à empêcher le processus démocratique de suivre son cours en déstabilisent le pays avant les élections du 23 octobre 2011. La Fédération internationale des droits de l’homme reconnaît dans son rapport que "certaines manifestations se sont soldées par des actes criminels effectués par des casseurs". Elle estime cependant que cet argument "ne peut en aucun cas expliquer ou justifier l’usage disproportionné de la force". Ce rapport met surtout en évidence une réalité : les forces de police tunisiennes n’ont jamais été formées à la gestion des manifestations et des troubles à l’ordre public. Elles devront l’être, mais il s’agit d’une oeuvre de longue haleine. Un premier séminaire sur la réforme de la police a été organisé à Tunis, le 16 mai, par le Conseil national pour les libertés en Tunisie et la Coalition de la société civile tunisienne avec le soutien de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Il rassemblait des responsables du ministère de l’intérieur-dont le ministre- ainsi que de représentants de la société civile tunisienne et des experts internationaux. Mais, dans ce domaine comme dans bien d’autres, les vraies décisions ne pourront être prises qu’après le 23 octobre, lorsque la Tunisie aura un gouvernement issu des urnes.
Dominique LAGARDE
AUTEURS