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vendredi 23 juin 2017
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Rue 89, 22 juillet 2011

Corruption : Les révélations qui embarrassent l’Elysée

par Augustin SCALBERT


Un sous-marin Agosta 90B semblable à ceux qui devaient être vendus au Pakistan

Mediapart dévoile les liens entre le marchand d’armes de l’affaire Karachi et la droite au pouvoir, notamment Jean-François Copé et Brice Hortefeux.


Pakistan

Pendant que le reste de la presse égrène ses feuilletons d’été « siesteux », Mediapart sort l’artillerie lourde : depuis dix jours, les révélations du site sur les liens de Nicolas Sarkozy et ses proches avec le sulfureux homme d’affaires Ziad Takieddine jettent un froid glacial chez Jean-François Copé, Brice Hortefeux et à l’Elysée. Nos confrères ont baptisé leur feuilleton « Les documents Takieddine », du nom de ce Franco-Libanais déjà connu comme principal suspect dans le volet financier de l’affaire de l’attentat de Karachi. Documents et photos à l’appui, Mediapart nous apprend que le millionnaire Ziad Takieddine ne paie pas d’impôt en France, qu’il a offert des vacances aux deux dignitaires de l’UMP cités plus haut, que le ministère de l’Intérieur lui avait garanti, à l’époque où Nicolas Sarkozy détenait ce portefeuille, 350 millions d’euros de commission dans un contrat d’armement, ou encore que Ziad Takieddine a effectué pour près de 12 millions d’euros de mystérieux « paiements secrets » entre 2003 et 2008. Mais le plus grand mystère de cette histoire, c’est qu’elle n’intéresse que très peu le reste de la presse.

Nicolas Sarkozy

Le deuxième volet de l’enquête de Mediapart est le seul à avoir un peu ému les médias, surtout depuis que l’opposition socialiste s’en est saisie. Selon les documents qu’a obtenus le site, ce citoyen franco-libanais exerçant la lucrative profession d’intermédiaire dans les marchés d’armement possède en France un patrimoine de plus de 40 millions d’euros : appartement dans le 16e arrondissement parisien (12 millions), villas et appartement au cap d’Antibes (16 millions au total), etc. Il a aussi touché, par son travail, des dizaines de millions d’euros de commissions. Pourtant, Ziad Takieddine ne paie ici ni impôt sur le revenu, ni impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a demandé à la ministre du Budget, Valérie Pécresse, des « éclaircissements » sur cette situation, alors que le président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée, Jérôme Cahuzac, a annoncé qu’il comptait exercer son « pouvoir de contrôle ». Les principaux dignitaires de la droite sarkozyste n’ignorent pourtant rien du patrimoine de Ziad Takieddine. Au moins quatre proches de Nicolas Sarkozy ont pu en mesurer le luxe et la valeur, à vue de nez : le patron de l’UMP, Jean-François Copé, le conseiller de l’Elysée et ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, Pierre Charon, conseiller plus ou moins officieux du président de la République, et Thierry Gaubert, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy dont le domicile a été perquisitionné, début juillet 2011, dans l’enquête sur l’affaire Karachi. Si Pierre Charon n’a touché que 110,13 euros de Ziad Takieddine, les autres, ainsi que l’homme d’affaires Dominique Desseigne (autre ami de Nicolas Sarkozy et propriétaire du Fouquet’s), ont plusieurs fois été invités en vacances chez lui. Mediapart publie de nombreuses photos d’eux sur le yacht de Ziad Takieddine, dans la villa de Ziad Takieddine, etc. Brice Hortefeux dit avoir été « une fois ou deux chez lui », quand il n’était « pas au gouvernement ». Jean-François Copé, lui, parle de « relations strictement amicales, sans aucun lien » avec ses « activités électives ou ministérielles ». A l’époque pourtant, dans la première moitié des années 2000, au ministère de l’Intérieur, Brice Hortefeux était chargé, avec Claude Guéant, de négocier le juteux contrat « Miksa » (7 milliards d’euros) sur la surveillance des frontières de l’Arabie saoudite, au nom d’une société dépendant du ministère, Civipol Conseil. L’intermédiaire entre le ministère et la pétro-monarchie ? Ziad Takieddine. L’ex-chiraquien Jean-François Copé, lui, a occupé pendant cette période divers postes ministériels stratégiques, dont le Budget et un secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur. Selon Mediapart : « [Ziad Takieddine a] pris en charge, via la société Translebanon, les voyages de Jean-François Copé et de son épouse à Londres puis à Venise, en octobre 2004. Et encore une fois à Londres, en octobre 2005. En octobre 2003, il fait aussi visiter le Liban à celui qui est alors secrétaire d’Etat des Relations avec le Parlement […]. A la date du 7 avril 2004, un “avoir de la famille Copé” s’élevant à 19050 euros [figure] dans les comptes de l’intermédiaire. »

Jean-François Copé

Début 2004, l’Elysée de Jacques Chirac interrompt les négociations pour le contrat Miksa menées par la place Beauvau de Nicolas Sarkozy : les chiraquiens craignent que les sarkozystes s’en servent pour financer leur camp. Avec force documents, Mediapart détaille toutes les négociations secrètes menées, entre 2002 et 2004, par Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine. Le site révèle aussi un projet de contrat, signé, en 2003, entre la Civipol, qui dépendait de Nicolas Sarkozy, et une société off-shore de Gibraltar que nos confrères présentent comme émanant de Ziad Takieddine. Il y est prévu que l’intermédiaire franco-libanais touche 5 % du contrat, soit 350 millions d’euros. Mais Chirac prive son ministre de Miksa. Peu après, en avril 2004, Ziad Takieddine est victime d’un mystérieux accident de voiture, alors qu’il est en vacances à l’île Moustique, et tombe dans le coma. Mediapart révèle qu’il a été littéralement sauvé par Thierry Gaubert et Jean-François Copé, qui l’ont fait soigner puis rapatrier. Début 2010, Ziad Takieddine disait, dans Le JDD, avoir été victime d’une tentative d’assassinat. Mediapart relève qu’il est « peu explicite » sur les supposés commanditaires. Un peu plus loin, il accuse Dominique de Villepin et Jacques Chirac d’avoir « fait que la France passe aujourd’hui pour un des pays les plus corrompus au monde »… Miksa, le « contrat du siècle », a finalement été partiellement remporté par EADS en 2009.

Brice Hortefeux

Au milieu des années 1990, les mêmes acteurs sont réunis, mais la pièce est différente. Vainqueur de la guerre fratricide à droite contre Edouard Balladur, Jacques Chirac interrompt, en 1996, deux autres contrats d’armement signés grâce à Takieddine. Pour la même raison : il ne veut pas que les balladuriens (bientôt mués en sarkozystes) se constituent un trésor de guerre. Ces contrats sont ceux des sous-marins de Karachi et de frégates vendues à l’Arabie saoudite (le contrat Sawari 2, de 28 milliards de francs). Ziad Takieddine, qui veut obtenir salaire pour son travail, finit par toucher 130 millions de dollars de compensation pour les frégates. Nos confrères retracent le destin d’une partie de ces fonds. Et révèlent une rubrique tirée d’un « tableau analytique » des dépenses de Ziad Takieddine, très mystérieusement baptisée « paiement secrets ». Au total, 11863176 euros de 2003 à 2008. Avec des pointes autour de 4,5 millions en 2005 et 2006, années pré-électorales. Que sont devenus ces fonds ? Mystère.

Jacques Chirac

Ziad Takieddine, lui, voue Mediapart aux gémonies : « Qu’est-ce que vous voulez ? Vous voulez abattre un président de la République ? Eh bien faites-le, à votre manière. Je n’ai rien à vous dire, sauf vous attaquer. Allez donc voir ce que Villepin a touché. Je suis un homme propre et vous êtes sale. Vous êtes une des saletés les plus performantes dans la saleté. » Finalement, son avocate a annoncé à Paris Match qu’il n’attaquera pas le site.

Augustin SCALBERT

Ziad Takieddine

Liens liés a l'article.Attentat du 8 mai 2002 à Karachi

AUTEURS 

  • Augustin SCALBERT

  • Corruption : Les révélations qui embarrassent l’Elysée

    22 juillet 2011   [retour au début des forums]

    Depuis les magouilles de feu Etienne Léandri et des services spéciaux français "La main rouge" plus rien ne saurait nous surprendre.

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