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Reuters, 24 juillet 2011

Egypte : Des milliers de manifestants marchent sur le ministère de la Défense

par Dina ZAYED, Tangi SALAUN et Jean-Loup FIEVET


Des soldats devant le ministère de la Défense, au Caire, le 23 juillet 2011

LE CAIRE (Reuters) - Des milliers d’Egyptiens ont marché, samedi 23 juillet 2011, dans le calme, sur le ministère de la Défense, au Caire, pour exiger de l’armée une accélération du processus de réformes, au lendemain de la dispersion par la force d’une manifestation à Alexandrie, ont rapporté des témoins. Quelques heures auparavant, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, président du Conseil suprême des forces armées (CSFA, au pouvoir depuis le renversement, le 11 février 2011, du président, Hosni Moubarak), a promis l’organisation d’élections pour faire de l’Egypte un pays démocratique.


Egypte

Des véhicules de l’armée bloquent le principal accès au ministère de la Défense, où siège le Conseil suprême des forces armées, et des gendarmes armés de Tasers et de matraques sont déployés pour faire face aux manifestants. Le maréchal Tantaoui a quitté son ministère avant l’arrivée des manifestants. "Le peuple veut le départ du maréchal Tantaoui", scandaient des manifestants en se dirigeant sur le ministère de la Défense tout en paralysant la circulation. "Si on ne nous laisse pas passer, nous resterons jusqu’à ce qu’ils perdent patience", a prévenu un manifestant. Les gendarmes ont, par la suite, procédé à des tirs de semonce en l’air, après des incidents entre radicaux et partisans du régime devant le ministère de la Défense, ont rapporté des témoins. Un journaliste de l’agence Reuters a compté une quinzaine de salves de coups de feu, semble-t-il, à blanc. On dénombre plusieurs blessés, dont au moins trois enfants apparemment touchés par des jets de pierres. Les jeunes Egyptiens qui campent depuis deux semaines sur la place Tahrir ont juré de rester jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

Des manifestants, au Caire, le 23 juillet 2011

Vendredi 22 juillet 2011, des violences ont éclaté, dans plusieurs villes du pays, entre gendarmes et manifestants, faisant quatorze blessés, dont quatre parmi les forces de l’ordre. A la veille du 23 juillet, la gendarmerie a tiré en l’air et battu des manifestants qui bloquaient une rue d’Alexandrie, selon des témoins. Un autre accrochage dans la ville portuaire de Suez a alimenté la colère des jeunes révolutionnaires. Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le Conseil suprême des forces armées a nié avoir utilisé la force et accusé le Mouvement du 6-Avril, un des groupes qui avaient appelé au soulèvement contre Hosni Moubarak, de chercher à semer la division entre l’armée et le peuple. Le Mouvement du 6-Avril a dénoncé des "allégations mensongères" et promis de "ne pas se laisser intimider". "Nous serons les derniers à quitter Tahrir, soit vivants et la tête haute, après avoir obtenu triomphalement la réalisation des demandes du peuple égyptien, soit en martyrs pour le bien de Dieu et du pays", a ajouté le groupe. Les jeunes révolutionnaires sont rassemblés, depuis le 8 juillet, sur la place Tahrir, au Caire, pour demander une rupture plus rapide et plus complète avec l’ancien régime. Ils n’ont pas été satisfaits par le remaniement du gouvernement annoncé jeudi 21 juillet, jugeant celui-ci insuffisant, en raison notamment du maintien de ministres contestés, comme ceux de l’Intérieur et de la Justice. Pour quitter Tahrir, ils réclament également le transfert d’une partie des pouvoirs de l’armée au gouvernement de transition, l’abandon des tribunaux militaires pour juger les manifestants, le jugement rapide des responsables du régime Moubarak et des policiers accusés d’avoir tiré sur les manifestants pendant la révolution, ou encore la hausse du salaire minimum.

Des manifestants lancent des pierres contre des hommes armés de bâtons et de couteaux qui les agressaient, au Caire, le 23 juillet 2011

Dans son discours télévisé prononcé à l’occasion de la Fête de l’armée qui commémore le renversement, en 1952, du roi Farouk par les "officiers libres" emmenés par Gamal Abdel Nasser, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui a souligné que son mandat était de faciliter l’avènement d’un gouvernement élu en Egypte. "Nous sommes attachés à faire de l’Egypte un Etat civil moderne", a-t-il dit lors de ce discours, son premier à la nation depuis la chute de Hosni Moubarak. "Nous irons de l’avant pour consolider la démocratie en garantissant les libertés et les droits des citoyens par le biais d’élections libres et équitables". Mohamed Hussein Tantaoui, qui a été deux décennies durant le ministre de la Défense du "raïs" déchu, n’a pas avancé de réponses particulières aux revendications des révolutionnaires.

Dina ZAYED, Tangi SALAUN et Jean-Loup FIEVET

Des manifestants lancent des pierres contre des hommes armés de bâtons et de couteaux qui les agressaient, au Caire, le 23 juillet 2011

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 23 juillet 2011

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  • Dina ZAYED, Tangi SALAUN et Jean-Loup FIEVET

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