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vendredi 26 mai 2017
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Aujourd’hui l’Inde, 2 août 2011

Corruption : Anna Hazare relance sa croisade

par Jeanne LECLERCQ


Un portrait d’Anna Hazare dans un restaurant du village de Ralegan Siddhi

Le gouvernement indien a rendu sa copie en matière de lutte contre la corruption. La proposition de loi, qui sera examinée cette semaine au parlement et qui prévoit la création d’une commission anti-corruption, essuie déjà les critiques des militants, avec en tête Anna Hazare, le vieux militant gandhien devenu le symbole de la lutte pour une administration propre.


India

Anna Hazare se dit déçu, et surtout très en colère. Le militant gandhien avait réussi, au mois d’avril 2011, à mobiliser plusieurs dizaines de milliers de personnes, en entamant une grève de la faim pour dénoncer la corruption en Inde. Il a fait part, jeudi 28 juillet, de son mécontentement face à la proposition de loi rendue publique par le gouvernement. Pourtant calqué sur ses revendications, le projet manque selon lui d’envergure. L’activiste a menacé de reprendre sa grève de la faim, si le texte n’est pas modifié. Comme prévu lors de l’accord passé entre Anna Hazare et le gouvernement en avril, la loi doit pourtant bien présider à la création d’un « Lokpal », une sorte de bureau de médiation composé de membres éminents de la société civile, auprès desquels les citoyens pourront signaler les cas de corruption qu’ils rencontrent. Le « Lokpal » aura alors tout pouvoir pour enquêter, et demander des comptes aux membres du gouvernement ou de l’administration mis en cause. Dans l’idée, le projet du gouvernement se conforme donc bien aux exigences des militants. Mais en réalité, selon Anna Hazare, le dispositif tel qu’il est prévu n’aura aucun effet.

Anna Hazare

C’est la faible étendue du projet qui a provoqué la fureur du gandhien et des militants anticorruption. Selon la future loi, en effet, seuls les ministres et les membres du parlement devront rendre des comptes à la commission. Le Premier ministre, les juges de la cour suprême seront exclus du dispositif pendant la durée de leur mandat et les fonctionnaires seront également épargnés. Une absurdité, selon Anna Hazare, qui a déclaré au Times of India : « Nous voulons que tous les membres du gouvernement, du plus bas au plus haut niveau, soient concernés. Nous avons pu constater que les élus sont main dans la main avec les agents administratifs quand il s’agit de corruption. Si les bureaucrates ne tombent pas sous la juridiction du Lokpal, il n’y aura aucun contrôle sur les élus. Quel est l’intérêt d’avoir un dispositif aussi fragile ? Autant ne rien avoir du tout. » Anna Hazare a fait part de sa détermination sans faille à obtenir des mesures concrètes pour mettre fin à la corruption : « Le peuple de ce pays est convaincu de la nécessité d’un Lokpal efficace, et il me soutiendra. A présent il n’y aura aucun retour en arrière possible et je continuerai mon combat jusqu’à mon dernier souffle. » De quoi donner des sueurs froides au gouvernement de Manmohan Singh, qui devant l’ampleur du mouvement de soutien qui avait entouré Anna Hazare, en avril, n’avait mis que quatre jours à accéder à sa demande -la militante Manipuri Irom Sharmila poursuit, quant à elle, une spectaculaire grève de la faim depuis dix ans, sans effet.

Manmohan Singh

La corruption est désormais regardée comme le principal danger pour la croissance du sous-continent. Le Premier ministre a déjà essuyé un énorme scandale en la matière, qui a entraîné la démission de deux ministres. Son mandat est bien entaché d’accusations de frilosité, voire de complaisance envers la corruption. Une action forte et claire lui permettrait de regagner la confiance d’Indiens excédés par l’omniprésence de ce fléau, à tous les niveaux de la société.

Jeanne LECLERCQ

Des écoliers prient dans le village de Ralegan Siddhi

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