retour article original

mardi 30 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales
Rue 89, 9 août 2011

Informations internationales : Pour les marchés, ce n’est qu’un début, continuons le combat !

par Sylvain GOUZ


Un vendeur de rue près du New York Stock Exchange

Il n’y a vraiment pas de quoi rire, ni même sourire. Cet été 2011 aura rendu visible ce que l’on pressentait depuis un moment : les marchés financiers, les détenteurs de capitaux pris dans leur globalité, ont pris le pouvoir sur le monde. Ne parlons plus de mondialisation mais de financiarisation généralisée. Autrement dit, désormais, il suffit qu’ils fassent les gros yeux pour que les gouvernements obéissent.


Vue du New York Stock Exchange

Plus récente illustration en date, l’objurgation adressée par la Banque centrale européenne (BCE) à Silvio Berlusconi d’avoir à raidir encore un peu plus son plan de rigueur et notamment de procéder à de nouvelles privatisations, et de réformer le marché du travail, on devine dans quel sens. Et pour quel noble motif ? Pour rassurer les marchés. Le message devait rester discret. Il a été révélé par le Corriere de la serra, et donc adressé au gouvernement de Silvio Berlusconi en contrepartie de la décision de la Banque centrale européenne de racheter des obligations du trésor italien. Il a été envoyé, avec l’approbation implicite de Sarkozy et de Merkel, qui d’un commun accord, ont appuyé publiquement, dimanche, les initiatives de la Banque centrale européenne. Pour quelle belle raison ? pour rassurer les marchés. Certes, Silvio Berlusconi n’est pas un ange et son avenir à la tête du gouvernement italien fait partie des incertitudes pesant sur l’avenir de l’économie italienne. Mais pour le coup, on est tenté de se dire qu’après tout il a été porté à son poste par des élections démocratiques, ce qui est loin d’être le cas de Jean-Claude Trichet, l’actuel président de la Banque centrale européenne ou de Mario Monti son successeur désigné qui auraient cosigné le message au gouvernement italien. Nul doute que des « préconisations » de politique économique du même acabit ont été faites à l’adresse du gouvernement espagnol. A qui le tour ?

Vue du New York Stock Exchange

Rassurer les marchés. On n’en finit pas d’entendre cette rengaine. Mais les marchés n’ont nul besoin d’être rassurés. Tout juste ont-ils en tête de faire fructifier les capitaux des opérateurs qui s’y trouvent. Et plus les gouvernements et les institutions qu’ils ont créées comme la Banque centrale européenne, font des pas pour les « rassurer », plus ces opérateurs les contraignent à en faire de nouveaux. Et c’est ainsi que les pays membres de la zone euros sont poussés à la roue pour en faire toujours plus. Déjà l’accord « historique » de Bruxelles, conclu voici à peine deux semaines, doit être remis en chantier. Dans la foulée des agences de notation qui dégradent à tout va, les bourses, partout dans le monde, baissent depuis quelques jours, avec peu de transactions il est vrai, vacances obligent. Ce n’est qu’un signal adressé aux gouvernants : « Nous voulons davantage de rigueur. Toujours plus d’austérité budgétaire. Encore des privatisations ». Les marchés boursiers ne sont pas là pour indiquer des tendances ou pour prédire l’avenir. Ils n’ont pas d’états d’âme. Leur fonction, dans le droit fil du capitalisme libéral, est de faire fructifier les capitaux qui leur sont confiés. « Les arbres ne descendent jamais jusqu’au sol » dit-on volontiers dans les milieux boursiers. Manière de se dire qu’après la pluie, le beau temps… les beaux jours de la cote reviendront. L’ennui c’est que les opérateurs de ces marchés -notamment des marchés boursiers- raisonnent souvent faux. Car à force de prôner la rigueur, c’est la croissance -qui est en définitive leur vrai gagne-pain qu’ils risquent d’étrangler. Pourquoi ? Parce qu’à court terme, faire monter de quelques points les taux d’intérêts sur les emprunts des Etats endettés rapporte d’avantage. Toujours ce syndrome de la myopie qui condamne l’avenir au nom du lendemain immédiat.

Vue du New York Stock Exchange

Alors, face à ces forces quasi-téluriques manipulées par la finance mondiale, les gouvernements, y compris celui de l’hyper-puissance américaine, semblent ne concevoir d’autre choix que de se mettre au garde-à-vous et de renoncer ainsi peu ou prou à leur fonction qui est de gouverner pour le bien des citoyens qui les ont élus. De bricolage en bricolage, ces gouvernements se condamnent eux-mêmes à donner ainsi régulièrement au moloch financier sa ration de rentabilité à court terme. Jusqu’à quand cela peut-il durer ? Jusqu’où peuvent aller ces dénis de démocratie ? On peut imaginer différents scénarios. Celui de la contagion de l’indignation, de la Grèce à l’Espagne, de l’Espagne à l’Italie… Celui d’une prise de conscience des gouvernants pour qui, à un moment donné, « trop ce sera trop », mais on n’est guère parti pour. Celui d’un revirement de ces fameux marchés qui sauront jusqu’où ne pas aller, mais ne rêvons pas. Celui enfin d’un basculement général dans la récession. Les détenteurs de capitaux s’en mordront certes les doigts. Mais ce ne seront pas, tant s’en faut, les premières victimes.

Sylvain GOUZ

Vue du New York Stock Exchange

AUTEURS 

  • Sylvain GOUZ

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source