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Le Monde, 28 juin 2004

Etats-Unis : La CIA suspend l’utilisation de la torture

New York de notre correspondant

par Eric LESER


L’Agence centrale de renseignement (CIA) a décidé de ne plus utiliser pour le moment ses "techniques d’interrogatoires avancés" contre des membres d’Al-Qaida dans l’attente de nouvelles règles sur la légalité de ces pratiques par le ministère de la justice.

Cette décision, révélée, dimanche 27 juin 2004, par le Washington Post, ne concerne pas les prisons militaires, dont celle de Guantanamo Bay, à Cuba.


Les méthodes d’"interrogatoires avancés", pour reprendre l’expression de la CIA, consistent, entre autres, à faire suffoquer les détenus, ne pas leur donner de médicaments contre la douleur s’ils ont été blessés, leur infliger des bombardements sonores et lumineux, les priver de sommeil et leur faire croire qu’ils sont aux mains d’autres gouvernements.

Utiliser ces méthodes pour faire parler les dirigeants d’Al-Qaida avait déjà soulevé des réticences au sein de la CIA au moment de la guerre en Afghanistan. Les agents ne voulaient pas se retrouver devant des tribunaux américains pour avoir violé les lois. Ils ont obtenu une couverture juridique du gouvernement sous la forme d’un mémorandum du département de la justice en date du 1er août 2002, rendu en partie public, le 22 juin 2004, par la Maison Blanche.

L’administration ne précisait pas alors pourquoi il a été réalisé et surtout comment et par qui il a été utilisé. Le document est signé Jay Bybee, alors responsable du conseil juridique du ministère de la justice et aujourd’hui juge fédéral. Le texte avait été examiné par les juristes du Conseil national de sécurité, de la Maison Blanche et du bureau du vice-président. Il conclut que les interrogatoires de détenus capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme peuvent être menés à l’aide de ces "techniques avancées".

Le rapport considère que les lois fédérales interdisant la torture ne s’appliquent pas "à la détention et aux interrogatoires des ennemis combattants", et le président peut autoriser le recours à des méthodes "coercitives" sans violer les traités internationaux et la législation américaine. Enfin, cette procédure "coercitive" n’est pas considérée comme une torture si elle ne provoque pas une douleur "d’une intensité équivalente à une blessure physique sérieuse", une définition jugée très dangereuse par de nombreux juristes.

Mais, à la suite du scandale sur les sévices subis par les détenus de la prison d’Abou Ghraib, en Irak, les choses ont changé. La Maison Blanche affirme maintenant être fermement opposée à la torture et a désavoué le mémorandum du département de la justice. Il est en cours de "réévaluation" et devrait être très probablement abandonné. Voilà pourquoi la CIA prend des précautions.

Après les attaques du 11 septembre 2001, l’administration avait d’autres priorités : contraindre les dirigeants d’Al-Qaida capturés à révéler ce qu’ils savaient sur de possibles attentats en préparation.

Selon le New York Times en date du 27 juin 2004, ce mémorandum a été écrit pour fixer les règles après la capture d’Abou Zubeida. Ce proche d’Oussama Ben Laden, arrêté en mars 2002, est le premier dirigeant d’Al-Qaida tombé aux mains des Américains. Il dirigeait le recrutement des camps d’entraînement en Afghanistan. Le FBI (la police fédérale), qui avait commencé à interroger les premiers prisonniers en Afghanistan, a refusé d’utiliser les "méthodes coercitives". Le document juridique du ministère de la justice a permis à la CIA d’avoir moins de scrupules.

Toujours selon le New York Times, les membres importants d’Al-Qaida ont été privés de sommeil et de nourriture et menacés d’être frappés. Khalid Cheikh Mohammed, capturé en mars 2003 au Pakistan et considéré comme le cerveau des attaques du 11 Septembre, aurait été attaché à une planche et immergé.

Les informations données par Khalid Cheikh Mohammed auraient notamment permis l’arrestation, en mai 2002, aux Etats-Unis, de José Padilla, accusé d’avoir voulu fabriquer une bombe radiologique et, plus récemment, d’avoir eu l’intention de faire exploser, en utilisant le gaz, des immeubles d’habitation à New York, à Washington et en Floride.

Les "techniques d’interrogatoires avancée" auraient également contribué aux captures de Ramzi Ben Al-Chaiba, au Pakistan, d’Omar Al-Farouq, en Indonésie, et de Rahim Al-Nachiri, au Koweït.

Eric LESER

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