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samedi 25 mars 2017
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Rue 89, 12 septembre 2011

Corruption : L’argent de la Françafrique aurait aussi financé Nicolas Sarkozy

par Blandine GROSJEAN


Vue du siège de la Banque des Etats d’Afrique centrale, à Yaoundé, au Cameroun

Jacques Chirac et Dominique de Villepin vont porter plainte pour diffamation contre l’avocat Robert Bourgi qui raconte dans le Journal du dimanche, avoir convoyé des dizaines de millions d’euros provenant des régimes africains pour financer les campagnes de Jacques Chirac.


Le 29 décembre 2010, des câbles révélés par Wikileaks parlaient de 28 millions d’euros détournés par Omar Bongo pour financer les activités politiques de Jacques Chirac, mais aussi de Nicolas Sarkozy. (La présidence gabonaise a fait savoir « ne pas être concernée » par les déclarations de l’avocat français. « Notre présidence date de 2009. On répond des faits à partir de là », a dit un proche d’Ali Bongo, l’actuel président du Gabon et successeur de son père Omar Bongo.) Selon le quotidien espagnol El País qui publie plusieurs notes diplomatiques américaines, près de 28 millions d’euros auraient été détournés de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) par le président gabonais Omar Bongo. Cet argent aurait profité à des partis politiques français, et plus précisément à Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy

Au début du mois de juin 2009, alors qu’un juge parisien venait d’admettre la plainte déposée contre Omar Bongo par Transparency International, l’autocrate gabonais s’éteignait dans une clinique de Barcelone. Quatre jours après la mort du dictateur, soit le 12 juin 2009, un haut fonctionnaire de la Banque des Etats d’Afrique centrale se confiait à un diplomate de l’ambassade américaine de Yaoudé, au Cameroun (siège de la Banque). Selon lui : « Les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l’argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président, Nicolas Sarkozy. » L’argent aurait profité « aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à [l’ancien président français, Jacques] Chirac, mais aussi Sarkozy. Bongo était le président africain préféré de la France », indiquent les câbles. Des informations en ce sens circulent depuis des années. Dans « Affaires africaines », le journaliste Pierre Péan racontait déjà comment Omar Bongo avait financé, en 1981, les campagnes de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand. Le document confidentiel remis par l’ambassadrice américaine au Cameroun, Janet Garvey, à la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, décrit en détail « la meilleure manière de voler une banque » africaine, contrôlée par le clan du président gabonais. La Banque des Etats d’Afrique centrale regroupe les réserves des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale :

le Gabon (qui en désigne le gouverneur),

le Cameroun (où est situé le siège),

la République du Congo,

la République centrafricaine,

le Tchad,

la Guinée Equatoriale.

Ali Bongo

Selon le câble datant de juillet 2009, le gouverneur de la Banque des Etats d’Afrique centrale , le Gabonais Philip Andzembe, avait placé en secret 500 millions d’euros dans un investissement à haut risque de la banque française Société générale. Un audit de la Banque des Etats d’Afrique centrale a été mené et aurait révélé des malversations encore plus larges et plus audacieuses, liées à la hiérarchie des officiels gabonais. « L’enquête interne a montré que 36 millions de dollars [environ 28 millions d’euros, ndlr] ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon. » « Cette ambassade n’est pas en mesure de vérifier la véracité de l’accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds », conclut le télégramme signé de l’ambassadrice, Janet Garvey. Le président, Omar Bongo, est mort à la clinique Quiron de Barcelone, le 8 juin 2009, après 42 ans de règne sans partage sur un petit pays riche en pétrole. Son fils Ali l’a remplacé à la tête du pays en août de la même année.

Blandine GROSJEAN

Omar Bongo

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source