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L’Express, 14 septembre 2011

Egypte : La télévision marche encore au pas

par Nadéra BOUAZZA


Manifestation antigouvernementale, au Caire, le 9 septembre 2011

Nombre d’Egyptiens redoutent le conservatisme du Conseil suprême des forces armées, notamment envers les médias. La transition déçoit et la lenteur des réformes est imputée à l’armée.


Egypte

On prend les mêmes et c’est reparti pour un tour ? Le Conseil suprême des forces armées, d’abord perçu comme le garant de la révolution égyptienne et des demandes émanant de la place Tahrir, est dorénavant la cible de vives critiques. D’autant plus que les méthodes utilisées rappellent étrangement celles utilisées sous l’ère Moubarak, notamment à l’encontre des médias.

Manifestation antigouvernementale, au Caire, le 9 septembre 2011

Dimanche 11 septembre 2011, les autorités égyptiennes ont investi les locaux de la chaîne Al-Jazeera live Egypte, au Caire. Cette émanation de la chaîne, fille de la révolution égyptienne, a été contrainte d’arrêter sa programmation. Des journalistes ont déclaré n’avoir pourtant reçu aucune mention légale du ministère de l’Information. Les autorités auraient même arrêté un employé de l’équipe technique de la chaîne, selon le quotidien égyptien Al-Ahram. Une source interne aurait toutefois révélé au quotidien que la chaîne travaillait depuis sept mois sans accréditation, alors que la chaîne avait tenté vainement d’obtenir une permission du ministère, selon le quotidien en ligne. Cette pratique n’a rien a envier aux pratiques observées sous l’ère Moubarak à l’égard des médias, dit gouvernementaux ou indépendants. L’intimidation et la censure demeurent vivaces dans l’Egypte post-Moubarak. Face à la pression exercée par le pouvoir militaire, dirigé par Mohammed Hussein Tantaoui, la télévision d’Etat en viendrait presque à regretter le pharaon déchu. "L’armée a entièrement le contrôle. Ils ont simplement remplacé Moubarak et ils sont même plus intimidants", affirme la journaliste égyptienne Shahira Amin au quotidien britannique The Guardian. Chaque information est passée au crible avant d’être diffusée, ce qui n’était pas le cas avant, selon la journaliste. "Moubarak est bien parti, mais le système de médias qu’il avait mis en place et utilisé comme sa machine de propagande existe toujours", affirme la journaliste.

Mohamed Hussein Tantawi

Nombre d’Egyptiens rejoignent la journaliste quant à sa crainte d’une main mise de l’armée sur la transition politique en Egypte. Au lendemain de l’assaut contre l’ambassade israélienne, la décision du Conseil suprême des forces armées de réactiver l’état d’urgence, une procédure en vigueur depuis plus de trente ans, n’atténue pas les craintes des jeunes groupes politiques, nés de la révolution. Le Conseil suprême des forces armées, acclamé puis hué par les shabab (jeunes) de la place Tahrir, est devenu, en quelques mois, l’objet potentiel d’une deuxième révolution en Egypte. Vendredi 16 septembre 2011, l’appel à manifester est lancé : "non à l’état d’urgence".

Nadéra BOUAZZA

Manifestation antigouvernementale, au Caire, le 9 septembre 2011

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