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lundi 21 août 2017
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Reuters, 30 septembre 2011

Corruption : La police française sous le choc

par Thierry LEVEQUE, Nicolas BERTIN, Gilbert REILHAC et Yves CLARISSE


Vue de l’Hôtel-de-Police de Lyon

Trois hauts responsables de la police française ont rejoint, vendredi 30 septembre 2011, en garde à vue, le n°2 de la police judiciaire de Lyon, dans une enquête pour trafic de stupéfiants et corruption qui suscite un choc dans le corps. Les trois nouveaux suspects interrogés sont le patron de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI, ex-"antigang") de Lyon, le responsable de l’antenne de la police judiciaire de Grenoble et l’adjoint de ce dernier, a-t-on appris de source policière.


France

Les investigations portent sur les liens éventuels entre les policiers et des membres de la pègre et le bénéfice qu’ils en auraient tiré. L’enquête menée initialement par la Juridiction interrégionale spécialisée de Paris (Jirs) portait sur un trafic international de stupéfiants passant par l’Amérique du sud et impliquant des trafiquants français et étrangers. Michel Neyret, directeur adjoint de la police judiciaire de Lyon, est connu pour avoir résolu des affaires de drogue et de cambriolages de bijouteries dans la région lyonnaise. Le policier apparaissait fréquemment dans les médias pour médiatiser les succès de la police lyonnaise. Il était proche d’Olivier Marchal, un ancien policier devenu réalisateur qu’il a conseillé, il y a quelques mois, lors du tournage du film "les Lyonnais", qui retrace les mésaventures du gang des Lyonnais d’Edmond Vidal, dossier sur lequel Michel Neyret avait travaillé à l’époque. Selon une source syndicale, Michel Neyret est soupçonné d’avoir rétribué des informateurs avec le produit de saisies de drogue, mais également "aidé des malfaiteurs et fait revendre de la drogue pour son propre compte". Michel Neyret a été arrêté, jeudi 29 septembre 2011, par l’Inspection générale des services (IGS, la "police des polices"), avec son épouse, à son domicile, et il était toujours en garde à vue, vendredi 30 septembre, à Paris. L’opération de l’Inspection générale des services a été préparée dans la plus grande discrétion. Compte tenu de l’importance de l’affaire, le directeur central de la Police judiciaire, Christian Lothion, s’est rendu à Lyon jeudi 29 septembre. Les policiers pourraient être présentés, à l’issue de leurs gardes à vue, à des magistrats parisiens. Plusieurs autres personnes présumées liées au grand banditisme sont également interrogées parallèlement à Cannes et à Lyon, a-t-on précisé. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a annoncé des sanctions disciplinaires, en marge d’un déplacement en Alsace. "Toutes les sanctions disciplinaires, avant même qu’on ait une décision judiciaire, seront prises", a-t-il dit. "Si la culpabilité de ce fonctionnaire (Michel Neyret -NDLR), voire d’autres, était mise en évidence par le travail des magistrats, ce serait une immense douleur pour la police nationale, une douleur de voir un des siens qui a quitté le droit chemin", a-t-il ajouté. Le dossier suscite un choc dans les syndicats de police, où certains n’écartent pas la thèse d’une manipulation de membres de la pègre pour compromettre la hiérarchie policière, tandis que d’autres disent espérer que ce dossier n’affecte pas l’image du corps dans l’opinion. Sylvie Feuchère, secrétaire générale du SCHFPN, le syndicat des commissaires, a dit sur France info que ce type de comportement, s’il était avéré, résultait d’une dérive liée aux relations entretenues dans le cadre du métier de policier. "La recherche de l’information va conduire à ce que les liaisons du domaine professionnel puissent devenir éventuellement personnelles, l’explication elle est là", a-t-elle dit. "On doit à la population des explications. Très sincèrement, je crois que, passé le traumatisme initial, s’il s’avère qu’un de nos membres a dysfonctionné, nous serons très satisfaits de voir que l’enquête a abouti et nous repartirons d’un bon pied parce que nous savons rebondir", a-t-elle ajouté. De nombreuses personnalités du monde de la justice à Lyon ont fait part de leur stupéfaction.

Thierry LEVEQUE, Nicolas BERTIN, Gilbert REILHAC et Yves CLARISSE

Michel Neyret

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