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mardi 28 mars 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 35

Le front de l’Est en 1943


Stuka et Panzer engagés dans un féroce combat

Au début de 1943, les divisions allemandes n’atteignaient pas, en moyenne, la moitié de leur dotation théorique en hommes et en armement. Un grand nombre d’entre elles étaient largement au-dessous de ce niveau, tandis que d’autres atteignaient presque le niveau normal. Adolf Hitler préférait avoir de nombreuses divisions incomplètes, qui lui donnaient une illusion de puissance, plutôt que de fondre plusieurs divisions en une seule beaucoup plus puissante.

Chaque fois qu’une division éprouve de lourdes pertes, son fer de lance tend à diminuer dans des proportions beaucoup plus importantes que son effectif global, puisque les pertes sont surtout subies par les éléments combattants. Dans le cas d’une division blindée, les pertes les plus importantes sont surtout subies par les tanks et leurs équipages, tandis que les éléments d’infanterie subissent moins de pertes et que le taux le plus bas est supporté par les éléments administratifs. Il est donc désavantageux, du point de vue de la puissance au combat, de maintenir des divisions, et en particulier des divisions blindées, en dessous de leur dotation normale.

En 1943, cette dilution des effectifs allemands a largement annulé les avantages apportés par les amélioration qualitatives de l’équipement, en particulier l’apparition des nouveaux Panzer Panther et Tiger.

Un Panther allemand

Un Tiger allemand

En raison des difficultés croissantes qu’ils éprouvaient pour rééquiper leurs forces et rassembler les réserves nécessaires, les Allemands ont dû commencer leur campagne d’été beaucoup plus tardivement que l’année précédente.


Ces handicaps de l’armée allemande étaient rendus encore plus sensibles par le fait que l’armée soviétique était maintenant bien meilleure, qualitativement, qu’en 1942, et en même temps plus nombreuse. Elle profitait du flot croissant de matériel en provenance des nouvelles usines de l’Oural et des livraisons des alliés occidentaux. Ses tanks valaient au moins ceux de toutes les autres armées.

Des T-34 soviétiques

L’artillerie soviétique était excellente et les lance-roquettes avaient été développés sur une vaste échelle avec une efficacité remarquable. Le fusil soviétique était plus moderne que le fusil allemand et capable d’un tir plus rapide. Les chefs initiaux de l’Armée Rouge avaient été remplacés par une génération de jeunes généraux, tandis que les soldats avaient gagné en expérience du combat.

Des artilleurs soviétiques

L’Armée Rouge disposait de la supériorité numérique. Elle pouvait s’assurer une supériorité de 4 contre 1 dans tout secteur où elle décidait de préparer une attaque. Une fois la brèche ouverte, l’espace de manœuvre s’agrandissait encore. Néanmoins, la façon dont les Allemands se maintenaient face à une telle supériorité prouvait que les forces soviétiques étaient loin d’atteindre le même niveau de qualité technique.

La stratégie des Soviétiques consistait à mettre à profit leur supériorité numérique pour enchaîner les offensives, tantôt sur un point, tantôt sur un autre point du front. Ainsi, les réserves allemandes devaient toujours courir d’un endroit à un autre, pour tenter de rétablir la situation. Même quand elles y parvenaient provisoirement, elles subissaient des pertes qui les affaiblissaient et diminuaient leur capacité de stopper l’offensive soviétique suivante.

Grâce à l’immensité du front de l’Est, les blindés avaient généralement la place de manœuvrer et le haut commandement soviétique était devenu habile pour choisir les points faibles de la défense allemande. Malheureusement, certains généraux soviétiques, par crainte d’admettre un échec ou par désir de se faire bien voir par Staline, s’obstinaient toujours à relancer sans cesse leurs troupes sur des obstacles infranchissables, au prix de pertes croissantes. Ces vains assauts de front, et leur répétition inutile, étaient plus habituels dans le Nord, où les défenses allemandes étaient plus rapprochées et plus solidement établies.

La campagne d’hiver

A la suite de la défaite de Stalingrad, les Allemands avaient dû retirer en toute hâte leur armée du Caucase, car elle risquait d’y être prise au piège par l’offensive soviétique en direction de Rostov, près de la mer Noire, qui menaçait de couper la ligne de ravitaillement. Une autre offensive soviétique a réussi à s’emparer de la ville de Koursk, qui est tombée le 7 février 1943. Le 16 février, c’est la ville de Kharkov qui tombait à son tour. Mais les Allemands ont organisé une contre-attaque et, le 15 mars, ils avaient chassé les Soviétiques de Kharkov. Bientôt, la boue du dégel printanier a arrêté cette contre-attaque.

Au Nord, les armées soviétiques ont réussi à rompre l’encerclement de Leningrad, où la population affamée avait quasiment été réduite au cannibalisme.

Le transport du cadavre d’un enfant mort pendant le siège de Leningrad

Une colonne allemande

Tractations secrètes

Au mois de juin 1943, le ministre des Affaires étrangères soviétique Molotov a rencontré son homologue allemand Ribbentrop à Kirovograd -qui se trouvait alors à l’intérieur des lignes allemandes-, pour discuter des possibilités de mettre fin à la guerre. Ribbentrop voulait que la nouvelle frontière soviétique longe le fleuve Dniepr, tandis que Molotov exigeait le retour aux frontières initiales. Ces pourparlers ont été interrompus à l’annonce que les puissances occidentales avaient été informées de cette entrevue.

L’attaque allemande du saillant de Koursk

Le 5 juillet 1943, à l’aube, les Allemands ont déclenché leur attaque sur les deux flancs du saillant soviétique de Koursk, qui prolongeait le saillant allemand d’Orel en sens opposé. 18 divisions de Panzer et de panzergrenadier ont été engagées dans cette offensive. Elles représentaient près de la moitié des forces utilisées et la quasi totalité des blindés allemands disponibles sur le front de l’Est. Les Allemands ont été ralentis par les vastes champs de mines qu’ils ont rencontrés. Et ils se sont aperçus que la masse des défenseurs soviétiques s’était repliée à l’arrière. Par contre, les bords du saillant soviétique étaient défendus avec acharnement, si bien que les Allemands avaient du mal à écarter les coins qu’ils avaient enfoncés. Au Nord, les Allemands n’ont pas réussi à ouvrir une brèche dans la principale position défensive soviétique. Au bout d’une semaine de combats, les effectifs des divisions blindées allemandes avaient considérablement fondu. On a alors commencé à les replier.

Un Ferdinand allemand en route pour le front de Koursk

Des Panzer 4 sur le front de Koursk

Un Ferdinand allemand pendant la bataille de Koursk

Une attaque des blindés soviétiques pendant la bataille de Koursk

Une attaque des blindés soviétiques pendant la bataille de Koursk

Un T-34 soviétique pendant la bataille de Koursk

Des soldats soviétiques pendant la bataille de Koursk

Un Ferdinand allemand capturé par des soldats soviétiques pendant la bataille de Koursk

L’offensive d’été soviétique

Le 12 juillet 1943, les Soviétiques ont lancé une offensive contre le flanc Nord et l’extrémité du saillant allemand d’Orel. Les Allemands ont dû y amener les Panzer qu’ils venaient de replier. Mais une nouvelle offensive soviétique, lancée sur le flanc Sud du saillant, a contraint les Allemands d’évacuer Orel. Depuis 1941, cette ville était le plus formidable bastion du front allemand.

Le 4 août 1943, une nouvelle offensive soviétique a exploité l’épuisement des Allemands, obliquant en direction de l’arrière de Kharkov et de sa ligne de communications avec Kiev. Ensuite, l’Armée Rouge a traversé le Donetz au Sud-Est de Kharkov, menaçant d’achever l’encerclement de cette ville. Grâce à l’intervention du 3ème corps de Panzer, la menace d’encerclement soviétique a été contenue autour de Poltava, ce qui a permis à la garnison allemande d’évacuer Kharkov avant que les Soviétiques s’en emparent, le 23 août 1943.

Des soldats allemands à Kharkov

Dans la deuxième quinzaine d’août 1943, l’offensive soviétique s’est encore étendue. Les Allemands ont été contraints de reculer progressivement. Leurs pertes étaient inférieures à celles des Soviétiques, mais ils ne pouvaient pas combler les vides dans leurs rangs.

En septembre 1943, le front allemand s’étant aminci et les réserves allemandes ayant diminuées, l’avance soviétique s’est accélérée. Avant la fin du mois de septembre, les Soviétiques avaient atteint le Dniepr sur la plus grande partie de son cours. Ce fleuve a été rapidement franchi en de nombreux endroits et des têtes de pont ont été établies sur l’autre rive.

Les Allemands n’avaient plus assez de troupes pour couvrir la totalité de leur front, même d’un mince cordon. Ils devaient recourir à des contre-attaques pour empêcher l’extension des têtes de pont soviétiques et leurs réserves fondaient dans ces contre-attaques, tandis que les Soviétiques recevaient toujours des renforts.

Le 25 septembre 1943, les Allemands ont dû évacuer Smolensk. Ils se sont repliés sur le cours supérieur du Dniepr.

Vue de Smolensk après sa libération par les soviétiques

Fin octobre 1943, à la suite d’une nouvelle offensive soviétique, le secteur allemand situé au Sud de la boucle du Dniepr s’est effondré. Au cours de la première semaine de novembre, une autre avance soviétique isolait les troupes allemandes restées en Crimée. Parallèlement, l’Armée Rouge s’emparait de Kiev. Elles a poursuivi son avance jusqu’à Korosten. La résistance allemande était à nouveau sur le point de s’effondrer. Adolf Hitler a alors demandé à ses généraux Manteuffel et Manstein d’improviser une contre-attaque avec tous les éléments blindés qu’ils pourraient réunir.

Le général Manteuffel a réussi à reprendre Korosten. Le général Manstein s’est alors associé au général Manteuffel pour lancer une double attaque convergente sur Fastov. Après un succès initial, début décembre 1943, la double attaque allemande s’est enlisée dans la boue. Il en est résulté une période d’accalmie dont les Soviétiques ont profité pour accumuler des renforts dans leurs têtes de pont.

Cette année-là, en guise de « cadeau de Noël », Adolf Hitler a offert 50 Panzer au général Manteuffel. C’était le maximum qu’il pouvait faire. Les divisions blindées allemandes les plus fortes ne disposaient que de 180 Panzer et peu d’entre elles atteignaient la moitié de ce chiffre.

Hasso von Manteuffel

Suite dans Le front de l’Est en 1944 (1ère partie)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source