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lundi 27 février 2017
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Le Point, 7 novembre 2011

Corruption : Le procureur général de Genève démissionne sous les huées

Suivi d’un commentaire

par Ian HAMEL


Le siège du Ministère public, à Genève

Depuis plusieurs mois, sur les bords du lac Léman, la question n’était pas de savoir si Daniel Zappelli, procureur général de Genève depuis 2002, allait quitter le palais de justice, mais bien quand il serait contraint de le faire. Au début de mois octobre 2011, ses quatre adjoints ont sifflé la fin de la partie en dénonçant le "manque de conduite dont souffre le ministère public" en faisant état de la "dégradation catastrophique tant de son efficacité que des conditions de travail à tous les échelons". Lundi 7 novembre au matin, Daniel Zappelli a annoncé qu’il quitterait son poste le 31 mars 2012. Son mandat courait jusqu’en 2014.


Suisse

Dans le canton de Genève, où les magistrats sont désignés par le suffrage universel, l’élection de Daniel Zappelli relève d’une erreur de casting. En 2002, le procureur général, Bernard Bertossa, décide de ne pas se représenter. C’est un monument de la justice internationale. Pendant douze ans, il a lutté contre le blanchiment d’argent et le crime organisé qui gangrènent la cité de Calvin. Il s’en est pris à la nouvelle mafia russe. Mais cela ne fait guère les affaires des banquiers, des fiduciaires, des avocats d’affaires. Ces derniers décident de soutenir Daniel Zappelli, âgé de 38 ans, inconnu du public. Il est membre du parti radical (droite) et ancien substitut du procureur. En 2002, Daniel Zappelli bat d’une très courte tête Jean-Bernard Schmid, le candidat de la gauche. Moins de cent voix les séparent. En 2008, il est réélu plus facilement, face à un adversaire socialiste. Sa mission : enterrer tous les dossiers susceptibles de faire du tort à la place financière genevoise. Dorénavant, on ne parle plus de valises de billets de banque, encore moins de corruption, et d’argent sale. En revanche, Daniel Zappelli s’est engagé à lutter contre la petite délinquance : les voleurs de mobylettes et les vendeurs de drogue n’avaient qu’à bien se tenir. Il a totalement échoué. En septembre 2011, la presse locale révélait que le procureur général demandait à ses collaborateurs de n’infliger que des amendes avec sursis aux dealers qui transportaient moins de 2,5 kg de haschich ou de 60 grammes d’héroïne... Plus grave, dans un document découvert, en mars 2009, lors d’une perquisition dans le bureau d’un suspect, impliqué dans une affaire de fonds angolais, un magistrat tombe sur une curieuse note, écrite par un avocat, révélant que "le procureur est hostile à cette poursuite et (qu’)il est prêt à se saisir d’un élément qui lui permettrait d’intervenir"... Plus récemment, on découvrait que Daniel Zappelli était administrateur de deux sociétés offshore au... Panama.

Bernard Bertossa

Bernard Bertossa ne s’est pas gêné pour dénoncer son successeur. "Le parquet devra être dirigé par quelqu’un qui a des compétences personnelles et professionnelles reconnues. Ce n’est manifestement pas le cas du procureur général actuel", déclare-t-il dans le quotidien Le Temps. En dix ans, Daniel Zappelli n’a jamais habité sa fonction. Qualifié de "foireur", qualificatif qui désigne localement les amoureux de la fête, le procureur général fréquentait davantage les soirées mondaines que son bureau, au coeur de la vieille ville de Genève.

Ian HAMEL

Daniel Zappelli

Commentaire

Bernard Bertossa est mal venu de se donner des airs de référence morale et professionnelle. A l’époque où il était procureur général du canton de Genève, s’il dénonçait la corruption internationale, c’était pour mieux couvrir celle qui s’étalait sous son nez et impliquait le milieu politique local. Chaque fois qu’une affaire était dénoncée, Bernard Bertossa classait la plainte sans procéder à la moindre enquête et le dénonciateur s’exposait à des poursuites pénales pour "diffamation".

Daniel Zappelli a suivi l’exemple de son prédécesseur, mais pas nécessairement au profit des mêmes petits copains. Dans la procédure qui oppose le site interet-general.info à la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), Daniel Zappelli n’a pas cessé de faire étalage de sa servilité à l’égard du lobby juif. Alors qu’il aurait fallu commencer par établir la véracité du contenu des articless litigieux, Daniel Zappelli ne s’en est jamais soucié, cherchant exclusivement à m’intimider et à me réduire au silence.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

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